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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 52, juillet-août 2007

États-Unis : la « gauche » démocrate, entrave au mouvement anti-guerre

Mis en ligne le 29 juin 2007 Convergences Monde

Après quatre ans de guerre, la « gauche » américaine n’a pas réussi à mettre sur pied un réel mouvement anti-guerre. Pourtant un profond sentiment contre la guerre en Irak existe bien dans la population. Il s’est reflété dans les élections de novembre 2006 qui ont marqué la défaite des partisans de Bush et la victoire des Démocrates supposés hostiles à la guerre. Les récents sondages indiquent l’opposition de 60 à 70 % de la population. Des centaines de municipalités ont passé des résolutions anti-guerre. Mais l’absence de manifestations de rue montre quand même l’incapacité des opposants à traduire ce sentiment dans un mouvement actif.

Ces deux dernières années une femme avait pourtant incarné l’opposition à la guerre, Cindy Sheehan. Elle avait attiré l’attention et gagné une réelle popularité en établissant un « camp Casey », du nom de son fils tué en Irak en avril 2004, aux abords du ranch texan de Bush. Elle vient d’envoyer une lettre de démission mettant en accusation la passivité de la majorité démocrate du Congrès.

Cette lettre montre à la fois le chemin parcouru par Sheehan comme sans doute bien d’autres opposants à la guerre, les illusions qu’ils ont perdues… mais aussi celles qui restent encore à détruire. Car Sheehan vient de loin. Au début elle et son mari furent même, avec d’autres familles américaines ordinaires et parents de soldats tués en Irak, plus ou moins utilisés par l’administration Bush pour sa propagande en faveur de la guerre. Puis ils se reprirent, participèrent à des rassemblements contre la guerre et finalement avec d’autres familles de victimes formèrent une organisation des « familles pour la paix ».

Celle-ci peu à peu attira l’attention des medias, puis celle du pays. Surtout que dans le même temps grandissait une résistance au sein des jeunes hommes et femmes envoyés en Irak et le nombre des desertions. En revanche dans la population le mouvement contre la guerre est resté faible et fragmenté au sein de la population, les plus grosses organisations anti-guerre, toutes liées aux Démocrates, se gardant bien de dénoncer le refus de ceux-ci de s’y opposer réellement.

Les illusions dans les Démocrates

Dans ce climat de passivité, en août 2005, le coup d’éclat de Sheehan se rendant au ranch de Bush pour lui demander des comptes sur la mort de son fils, la projeta donc sous les feux de l’actualité. Des personnalités connues jadis pour leur opposition à la guerre au Vietnam, comme Joan Baez ou Daniel Ellsberg, la rejoignirent dans son camp Casey. Le harcèlement des services secrets de Bush qui désiraient la faire décamper, le refus du président de même la rencontrer, sa résolution à revenir aux portes du ranch chaque fois que Bush s’y rendait lui-même, lui ont attiré la sympathie de tous ceux qui ne veulent plus de la guerre, même s’ils ne sont pas décidés encore à agir contre.

Elle devint donc la figure de proue du movement, tint meetings et conferences dans tout le pays et dans le monde, voyagea en Irak pour rencontrer des femmes irakiennes qui avaient également perdu leur fils à la guerre, alla à Cuba pour protester contre les détentions et les tortures à Guantanamo. Évidemment l’absence d’une réelle mobilisation en faisait le porte-parole d’un mouvement qui restait par ailleurs bien silencieux.

Sheehan se présentait tout naturellement comme une démocrate. Elle avait voté pour eux. Et tout naturellement aussi elle militait dans l’espoir d’obtenir le soutien des politiciens de ce parti. Non sans quelques doutes sur leurs intentions réelles. Mais quand elle parla de se présenter contre une sénatrice démocrate de Californie, elle se laissa dissuadée sous le prétexte que cela pourrait affaiblir les chances d’élire une majorité au Congrès et donc de mettre fin à la guerre.

La démission de Cindy Sheehan

Elle vient de démissionner à l’occasion du Memorial Day (le Jour du souvenir qui commémore celui des soldats américains morts dans les guerres passées). Dans une lettre ouverte elle accuse ouvertement le Parti démocrate d’être beaucoup plus intéressé dans le maintien de ses représentants ou sénateurs que par la concrétisation des promesses de mettre fin à la guerre.

Elle écrit sans détour : « J’ai été la chérie de la prétendue gauche tant que je limitais mes attaques à George Bush et au Parti républicain. Mais dès que j’ai commencé à juger le Parti démocrate à la même aune que son concurrent, les soutiens à ma cause ont disparu et la « gauche » a commencé à dénigrer de la même façon que l’avait fait la droite. »

L’on sent dans sa déclaration le désespoir dans lequel l’a plongée la prise de conscience de l’impasse politique dans laquelle elle se retrouve : « La conclusion la plus terrible à laquelle je suis parvenue ce matin, c’est que Casey est mort pour rien. Il a répandu son sang loin de sa famille, tué par son propre pays qui est tenu et dirigé par une machine guerrière qui contrôle même ce que nous pensons. J’ai tenté de donner un sens à son sacrifice. Casey est mort pour un pays qui se préoccupe plus de qui sera son prochain représentant tout puissant que du fait que beaucoup de gens vont être tués dans ces prochains mois durant lesquels Démocrates et Républicains vont jouer à la politique au dépens de vies humaines. »

L’échec de Sheehan est finalement le reflet de l’échec de la gauche, y compris l’extrême gauche, qui s’est jusque là cantonnée à ses milieux habituels et confortables, intellectuels, universitaires, églises, bureaucratie syndicales, sans faire l’effort de s’adresser aux gens ordinaires.

Conduira-t-il à un choc salutaire ? Des discussions ont commencé entre différents groupes dans le but de rassembler les forces anti-guerre et d’organiser enfin cet automne les manifestations qui n’avaient pu avoir lieu les années précédentes, en partie certainement en raison de la mauvaise volonté de tous ceux qui avaient peur de nuire aux chances électorales des Démocrates. Cette fois une volonté d’indépendance est clairement exprimée. Mais nous serons alors en pleine pré-campagne pour les présidentielles de 2008. Et combattre l’opinion que ce ne sera pas l’alignement derrière les Démocrates mais les luttes des travailleurs et des gens ordinaires qui pourraient mettre fin à la guerre ne sera certainement pas facile. C’est pourtant là la tâche des révolutionnaires, et donc maintenant la leur aussi d’aider à organiser et mettre sur pied ces manifestations les plus larges possible et impliquant le plus de travailleurs possibles.

San Francisco, 20 juin 2007

Ken BUTLER

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