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Nos possibilités d’intervention face à la généralisation des plans de licenciements et de suppressions d’emplois

Texte de la Fraction au congrès de LO de 2003

1er décembre 2003 Politique

Les fermetures d’usines, les plans de licenciements, de restructuration avec suppressions de postes, renvoi des intérimaires, CDD, vacataires, etc., se succèdent et touchent désormais tous les secteurs de la vie économique, secteur public (SNCF, Poste, EDF, Hôpitaux, Éducation nationale, employés municipaux) comme privé (grosses entreprises et leurs sous-traitants - des secteurs de haute technologie jusqu’au commerce et à la distribution) et toutes les régions. Le problème de l’emploi, de la précarité et des compressions d’effectifs est devenu un problème majeur, prioritaire, qui touche l’ensemble du monde du travail.

De fait - cela se reflète dans les correspondances d’entreprises de notre hebdomadaire -, la plupart de nos camarades sont désormais soit directement concernés, soit en contact avec des travailleurs touchés par les licenciements, les suppressions d’effectifs ou le renvoi des précaires. Dans un certain nombre d’endroits, ils sont en situation d’intervenir et de participer aux luttes locales et régionales contre les licenciements. Ce sont parfois eux qui prennent l’initiative. Par ailleurs, l’accueil par les travailleurs menacés de licenciements dans des entreprises où nous n’avions pas de contacts semble aisé. Le ton peut être désabusé (« mais qu’est-ce qu’on peut bien y faire »), mais il arrive que l’accueil soit enthousiaste et qu’on nous demande quoi faire.

Vu l’ampleur et l’urgence du problème (des centaines de plans de restructurations programmés pour l’année), la question se pose de savoir si notre organisation, au-delà de la simple propagande nationale et de notre participation aux luttes locales et ponctuelles, pourrait s’impliquer systématiquement dans ce combat et contribuer à sortir la lutte contre les licenciements de l’ornière des actes de résistance locale, la sortir de son émiettement. Nous avons déjà tenté certaines initiatives dans ce sens, en fonction des positions et de l’influence dont nous pouvions bénéficier dans certaines entreprises directement touchées (les camarades de la fraction en 2001 à Danone, au printemps dernier à ACT Angers en accord avec les salariés de Daewoo à Longwy, cet automne à Rennes avec les salariés de STMicroelectronics et Thomson entraînant ceux de la sous-traitance, mais aussi aux usines Peugeot-Citroën à propos du renvoi des intérimaires, et sans doute ailleurs, sans oublier l’expérience notable, mais qui remonte maintenant à dix ans, de la lutte de Chausson Creil). Reste à savoir si nous n’avons pas les moyens d’intervenir à une autre échelle, et comment.

Le caractère des luttes actuelles

Les résistances locales sont nombreuses. Les luttes passées ou en cours plus ou moins dures, plus ou moins entachées de désespoir ou d’illusions, selon la politique menée par les leaders syndicaux locaux. Bien souvent, les responsables syndicaux s’en remettent aux promesses des élus locaux et se contentent de manifestations consensuelles acceptant les promesses de plan de réindustrialisation de la région. Mais, même quand les formes de résistance sont plus radicales (grèves avec occupation, parfois pendant des mois, manifestations dynamiques, blocage d’autoroutes, de ronds-points), elles n’ouvrent pas forcément plus de perspectives tant qu’elles restent localisées. Les mêmes leaders syndicaux peuvent d’ailleurs y inciter tout en participant à la gestion du plan social et aux parlottes sur la politique industrielle régionale (comme à Péchiney en Midi-Pyrénées, ou à Danone Calais).

Il est évident que les luttes locales et régionales contre les licenciements devront se coordonner et se généraliser, autrement dit devenir offensives, pour rencontrer quelque succès significatif. Ce qui signifierait alors une confrontation politique ouvrant de nouvelles perspectives et de nouvelles tâches. Mais rien ne se fait spontanément en la matière.

Du côté des confédérations syndicales, à commencer par la CGT, il n’y a rien à attendre à moins qu’elles ne craignent d’être débordées. Comme l’a expliqué récemment Bernard Thibault à une réunion de la fédération de la Métallurgie à l’occasion de la signature de l’accord sur la formation professionnelle : « Nous ne voulons pas être cantonnés à la gestion de centaines de plans sociaux qui s’annoncent. Nous voulons prendre le problème en amont, et peser sur les choix stratégiques des entreprises ». D’un côté, c’est une façon de reconnaître que la CGT se cantonne effectivement le plus souvent à la gestion des plans sociaux. De l’autre, sans autre perspective, c’est demander au gouvernement qu’il obtienne du patronat d’inviter la CGT à débattre de la politique industrielle des entreprises. À cet égard, l’émiettement local et régional des luttes convient parfaitement aux objectifs explicites de la CGT. Il ne s’agit même pas de faire pression sur les élus régionaux, mais de justifier la participation des syndicats aux prétendus projets industriels concoctés par les technocrates locaux.

Comment les mobilisations locales contre les licenciements pourraient-elles passer à un autre stade ?

À l’occasion, certes, d’une explosion sociale - par définition imprévisible. Si la vague des grèves du printemps dernier avait été plus profonde, par exemple, elle aurait peut-être pu se généraliser, y compris au privé, et du même coup poser non seulement le problème des retraites, mais celui des licenciements, des effectifs dans le public, etc. Mais ce n’est pas la situation.

De toute façon, il serait vain de miser sur la spontanéité pour espérer ne serait-ce qu’un début de coordination des luttes défensives actuelles. Même dans les cas où les militants locaux réussissent à mobiliser les travailleurs touchés par un plan de restructuration, ils s’appuient le plus souvent sur des minorités actives plus ou moins déterminées, le reste des salariés étant vite découragé (les effectifs des travailleurs concernés, au niveau de chaque site, sont de toute façon le plus souvent très limités). Cela tient évidemment au caractère de ce type de lutte défensive où les travailleurs se sentent particulièrement vulnérables et de fait très isolés. L’abattement prend vite le pas. Comme le concluait une correspondance locale de LO à propos des manifs des travailleurs de GIAT Industrie de Saint-Chamond (LO 3 octobre), les travailleurs « sont plus écrasés que révoltés ». L’article regrettait ainsi que les travailleurs s’en soient tenus à de simples débrayages et pas une vraie grève. Mais l’on retrouve cet état d’esprit même quand les militants les plus combatifs parviennent à mobiliser les travailleurs dans des actions plus dures. La mobilisation tient des mois, à la force du poignet. L’isolement perdure. Puis c’est la fermeture. On peut se mobiliser, faire grève, voire occuper l’usine, bref résister et garder la tête haute, ce qui pour le moral, de toute façon, reste essentiel. Mais personne ne croit vraiment à une quelconque victoire.

Nos tentatives récentes

Cela dit, quand les camarades disposent de quelque influence dans plusieurs entreprises d’une même région (ou d’un point d’appui dans une grosse entreprise), ils parviennent à organiser des initiatives inter-entreprises, en particulier des rassemblements et des manifestations, au niveau régional, même si rien n’est facile en ce domaine et les troupes pas très nombreuses. Au printemps dernier par exemple, ceux d’ACT ont marqué des points dans ce sens dans la région d’Angers, jusqu’à pouvoir envisager une initiative nationale avec les salariés de Daewoo de Longwy (grâce à la permanente de l’UL-CGT de Longwy qui avait fait de même dans sa région avec les travailleurs de Daewoo). Une première réunion inter-entreprises à la Bourse du travail avait eu lieu à Paris, à laquelle avaient participé 30 ou 40 salariés de Daewoo et d’ACT, des syndicalistes du Nord, 5 ou 6 syndicalistes de Danone Ris-Orangis (accompagnés de l’avocat proche de la gauche plurielle qui voulait susciter de son côté un comité anti-licenciements sur une base très juridique et légaliste), des militants divers de la région parisienne et une poignée de jeunes intermittents du spectacle membres de la CNT ayant un peu abusé de leur temps de parole face au public prolétarien qui s’était déplacé de province. La tenue de la réunion était d’ailleurs assez improvisée. L’appréciation qui a pu être portée sur cette réunion se discute mais la démarche initiale avait tout de même ses mérites. Pour la poursuivre, il aurait fallu de toute façon y mettre des forces organisationnelles, car ce type d’initiative exige un travail d’organisation et de prise de contacts systématique qui nécessite l’appui d’un appareil militant, au-delà des seuls copains des entreprises impliquées qui mettent tous leurs efforts à mobiliser leur propre base. C’est bien sûr un choix à faire.

Il peut y avoir aussi des contextes politiques favorables, pouvant donner un écho national à ce type d’initiatives. C’était le pari que la Fraction avait fait avec Danone en 2001. Les salariés de Danone Ris-Orangis n’étaient pas plus mobilisés qu’ailleurs (ils se sont contentés de débrayages et n’ont jamais occupé leur usine, contrairement à ceux de Calais ou d’autres). Mais la Fraction avait la chance d’avoir des sympathisants au sein de la minorité active, en fait l’équipe inter-syndicale soudée par des luttes antérieures. La tentative n’a alors pas réussi à entraîner la CGT et n’a pu dépasser le cap d’une manifestation nationale de 20 000 personnes. Une impulsion notoire, mais pas suffisante, à l’époque, pour poursuivre l’initiative au retour des vacances d’été.

Un contexte qui permet d’envisager une démarche volontariste

Dans le contexte actuel de la généralisation des plans de licenciements, s’il ne faut pas s’attendre à un climat de généralisation des luttes, il n’est en revanche pas du tout absurde d’envisager le problème d’une façon volontariste, à partir des forces, même faibles, dont nous disposons, pour sinon généraliser quoi que ce soit, du moins pour construire un mouvement qui milite dans ce sens, disons pour le « Tous ensemble contre les licenciements, les suppressions d’effectifs et la précarité », ne serait-ce que pour préparer une éventuelle remontée des conflits. De ce point de vue, il importerait également dès le départ d’avancer nos propres objectifs (Interdiction des licenciements, Expropriation des entreprises qui licencient et font des bénéfices, Embauches des précaires, Embauches massives dans les services publics), car sans forcément avancer des formulations qui fermeraient d’emblée la porte à d’autres, il ne s’agirait pas non plus de s’effacer devant les syndicalistes n’envisageant de tels comités que sur la base d’une autre prétendue solution industrielle ou de la meilleure gestion possible (juridique et légale) des plans sociaux.

Aujourd’hui, en 2003, les plans de licenciements se succèdent et se multiplient, sans pour autant que les médias se précipitent. Les manifestations locales font presque partie de la routine, du paysage social. D’où un climat mêlé de révolte et d’abattement. Tout le monde est concerné, et tout le monde reste isolé. On s’y est habitué et la politique des appareils syndicaux incite à la résignation. La vague atteint néanmoins tous les secteurs, et une lutte aux marges de la classe ouvrière comme celle des intermittents du spectacle reflète bien la situation générale. On ferme des centres de tri et des bureaux à la Poste ; la SNCF annonce de nouvelles suppressions de postes ; les aides-éducateurs sont renvoyés, comme les intérimaires des grosses entreprises d’automobile, comme les vacataires des musées de la ville de Paris ; on ferme ici une maternité, là une maternelle ou un hôpital de proximité ; la ville d’Orléans s’apprête à confier le ménage des écoles à des sociétés privées. Dans une région, non seulement on aura des dizaines d’entreprises privées qui ferment (comme dans la région de Mulhouse ou de Compiègne, cf. articles de LO), mais l’école, la poste, les transports, les hôpitaux verront leurs services réduits. Le recours au travail précaire se généralise, à commencer dans le secteur public, national ou municipal. Le manque d’effectifs dans les services publics, en particulier dans les hôpitaux où les nouveaux malades doivent désormais attendre qu’un lit se libère, commence à émouvoir la population.

Bref, une situation qui nous permet peut-être, parallèlement à notre participation à certaines des luttes en cours, d’envisager de construire de façon volontariste une sorte de mouvement contre les licenciements et les suppressions d’emplois. Sur le terrain de la lutte féministe dans les banlieues, des militantes (et des militants) plus ou moins liés au PS ou à SOS Racisme ont bien lancé par en haut un mouvement comme Ni putes ni soumises, avec de bonnes raisons et somme toute une certaine audience. Une organisation comme la nôtre, qui dispose de plusieurs centaines de militants d’entreprise, d’autant d’enseignants ayant participé activement aux grèves du printemps dernier - et des contacts dans bon nombre d’entreprises de différents secteurs, dans tout le pays, aurait peut-être les moyens de construire un mouvement du style « Tous ensemble contre les licenciements, les suppressions d’emploi et la précarité » (quitte à trouver des formules plus frappantes, du style « Ni jetables, ni corvéables, tous ensemble contre les licencieurs ; Sans boulots, p’tits boulots, trop de boulot, tous ensemble » de meilleures idées viendront sûrement en faisant).

Dans une première phase où nous testerions le répondant à ce type d’initiative, il ne s’agirait pas de la construire de façon proclamatoire, mais en quelque sorte par en bas, en s’appuyant d’abord sur les positions militantes et les liens dont disposent nos camarades dans tout le pays, en vérifiant ce qu’il est possible de faire, pour dans un deuxième temps coordonner les initiatives au niveau national. Bien entendu, nous nous efforcerions de privilégier les secteurs où nous aurions un « point d’accroche », par exemple dans une entreprise où le problème se pose directement et où nous avons des copains, ou des liens privilégiés (entre autres par le biais de certains de nos conseillers régionaux).

Le rôle d’un tel mouvement

L’avantage d’un tel mouvement contre les plans de licenciements, la précarité et les suppressions d’emplois, par rapport à des mouvements de chômeurs initiés par la CGT ou du style AC ! (qui d’ailleurs, il y a quelques années, avaient réussi à impulser un mouvement national non négligeable), consiste d’abord en ce qu’il s’adresserait d’emblée à la classe ouvrière en activité, pas encore marginalisée, tout en pouvant réactiver ceux qui ont été licenciés ces dernières années, à commencer par les militants qui ont l’expérience des luttes défensives précédentes. Ensuite, pour une organisation comme la nôtre, ce serait un investissement militant et politique sur le terrain de classe qui nous importe le plus. Enfin, un tel mouvement permettrait de faire le pont entre les travailleurs menacés de licenciements qui sont déjà en lutte ou qui l’ont été, et ceux qui ne le sont pas encore.

Un tel mouvement, à supposer que nous soyons capables de contribuer à le construire, ne suffirait pas à lui seul à susciter cette lutte d’ensemble permettant de faire reculer gouvernement et patronat. Mais, constitués de militants de différents secteurs économiques, il pourrait devenir une référence pour les travailleurs qui ici et là se mobilisent contre les licenciements. Les appareils syndicaux traditionnels dans bien des endroits feraient sans doute obstacle (mais rien ne dit qu’ailleurs nous ne puissions pas entraîner d’autres militants syndicaux, ce qui serait l’un de nos objectifs). Mais l’existence au niveau régional et national de ce type de mouvement, avec comme perspective explicite l’unification de la lutte contre les plans de restructuration, pourrait contribuer à donner un nouvel horizon de mobilisation aux travailleurs directement confrontés aux licenciements. Et s’il y a place aujourd’hui pour ce type de mouvement, autant que ce soit une organisation révolutionnaire qui prenne les devants et s’y atèle, tout en tentant d’entraîner les autres formations syndicales ou politiques sans aucune exclusive, plutôt qu’un appareil réformiste (hypothèse pas forcément à exclure. Imaginons par exemple que les syndicats Sud, voire le PC sur des bases très « gestionnaires » et légalistes, lancent ce type d’initiative, et nous assisterions à la naissance d’un mouvement auquel nous serions peut-être amenés à participer mais n’offrant certainement pas les mêmes perspectives que celui dont nous parlons).

Concrètement

Il ne s’agirait ici, du moins dans un premier temps, ni de lancer de quelconques appels, ni de s’adresser nationalement aux autres organisations, syndicales ou politiques, ni même au reste de l’extrême gauche. Ni de lancer une campagne de propagande (ce que nous allons faire de toute façon, et avons déjà commencé, sur les mêmes grands thèmes, à l’occasion de la campagne électorale de cette année). Il s’agit d’abord de voir ce qui est à la portée de notre propre organisation.

Dans pratiquement chaque région, nous disposons de militants syndicaux et politiques connus, ayant des raisons directes de prendre l’initiative de, disons un « collectif » contre les licenciements, la précarité et les suppressions d’emplois. A commencer par les camarades occupant des fonctions syndicales dans les grosses entreprises sous le coup de plans sociaux. Quand dans une même région nous disposons d’équipes militantes dans plusieurs entreprises de ce type, elles pourraient se rencontrer et s’adresser ensuite aux autres où les mêmes problèmes se posent et proposer de se rencontrer. Mais ce peut être aussi un postier, un délégué connu de Peugeot, une syndicaliste travaillant au Conseil général d’une grande ville, une infirmière, un ancien d’AZF, un cheminot, un militant de la Sécu, un ou une travailleuse d’une entreprise de ménage ayant mené récemment une lutte victorieuse, un salarié d’EDF (cf. l’article très précis dans LO du 12 septembre sur la réduction de 40 % des effectifs dans les services techniques en un an, et la panne qui s’en est suivie cet été à Paris), etc. Quand des militants sont directement impliqués dans des luttes contre les licenciements, comme ceux de Rennes aujourd’hui, c’est encore plus simple. Mais en fait, nous pouvons explorer un peu partout la possibilité de mettre sur pied ce type de « comité », « collectif », « coordination » ou tout autre terme incitant à réunir des salariés de différents secteurs, si possible à partir de luttes existantes, ou à partir des problèmes existants (fermetures de bureaux de poste, de maternité, de classe d’école primaire). Peuvent faire également partie des initiateurs nos élus régionaux ou municipaux (cf., simple exemple, l’intervention de notre conseillère municipale de Colomiers à propos des 65 travailleurs licenciés de l’imprimerie Bessières depuis mai dernier - LO du 12 septembre) ; ou des enseignants ayant fait grève au printemps dernier et s’étant fait connaître à ce titre dans les entreprises de leur coin.

Création de collectifs contre les licenciements, les suppressions d’emplois et la précarité - Coordination de tels collectifs

Bien sûr, au démarrage, ce type de « collectifs », mis à part quelques exceptions notables, ne réuniraient probablement que des militants que nous connaissons déjà (voire en majorité nos propres militants, même si ce n’est pas ce que nous visons !) mais disposant néanmoins d’une légitimité, quelle qu’elle soit. En tout cas les camarades, selon les situations et les possibilités locales, pourront explorer ce que peuvent donner de telles initiatives, mesurer qui ils réussissent à y organiser. Et selon tel ou tel succès local, nous pourrons dans un deuxième temps (ce qui ne veut pas dire dans des délais éloignés, mais simplement le temps de vérifier que nous rencontrons un réel écho) envisager de réunir ces collectifs locaux ou régionaux en « réunion », « conférence », voire « coordination » nationale (nous aurons le temps d’envisager les termes les plus appropriés) contre les licenciements, les suppressions d’effectifs et la précarité.

Bien entendu, la mise sur pied de tels collectifs serait d’autant plus rapide et légitime qu’elle s’appuierait sur des luttes effectives. Mais les situations seront sans doute très disparates. D’une certaine façon peu importe. On verrait en marchant.

En avons-nous les forces ? Est-ce compatible avec la prochaine campagne électorale ?

À proprement parler, la construction, en quelque sorte « à froid », d’un tel mouvement national contre les licenciements, dépasse très largement nos seules forces organisationnelles et nos sphères d’influence ponctuelles. Pour ne reprendre que l’exemple du mouvement Ni putes ni soumises, s’il ne pouvait compter sans doute au départ que sur un nombre très réduit de militant(e)s, il disposait de tous les relais que SOS Racisme via le PS a pu mettre à sa disposition au niveau des municipalités ou des régions. À notre actif, si nous n’avons ni maires ni notables, nous avons certainement plus de militants. Ce qui ne résout pourtant pas la question.

« L’idéal » serait qu’un tel mouvement contre les licenciements puisse disposer de relais politiques et syndicaux dans la plupart des entreprises et localités concernées. Or de ce côté-là, ce sont plutôt les obstacles que nous voyons déjà. Le mouvement ouvrier est ce qu’il est. Il n’empêche que la nécessité d’un tel mouvement se fait sentir. Cela signifie que nous devrions, comme bien souvent, nous investir dans quelque chose qui dépasse nos propres forces (la gageure habituelle du mode d’intervention d’une organisation révolutionnaire). Autrement dit, à partir des forces militantes dont nous disposons trouver les moyens d’impulser et d’entraîner non seulement les travailleurs du rang concernés, mais très rapidement et au fur et mesure des premiers succès partiels chercher à entraîner d’autres organisations sur les objectifs que nous avons définis, tout en neutralisant les freins en provenance des directions des grands appareils.

Autre problème immédiat : avons-nous les moyens de disperser nos forces entre la campagne électorale à venir (c’est-à-dire, sur le fond, une campagne politique au niveau national, dont l’un des thèmes principaux sera d’ailleurs celui de la lutte contre les licenciements), et l’investissement militant dans la construction d’un tel mouvement ? N’est-ce pas incompatible ? Étant entendu que la campagne politique que représente la campagne électorale est prioritaire (et conditionne d’une certaine façon nos autres capacités d’intervention).

C’est une façon de voir les choses. Mais il y en a aussi une autre. Les deux « campagnes » (la campagne de propagande politique, électorale) et la campagne « organisationnelle » pour la construction d’un tel mouvement, peuvent aussi se renforcer l’une l’autre, et se mener avec les mêmes militants, dans les mêmes entreprises, les mêmes milieux (profs, services publics, cités HLM), les mêmes localités (là où depuis deux ans nous faisons l’effort de réunir ceux qui nous ont aidés dans les dernières campagnes électorales). Elles peuvent être complémentaires, et au niveau des forces engagées, se recouper. Exemple concret : d’une certaine façon nous avons commencé, et à juste titre, notre pré-campagne cet été en organisant des caravanes dans les régions les plus sinistrées, tout en ciblant les entreprises concernées par les licenciements. Nous y retournerons certainement, et probablement avant la campagne électorale proprement dite. Qu’est-ce qui nous empêchera, au travers des mêmes efforts de présence politique, de proposer aux travailleurs que nous contacterons de s’organiser dans un comité contre les licenciements, avec d’autres ? Tout ce que nous risquons, c’est que cela nous demande effectivement de décupler nos efforts, si nous trouvons du répondant. Mais dans ce cas, qui le regrettera ?

Les problèmes

Différents problèmes se poseront : freins ou obstacles du côté des syndicats d’entreprise ou des unions locales dans certains cas, mais pas dans d’autres (le cas de l’UL de Longwy n’est peut-être pas isolé. Certains militants d’unions locales nous ont fait bon accueil dans les caravanes). Rapports à entretenir avec certains collectifs de syndicalistes et d’avocats liés au PC, au PS ou à la CGT n’envisageant qu’une démarche ultra légaliste, voire politicienne, liée aux élus locaux. Rapports avec les autres organisations, syndicales ou politiques. Rapports avec les autres militants d’extrême gauche, leurs propres initiatives, leur participation. Là aussi, on verrait en marchant, tout en sachant que nous n’aboutirons à de véritables succès qu’à condition de réussir à entraîner d’autres.

Bien sûr, le succès d’une telle entreprise n’est pas garanti. L’échec serait de n’avoir mis sur pied que des coquilles vides, ne regroupant que nos propres militants avec éventuellement quelques autres gauchistes. Mais dans le contexte actuel il n’est pas irréaliste de la tenter.

D’une certaine façon, ce serait aussi un moyen de donner une suite militante, ne serait-ce qu’à notre échelle, aux mouvements de grèves du printemps dernier et au rôle que nous avons pu y jouer. Dans l’immédiat, tous les camarades le constatent, il ne faut pas s’attendre à une nouvelle mobilisation des enseignants, des postiers ou des cheminots. Mais les contacts militants existent toujours sans que quiconque aujourd’hui ne les concrétise (et l’on sait que les réunions post-mouvements, « à vide », font vite long feu). Indépendamment des futures batailles à mener sur la remise en cause de la Sécu et du système de santé, les grévistes d’avant les vacances, dans l’Éducation nationale comme à la Poste ou à la SNCF, sont sensibilisés aux problèmes des effectifs et de la précarité. Par ailleurs, la vague des plans de licenciements s’est accélérée. Nous avons donc des objectifs à proposer non seulement à ceux que nous avons entraînés dans les luttes du printemps, mais aux contacts que nous avons pris à cette occasion et cet été dans différents secteurs.

Et si nous réussissons un tant soit peu à mettre sur pied un tel mouvement, parallèlement à la campagne électorale de cette année, cela ne pourra que nous mettre en meilleure situation d’intervenir dans le cas de luttes d’envergure et nous donner de nouveaux moyens de faire pièce aux freins des appareils.

1er novembre 2003

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