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Loi « sécurité globale » : devant la levée de boucliers suscitée, Darmanin pourrait-il être « recadré » ?

20 novembre 2020 Article Politique

Mardi 17 novembre au soir, à Paris, Toulouse ou Bordeaux, des milliers de manifestants se sont « déconfinés » pour protester contre le projet de loi « sécurité globale » présenté cette semaine à l’Assemblée nationale. Après le succès des premiers rassemblements, de nouveaux appels à manifester sont lancés, en particulier à Paris le samedi 21 novembre à 14 heures 30, place du Trocadéro. De toute évidence, Macron et son staff de ministres n’avaient pas mesuré jusqu’où ne pas aller trop loin, jusqu’où en particulier l’article 24 de son projet de loi susciterait l’indignation, article qui rendrait passible de condamnation pénale les journalistes et autres qui filmeraient et diffuseraient des images de flics dans l’exercice de leur fonction répressive. Faudrait-il donc que les délits voire crimes policiers soient floutés ? C’est presque un aveu comme un pousse au crime ! Face à ce nouveau projet d’atteinte à la liberté d’expression et à la levée de boucliers qu’il a suscité, en particulier chez les journalistes mais pas que, il y a comme du rififi dans les hautes sphères de l’Etat. Le premier ministre Castex envisagerait de « recadrer » le ministre de l’Intérieur Darmanin, si l’on en croit des medias. Il y’aurait matière à s’inquiéter, matière à avoir des doutes sur la sauvegarde de la liberté d’expression, entend-on dire. Et sur les ondes de France-Info, ce vendredi 20 novembre, Gabriel Attal – porte-parole du gouvernement – assurait qu’« il fallait clarifier et ça va être fait » ! Il est certain que Darmanin, en poussant le bouchon un peu loin pour satisfaire les lobbys policiers, en sort avec une image floutée ! N’en reste pas moins que l’ensemble du projet de loi est scélérat, concocté par un pouvoir qui cherche du côté de la répression l’arme absolue (et illusoire !) contre la contestation de sa politique sanitaire, économique et sociale. À laquelle il ne peut que s’attendre.

Un projet largement décrié

Le projet de loi a été dénoncé par de nombreuses associations comme la Ligue des droits de l’Homme, des ONGs dont Amnesty International, qui dénoncent les « atteintes importantes aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales ». Au menu, une série de mesures répressives destinées à renforcer la surveillance de la population et l’impunité policière. À croire que les mouvements passés, notamment celui des Gilets jaunes et jusqu’à la colère toute récente des lycéens, restent en travers de la gorge de Macron et ses ministres… qui croyaient probablement malin de choisir ce 17 novembre, jour anniversaire du début de la lutte des Gilets jaunes en 2018, pour présenter leur loi à l’Assemblée nationale. Reste qu’il s’agit aussi pour le gouvernement et en particulier le ministre de l’Intérieur Darmanin, au-delà de l’enrichissement de la panoplie d’armes contre les mouvements sociaux et politiques contestataires, de caresser dans le sens du poil ce qui existe de plus réactionnaire au sein des forces de police, minées par le racisme et les idées d’extrême droite. Et ainsi de mener la campagne de Macron pour les présidentielles, de surenchère aussi bien sur les délires sécuritaires des Républicains que sur ceux du Rassemblement national de Marine Le Pen.

« Souriez, vous ne serez plus filmés ! »

Un ensemble de mesures augmenteraient les moyens dévolus aux policiers, qui disposent pourtant d’un arsenal déjà fourni. La police municipale verrait son domaine d’intervention s’élargir. Elle arriverait en particulier à Paris : autrement dit, encore plus de policiers dans les rues de la capitale ! La sécurité privée accéderait, elle aussi, à de nouvelles compétences, la rapprochant de la police en titre, via la possibilité de « distribuer des sanctions dans certaines circonstances », pour reprendre les termes du projet de loi. Devenant ainsi une nouvelle réserve de personnel à qui sous-traiter une partie du maintien de l’ordre. Les policiers pourraient aussi porter leur arme en dehors de leur service, dans les établissements recevant du public, en particulier les commerces : des flics en civil mais armés y seraient autorisés. Bonjour la sécurité !

Et au centre de la polémique surtout cet article 24 sur l’interdiction de filmer. De toute évidence, le pouvoir craint des vidéos comme celles venues ces derniers mois des USA et qui ont fait le tour du monde. En mai dernier, c’est en réaction aux images de la mort de George Floyd, étouffé par les forces de l’ordre à Minneapolis, que des centaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues aux États-Unis puis dans le monde entier, dont des dizaines de milliers de jeunes à Paris. Ce n’était pas un cas isolé : le Washington Post a recensé 1262 meurtres d’Afro-Américains par la police depuis 2015. L’image de George Floyd a été celle de trop dans le ras-le-bol général de la population : « I can’t breathe ! » a été scandé dans tout le pays par les manifestants, et repris à l’étranger. Rendant visible ce qui, en temps normal, ne l’est pas. Car aux États-Unis comme ailleurs, c’est le plus souvent dans l’ombre des commissariats, dans des rues de banlieues ou à l’intérieur de véhicules de police que se commet la majorité des violences policières. Là où elles peuvent rester cachées.

La médiatisation sur les réseaux sociaux des très nombreuses « bavures » – que ce soit lors des manifestations ou dans les contrôles au quotidien qui touchent les plus pauvres et les moins blancs – illustre que les « exceptions » tendent à devenir la règle. Avec la pénalisation, inscrite dans un article de loi, des images prises et diffusées, une pression sur les flics outrepassant des fonctions déjà discutables disparait : pas de risque que des images tournent ! Pas de risque – ou beaucoup moins – que des policiers soient condamnés par la justice ou leur propre police l’IGPN (ce qui relève de l’anecdotique, un nombre infime de comportements déviants étant jugés tels). Pas de risque – ou beaucoup moins –, qu’il soit possible à la population d’exercer la moindre surveillance directe sur les actes policiers et donc de réagir collectivement à ceux-ci. Zyed, Bouna, Rémi Fraisse, Théo, Adama, Gilets jaunes éborgnés, manifestants matraqués : les violences policières génèrent – à raison ! – des explosions de colère.

Autre volet important du projet de loi : le renforcement des moyens de surveillance policière de la population par la généralisation de l’usage de drones et la multiplication des caméras de vidéosurveillance dans l’espace public. Des amendements ont aussi été déposés pour introduire la reconnaissance faciale. Un pas de plus donc, vers la société de « surveillance de masse » décrite par un documentaire diffusé sur Arte en juin dernier [1]. Dans une société capitaliste, de tels outils ne peuvent qu’être synonymes de plus de répression pour la population… et de bonnes ventes pour toutes les entreprises spécialisées dans le « sécuritaire ».

Leur État de droit… et notre force collective

Cette loi ajouterait donc à un arsenal répressif déjà bien doté et en constante augmentation. Depuis novembre 2015 et la déclaration de l’état d’urgence qui a fait suite aux attentats du Bataclan, les pouvoirs des policiers ont été considérablement élargis. État d’urgence dont les principales mesures sont ensuite passées dans la loi. En généralisant et légalisant des pratiques déjà répandues, François Hollande, alors président, a contribué à les graver dans le marbre. La « lutte contre le terrorisme » a justifié celle contre le mouvement social. Les militants écolos contre la COP21, les salariés d’Air France dans l’affaire de la « chemise arrachée » ou encore les manifestants contre la Loi travail en ont été les premières victimes dans leur lutte contre l’insécurité… sociale.

Dans cette course à toujours davantage de répression, Macron a pris le relais avec l’application du bon élève. Et ses ministres d’agiter frénétiquement leurs bâtons de gendarmes… De s’autoriser à donner des coups supplémentaires. Jusqu’à ce que ça leur retombe méchamment sur la gueule ? Car aucune police au monde, aucune justice du monde, même les mieux armées, n’ont découragé pour longtemps la colère des masses. Face aux masses en colère, des États policiers ont plus d’une fois été désarmés !

Alix Nilabli


[1Souriez, vous êtes filmés !, article du 7 juin 2020

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