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LES PINOCHET ET CEUX QUI LES SOUTIENNENT

Vingt cinq ans après le sanglant coup d’Etat militaire du 11 septembre 1973, Augusto Pinochet, le dictateur chilien, voit resurgir les fantômes du passé. A Londres, Paris ou Madrid, des familles de « disparus » manifestent pour réclamer son extradition et demander justice.

Justice pour des milliers de personnes qui ont été arrêtées, parquées dans des stades et torturées avant d’être assassinées. Avec l’intention avouée de terroriser des millions d’autres et de briser ainsi toute possibilité de contestation sociale. Justice pour qu’il ne soit pas dit que les puissants et les salauds de ce monde peuvent agir en toute impunité sans risquer un jour d’être inquiétés et d’avoir à rendre des comptes. Oui, il y a de quoi être indigné et avoir envie, de réclamer justice comme ces familles ! Mais comment ? Et à qui ?

Pour l’instant, le simple fait de demander que Pinochet soit extradé afin de comparaître devant un tribunal semble plutôt embarrasser nos hommes politiques. Bien sûr, ni Tony Blair ni Lionel Jospin ne prennent ouvertement la défense de ce criminel, ancien chef d’Etat. Ils laissent faire la justice, disent-ils. « Indépendante » comme chacun sait, ou plutôt comme on voudrait nous le faire croire. Mais qu’est-ce qui pèsera le plus ? Quelques considérations d’ordre juridique pour savoir si Pinochet peut ou non bénéficier de son immunité diplomatique ? Ou la promesse de conclure rapidement avec le Chili des contrats d’armement actuellement en cours de discussion, et portant sur un total de près de 12 milliards de dollars ? Pour les hommes politiques d’ici, mieux vaut ne pas faire trop de vagues, puisqu’il y a du business dans l’air !

Mais s’il devait y avoir un jour un procès, parions qu’il servira surtout d’alibi pour ne pas aller au fond du problème. Car Pinochet, c’est vraiment l’arbre qui cache la forêt !

Ce n’est pas la première fois en effet que cet assassin se rend à Londres, jusqu’alors en toute impunité. Pas pour des raisons de santé, mais pour du business justement. Cela n’avait guère ému Tony Blair jusqu’à présent. Et pourquoi l’aurait-il été ? Après tout, bien des dictateurs qui ne sont pas à la retraite entretiennent ainsi d’étroites relations avec nos gouvernements. Au nom du « réalisme », on traite avec des ordures. Parce qu’elles sont utiles à maintenir l’ordre et à faire taire les pauvres des pays pauvres, pendant que les Bouygues, les Dassault et autres capitalistes bien de chez nous continuent à faire leur beurre dans ces pays.

Ce qui se passe aujourd’hui au Chili est aussi révélateur. Le gouvernement actuel, composé de démocrates-chrétiens et de socialistes, réclame à corps et à cris la libération immédiate du général Pinochet. C’est évidemment choquant. Mais ce n’est pas très étonnant. Ce n’est pas la première fois que ces partis s’inclinent devant les militaires.

En 1973, c’est le socialiste Allende qui avait nommé Pinochet chef d’état-major. Il avait alors expliqué aux travailleurs de plus en plus inquiets des risques d’un coup d’Etat que cette nomination permettait de garantir « la loyauté de l’armée ». Allende n’était ni un imbécile ni un naïf. Il savait ce qui se préparait. Mais entre le risque de voir la population s’armer pour tenter de désarmer les militaires, et celui de voir les militaires écraser facilement une population désarmée, il avait choisi. Plutôt le risque de l’extrême droite au pouvoir, que celui d’une révolution sociale !

Alors oui il faut demander des comptes ! Mais pas seulement aux dictateurs. A tous ces politiciens qui soutiennent aujourd’hui bien des dictatures dans le monde, et à tous ces partis soi-disant raisonnables qui facilitent l’arrivée au pouvoir des dictateurs en nous berçant d’illusions.

Le coup d’Etat du général Pinochet il y a vingt cinq ans n’a été ni le premier ni le dernier du genre. Chaque fois que la bourgeoisie a commencé à se sentir menacée, ou que ce soit dans le monde, elle n’a reculé devant rien pour sauver ses intérêts. Que le gouvernement soit de gauche ou de droite, tant que l’Etat – c’est-à-dire l’armée, la police, l’administration – reste aux mains de la bourgeoisie, existe un danger de « solution à la chilienne ». Aux travailleurs du monde entier de s’en souvenir !

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