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Accueil > Éditos de bulletins > 1998 > novembre > 9

CATASTROPHES NATURELLES ET SYSTEME SOCIAL CATASTROPHIQUE

Dix jours après le passage de l’ouragan Mitch qui a dévasté une partie de l’Amérique Centrale et fait au moins 30 000 morts ou disparus, trois millions de sinistrés sont encore dans une situation catastrophique. Ils se débattent pour survivre, privés d’eau potable, de nourriture, et de soins, pataugeant dans l’eau ou dans la boue où traînent des cadavres d’hommes et d’animaux en décomposition.

Le monde entier les regarde, car les scènes sont retransmises par toutes les télévisions. Aujourd’hui le monde entier sait que les épidémies les guettent, que des années de misère les attendent avant que les habitations et les infrastructures puissent être reconstruites, avant que la production agricole dévastée à 70 % puisse reprendre, que le cheptel soit reconstitué, que les usines soient remises en état.

On sait que depuis dix jours des hommes, des femmes, des enfants sont encore bloqués sur le toit de maisons ou sur la cime des arbres, alors que les routes, les ponts et toutes les infrastructures sont démolis à 80 %. Pour aller à leur secours, le Honduras ne disposait que 10 hélicoptères – dont deux se sont crashés – et le Nicaragua de six…

A quelques heures de vol de là, sur les bases de l’armée américaine, des dizaines de milliers d’hélicoptères sont en attente. Au Vietnam, le gouvernement des Etats-Unis en avaient envoyé des milliers pour frapper la population lorsque celle-ci avait voulu se débarrasser d’un régime pourri. Et au Koweit quand il s’est agi de faire la guerre à l’Irak, les dirigeants de l’impérialisme américain, ont envoyé bien plus d’engins de toutes sortes qu’il n’en faudrait aujourd’hui pour sauver les sinistrés de l’ouragan Mitch.

La France qui est capable de débarquer des milliers d’hommes en Afrique en quelques heures, pour sauver des dictatures, n’envoie qu’un bateau de Martinique et que quelques pompiers sauveteurs.

A qui ferait-on croire qu’il n’y a pas suffisamment de stocks de pastilles de chlore pour faire de l’eau potable à donner aux sinistrés, suffisamment de nourriture pour leur éviter la faim, alors que l’industrie alimentaire des grandes puissances ne sait toujours pas comment écouler ses surplus de production ?

La solidarité des grandes puissances les plus riches, est ridiculement insuffisante. Elle s’élevait en fin de semaine dernière à une centaine de millions de dollars… promis. Et plus elle est dérisoire, plus elle s’accompagne de battage et de publicité.

Même un journal américain, le New York Times, a rappelé que les Etats-Unis dans les années 80 ont dépensé des milliards de dollars pour entretenir des vilaines petites guerres dans la région et maintenir contre la volonté des populations les dictatures honnies à leur service. Le quotidien français Le Monde, compare Mitch à un autre cyclone, économique cette fois, qui menaçait dernièrement les spéculateurs et les bourses du monde entier, la faillite d’un fonds de pension spéculatif américain du nom de LTCM, pour lequel la banque centrale de New York a rapidement trouvé 2 milliards de dollars pour conjurer la catastrophe.

Des appels ont été lancés aux organismes financiers internationaux pour qu’ils effacent la dette du Honduras et du Nicaragua. Ces deux pays, les plus touchés par la catastrophe, sont avec Haïti les plus pauvres du continent américain. Le Honduras et le Nicaragua ont respectivement 4 et 6,5 milliards de dollars de dettes. Ces sommes représentent en gros, selon le calcul des économistes, le coût de la reconstruction. Actuellement ces pays consacrent annuellement 40 % de leur budget à payer les seuls intérêts de la dette… Car ce n’est pas parce que les pays sont pauvres que leur population n’enrichit pas les banques internationales, comme les gros trusts de l’agro-alimentaire qui ont fait main basse sur la commercialisation du café ou de la banane.

L’efficacité, la rapidité d’intervention, les moyens, les capitaux, tout ça n’existe plus quand il s’agit d’aller sauver des vies humaines. Il n’y a pas que les ouragans qui sèment la mort, il y a aussi un système économique et politique inhumain.

Il faudra bien se décider à le balayer pour rendre la Terre plus vivable.

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