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Accueil > Éditos de bulletins > 1998 > octobre > 26

POUR EN FINIR DE LA GALERE !

« Lycéens en colère, y’en a marre de la galère », ont-ils crié dans la rue pendant quinze jours, dans toutes les villes du pays, et jusqu’aux plus petites. Que voulaient-ils, ces lycéens, ces jeunes de quartiers ouvriers et populaires qui faisaient le gros des manifestants ? Des moyens pour étudier, car le chômage et les économies budgétaires se répercutent sur l’école.

A ce jour, Allègre n’a rien cédé. Rien déboursé. Zéro prof ! Et les quatorze mille postes dont il parle sont tous des emplois précaires : 10 000 emplois-jeunes prélevés sur d’autres secteurs de l’éducation, 3 000 surveillants à mi-temps (la moitié de ce qu’il a supprimé en septembre). Allègre persévère à affirmer, au mépris de la réalité, qu’il y aurait suffisamment de profs mais qu’ils seraient seulement mal répartis !

Pas un liard non plus ! L’Etat ne débourse quasiment rien pour la construction et l’aménagement de locaux. Il autorise seulement les régions à emprunter à concurrence de 4 milliards de francs, ce qui n’est rien, comparé aux 40 milliards de rallonge pour le patronat que prévoit le nouveau budget discuté au parlement.

L’épreuve est la plus rude que le gouvernement ait connue depuis la lutte des chômeurs de l’hiver dernier. Les manifestations un peu partout et presque tous les jours étaient improvisées, spontanées ? Certes ! Mais c’était bien leur force et les appareils des grands partis comme le PS et le PC n’ont pas réussi à les contrôler ! Allègre a eu beau recevoir des délégations triées sur le volet, qui se disaient satisfaites de ses mesures, la preuve a seulement été donnée qu’elles n’étaient pas représentatives ! Le ministre n’a pas réussi à faire de la Toussaint l’enterrement du mouvement. Les lycéens persistent à demander des effectifs supplémentaires de profs et autres personnels et se sont donné rendez-vous pour une nouvelle journée de manifestation, le 5 novembre.

Et ils ne sont pas les seuls à lutter pour des moyens supplémentaires et des effectifs. Depuis des semaines, des cheminots ou des employés des transports urbains font grève, comme en ce moment à Lille, à Lyon, etc. Les mêmes problèmes entraînent les mêmes protestations dans les hôpitaux. L’Etat rogne toujours plus sur le budget des services publics, au péril de la santé et de la sécurité des usagers et des employés, tandis qu’il continue à arroser le monde patronal de subventions et autres allégements de taxe professionnelle. Ce qui n’arrête pas l’hémorragie des licenciements, comme l’illustre le projet de fermeture des chantiers navals du Havre.

Sur toutes les générations confondues, pèse durement cette société où règnent la concurrence, la loi du profit et du plus fort, où une minorité d’actionnaires capitalistes peuvent décider du sort de millions de gens. Les retraités eux aussi ont manifesté à 50 000 dans les rues de Paris, jeudi dernier, parce qu’ils ont perdu en dix ans 10% de leurs ressources.

C’est pourtant cette politique de chômage et de misère que mènent tous les gouvernements, y compris ceux qui se prétendent de gauche. Et le budget pourri d’Allègre, auquel des centaines de milliers de jeunes se sont opposés dans la rue, les députés socialistes l’ont voté et les députés du PC se sont lâchement abstenus de le repousser !

Contre cette politique, à ce jour, la riposte s’est faite au coup par coup, en ordre dispersé, même si la nécessité d’un « tous ensemble » fait son chemin dans les consciences, pour :

  • l’interdiction des licenciements
  • la réduction massive du temps de travail, sans perte de salaire et sans flexibilité, avec embauches correspondantes
  • la création de centaines de milliers de postes dans les transports, les écoles, la santé
  • la régularisation de tous les sans-papiers.

Mais on peut se réjouir que les jeunes soient finalement à bonne école. Allègre leur a dit que « l’Etat n’est pas la hotte du père Noël » ? Tant mieux si ce ministre confirme ce que la jeune génération est en train de découvrir, à savoir qu’il n’y a vraiment pas de père Noël pour les classes populaires, pas de façon de s’en sortir pour elles, autre que l’organisation et la lutte.

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