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L’Amérique suffoque, puis s’embrase !

Impunité meurtrière

« Je ne peux pas respirer ! » C’est la dernière phrase prononcée par George Floyd, un Noir américain de 46 ans, assassiné à Minneapolis par des policiers blancs qui l’ont maintenu à terre plus de huit minutes, provoquant sa lente asphyxie, devant des dizaines de témoins qui protestaient.

Ce meurtre raciste a aussitôt provoqué une flambée de colère, non seulement à Minneapolis, mais aussi dans une centaine de villes, dont New York où la police a imposé un couvre-feu et Washington où les manifestants sont allés devant la Maison-Blanche, et ont incendié ladite « église des présidents ».

Des dizaines de milliers de personnes, noires, latinos et blanches mélangées, sont descendues dans la rue pour manifester leur indignation, non seulement contre le meurtre de George Floyd, mais aussi contre l’ensemble du système qui permet depuis des décennies de mettre à mort des Noirs américains dans une quasi-impunité. Ainsi le 13 mars dernier à Louisville, une jeune femme était abattue dans son propre domicile par la police, qui la soupçonnait à tort d’activités « suspectes ». Le 23 février, un joggeur était abattu par deux résidents racistes d’un quartier blanc. Chaque ville américaine a son George Floyd.

Le poison du racisme

Ces premières manifestations ont été réprimées avec brutalité, entraînant en retour des échauffourées violentes. Et Républicains, noirs et blancs, de rejeter la faute sur les victimes du système qu’ils défendent. Le gouverneur du Minnesota, du Parti démocrate quant à lui, tout en critiquant la police, n’a pas hésité à mobiliser la garde nationale contre les protestataires qualifiés par lui de « terroristes ». De son côté Donald Trump, dont on connaît la tendresse pour l’extrême droite raciste, n’a cessé de multiplier les provocations et les menaces à l’encontre des manifestants, annonçant son intention de classer ceux qu’il appelle les « anti-fa », la gauche radicale blanche qui participe aux manifestations, comme « organisation terroriste ». Ailleurs, des maires ou gouverneurs ont tenté de calmer le jeu. À New York on a vu, fait rare d’ordinaire, des policiers se sentir du côté des manifestants.

Mais si une partie des grands médias ou des politiciens démocrates se sont aussi indignés de l’assassinat de George Floyd, c’était surtout pour appeler au calme, eux qui ont passé l’éponge sur des exactions semblables de la police sous la présidence d’Obama.

Provocations d’un côté, compréhension compatissante de l’autre, ces réactions politiciennes sont en réalité autant de contre-feux destinés à calmer les protestations, et à occulter l’ampleur et la violence du racisme de la société américaine. Les Noirs américains sont aussi les plus touchés par le chômage et la pauvreté. Une misère généralisée, que l’élection d’un Barack Obama, ou la fortune de quelques milliardaires afro-américains, ne peuvent pas dissimuler complètement. Un siècle et demi après l’abolition de l’esclavage et plusieurs décennies après le mouvement des droits civiques, les Noirs américains sont traités en bloc comme une classe criminelle.

Tout le système doit changer

Cette prise de conscience que vient de susciter l’assassinat de George Floyd, et bien plus largement que dans la seule communauté noire américaine, est salutaire. Elle dénonce le racisme et le comportement de la police vis-à-vis des habitants des quartiers pauvres en général. Des protestations qui, probablement, peuvent rapidement devenir une prise de conscience contre les injustices sociales dont les communautés noires ou latino-américaines sont parmi les premières victimes, mais pas les seules. D’autant que ces inégalités s’amplifient en ce moment avec l’explosion actuelle du chômage aux USA.

C’est cette colère qu’expriment les manifestants et ceux que tout le monde des riches et des politiciens appelle des « émeutiers ». Elle pourrait être le point de départ d’une contestation sociale bien plus générale contre tout le système, contre une société qui s’enorgueillit d’envoyer des hommes dans l’espace, mais envoie la majorité de sa population dans la misère.

C’est en tout cas ce que nous espérons.

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