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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 33, mai-juin 2004

Iran : pour l’impérialisme les ayatollahs sont de nouveau fréquentables

Mis en ligne le 14 mai 2004 Convergences Monde

Le régime iranien, que Bush classait naguère dans « l’axe du mal », volait récemment au secours des forces d’occupation états-uniennes en se proposant pour une médiation avec des rebelles chiites irakiens. Il semble même que cela aurait coûté la vie à un diplomate iranien en poste à Bagdad. Ce retournement spectaculaire s’explique aisément à la lecture de l’analyse des camarades de la Ligue socialiste révolutionnaire d’Iran que nous publions ici.


Plus les élections au parlement islamique [qui ont eu lieu au mois de février et furent largement boycottées par les électeurs] approchaient et plus les médias occidentaux se sont mis à porter attention à une prétendue évolution positive qu’ils prétendaient discerner au sein des élites dirigeantes iraniennes. Ainsi on vit le dénommé Seyyed Hassan Rohani, présenté parfois comme un “inconnu” alors qu’il est en fait le Secrétaire général du conseil supérieur de la sécurité (et peut-être le prochain président de l’Iran), salué comme un « médiateur » et « l’avant-garde de la tendance réaliste des conservateurs » par le Financial Times (21 janvier 2004), ou encore « digne de confiance », voire « l’officieux ministre des affaires étrangères » du président Khameneii par The Economist (numéro du 17-23 janvier).

Pourquoi donc ces éloges ? D’abord son rôle dans la signature du protocole additionnel du traité de non-prolifération nucléaire (en fait une capitulation du gouvernement iranien devant les Occidentaux). Ensuite sa visite en France et sa rencontre avec Jacques Chirac ainsi que ses négociations avec d’autres gouvernements occidentaux qui ouvrent les portes de l’Iran aux capitalistes internationaux. On peut y ajouter un petit signal amical au gouvernement israélien. Etait ainsi tracée la voie vers la « paix » entre les gouvernements européens et des USA et la République islamique. Une visite du Prince Charles, dûment mandaté par le gouvernement britannique, confirmait la bénédiction accordée à la politique des conservateurs iraniens.

Peu importe la clique au pouvoir

Au même moment le Conseil des gardiens de la révolution refusait aux dirigeants « réformateurs » le droit de se représenter aux élections. Les protestations de ces derniers, le sit-in organisé par 80 membres du parlement sortant, rien n’y a rien fait. La haine et le dégoût de ceux qui quatre ans auparavant avaient voté pour ces « députés » a atteint un tel degré qu’il n’y a pas eu la moindre manifestation de soutien en leur faveur. Les réformateurs ont été abandonnés par leurs propres partisans, rejetés de partout et finalement laissés tomber par les gouvernements impérialistes eux-mêmes.

Ceux-ci se sont donc rendus à l’évidence, comme les durs du régime le leur avaient susurré : les « réformateurs » n’avaient pas le moindre pouvoir, mais pas non plus le moindre soutien populaire. Et d’en tirer les conséquences : pour obtenir les réformes espérées par les capitalistes il fallait baptiser réformateurs... les conservateurs eux-mêmes.

En fait le tournant fut pris à la suite de l’occupation de l’Irak par les forces américaines. Il se fit sous la direction de l’ex-président Rafsanjani lui-même. Dans le numéro qui suivit la chute de Saddam Hussein, Rahbord, magazine publié par le Centre des études stratégiques, une institution liée au Conseil des affaires politiques du régime, publiait une interview de 24 pages d’Akbar Hashemi Rafsanjani, le président de ce conseil. Dans cette interview Rafsanjani traitait des problèmes entre l’Iran et les Etats-Unis. Il affirmait que « en tant que musulmans nous n’avons pas de problème pour trouver une solution à nos relations internationales ; l’Islam a pour principe que la politique passe avant tout le reste  ». Il se référait à Khomeni lui-même qui a dit qu’on pouvait arrêter les prières et les jeûnes si la sauvegarde du système l’exigeait. Et il concluait que la diplomatie iranienne, à cause de l’inexpérience de ses responsables, avait raté bien des occasions, mais que maintenant elle avait atteint la maturité suffisante pour lui permettre de bien évaluer les questions politiques internationales.

En termes diplomatiques c’était reconnaître que pour les gouvernements impérialistes peu importe la clique dirigeante, du moment qu’ils sont libres d’investir, piller les ressources pétrolières et exploiter la force de travail en Iran.

Vers le renouveau du mouvement ouvrier ?

Le régime entend créer un capitalisme « moderne » avec l’aide de la Banque mondiale et du système capitaliste international. Cela signifierait une entrée massive de capital étranger dans le pays. En important nouvelles technologies et machines, en formant techniciens, technocrates et managers, le capitalisme bouleverserait un Iran économiquement encore presque « vierge ».

Pour faire tourner l’industrie il faudra embaucher de nouveaux travailleurs et stabiliser leurs emplois. Progressivement l’insécurité actuelle et la peur du chômage devraient diminuer et redonner aux travailleurs une confiance en eux-mêmes qu’ils ont totalement perdu sous ce régime. Mais d’un autre côté pour sortir de l’arriération où le pays a été maintenu, tant par la guerre Iran-Irak que par la répression, la mauvaise politique économique et l’incompétence des dirigeants, les capitalistes tenteront forcément d’avoir recours à l’intensification du travail et à une exploitation accrue.

Des contradictions plus apparentes entre le travail et le capital, peuvent aussi faire naître des rapports différents entre les capitalistes et les travailleurs. Par exemple, la politique du régime a été jusque là d’imposer un code du travail digne du Moyen âge en même temps qu’une féroce répression sur les travailleurs ; on envisage maintenant de réécrire un nouveau code plus en accord formel avec les lois et les règles internationales.

Une nouvelle période semble donc s’ouvrir pour les travailleurs iraniens et leur combat, dans laquelle l’établissement de nouvelles organisations ouvrières sera indispensable. Pour ce faire certains semblent compter essentiellement soit sur la spontanéité soit même sur l’aide de l’Organisation internationale du travail. C’est se préparer de sérieuses désillusions. Seules des organisations ouvrières indépendantes peuvent défendre les revendications vitales (le droit de grève, le contrôle ouvrier, l’échelle mobile des salaires, etc...) Et ces organisations ouvrières indépendantes ne peuvent qu’être mises en place par les travailleurs eux-mêmes.

Maziar RAZI

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