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G7 : des vaccins au compte-goutte pour l’Afrique

22 février 2021 Article Monde

Lors d’une réunion virtuelle tenue le 19 février, les dirigeants du G7 (les sept pays les plus riches du monde) ont fait étalage de bonne volonté, en discutant du principe d’un « accès équitable aux vaccins » contre le Covid-19 à des pays parmi les plus pauvres, dont ceux d’Afrique. Et chacun y est allé de son couplet sur la solidarité.

Boris Johnson, pour le Royaume-Uni, a affirmé que face à une épidémie mondiale : « cela ne sert à rien qu’un pays soit en avance, nous devons avancer ensemble. » Il propose que les vaccins soient vendus à prix coûtant. Hélas, ce prix de fabrication lui-même sera difficile à connaître, car il est couvert par le secret commercial. Et la réunion a réaffirmé avec force son attachement aux « règles du marché ».

Les gouvernements allemands et américains ont promis des aides à un dispositif international de financement appelé Covax : celui-ci a pour objectif de fournir deux milliards de doses de vaccins dans le monde avant la fin de l’année.

Malheureusement, même la somme allouée par les pays du G7 n’y suffira sans doute pas : 7,5 milliards ont été promis « le plus vite possible », quand la plupart des vaccins sont facturés autour de dix euros la dose.

C’est pourquoi Emmanuel Macron a fait une autre proposition : que chaque pays envoie directement de 3 à 5 % de ses vaccins pour l’Afrique. La France de Macron le ferait « gratuitement ou à bas prix » ! Une misère de toute façon. Si on se tenait à cet objectif, lorsque l’Union européenne aura terminé de vacciner la totalité de sa population, elle aura fourni dans le même temps 22 millions de doses pour l’Afrique alors que ce continent compte 1,3 milliard d’habitants. Une goutte d’eau qui n’empêcherait pas l’épidémie de se poursuivre.

Pire, Macron a justifié sa démarche : « si nous annonçons des milliards aujourd’hui pour donner des doses dans six mois, dans un an, nos amis africains iront acheter des doses aux Chinois. » Une épidémie, c’est terrible, mais un marché perdu au profit de la Chine, c’est une catastrophe bien pire pour le président français.

L’argent existe pourtant en Afrique, lorsqu’il faut acheter des armes, en Égypte, en République démocratique du Congo ou encore aux pays du G5 Sahel, dont le Mali, où l’intervention militaire française répand la misère et la mort. Chaque année, un budget total de 40 milliards d’euros est consacré à importer, à l’échelle du continent, des blindés, des hélicoptères et tous les engins de mort disponibles. Plus de cinq fois le budget alloué à Covax.

Les entreprises françaises sont bien placées sur ce marché, avec la troisième place au classement mondial des ventes d’armes, certes le quatrième rang seulement en Afrique, précisément derrière la Chine. Alors, Covid ou pas, il n’est pas question de céder de terrain dans l’arène de la concurrence mondiale, dans ce que Macron lui-même appelle « une guerre d’influence des vaccins ».

Les pays du G7, qui comptent 13 % de la population mondiale, ont déjà acquis plus la moitié des stocks mondiaux de vaccins. Cent trente pays dans le monde n’ont toujours pas pu entamer la moindre vaccination, faute de doses disponibles ou d’un système de santé digne de ce nom.

Quelques promesses ne font pas illusion : dans le même temps, au nom de la propriété intellectuelle et des brevets, on empêche la production en masse du vaccin. On prive les pays d’Afrique et bien d’autres d’une possibilité de lutte contre la maladie, de peur qu’elle ne se fasse en dehors de l’influence du club très fermé du G7, et des profits de leurs multinationales.

Pierre Hélelou

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