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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 116, décembre 2017

Editorial

Esclavage en Libye : les porte-flingue et leurs parrains

13 décembre 2017 Convergences Politique

En visite officielle dans plusieurs pays africains, Macron a fait mine de tourner la page avec la Françafrique dans un discours tenu à Ouagadougou devant les étudiants burkinabés. Peu après avoir affirmé qu’« il n’y a plus de politique africaine de la France ! » et martelé qu’il n’était pas là pour faire la leçon, il a tout de même émaillé son discours de pas moins de quarante « Je veux », en parlant du sort des jeunes filles, des études des jeunes aussi bien que du développement économique. Je ne veux pas me mêler... mais je le fais quand même : le naturel du dirigeant de l’ancienne puissance coloniale revient au galop !

La « politique africaine » de Macron

Visiblement agacé par certaines questions d’étudiants burkinabés, Macron a lancé, en réponse à une question évoquant la sous-traitance en Libye par la France : « Ce ne sont pas des Français qui sont en train de faire les passeurs en Libye. Ce sont des Africains ». Réponse hypocrite puisque c’est exactement ce qu’implique l’idée de sous-traitance. Devant les caméras, il ne pouvait pas faire moins, Macron a fustigé les pratiques dénoncées par les images diffusées sur CNN le 14 novembre et qui ont fait le tour du monde : la journaliste qui a filmé la scène en caméra cachée y affirme que, en Libye, des migrants sont vendus comme esclaves aux enchères. Et les images montrent, de fait, des migrants au minimum contraints à travail forcé mis aux enchères.

Macron a dénoncé les gangs de passeurs, ceux qui font commerce d’êtres humains. Et les autres ? Car cela se passe tout de même dans des camps tenus par des miliciens à qui les États européens, France en tête, ont confié le soin de retenir les migrants pour les empêcher de partir vers l’Europe, à qui ils versent même des fonds pour cela. Cela continue, qu’on sache ! « Crime contre l’humanité » a dit Macron. Bien sûr. Mais les pires criminels ne sont-ils pas les commanditaires ?

Qui sont les commanditaires ?

Face à l’afflux de migrants depuis 2010, les pays européens se sont hérissés de centaines de kilomètres de barbelés : autour de la Hongrie, de l’Autriche, de la Slovénie, de la Norvège ; un mur se dresse sur les frontières extérieures de l’Autriche… La France n’est pas en reste et accepte de se doter du sien à Calais, même si c’est pour le compte du Royaume Uni.

Mais cela ne suffit pas et ne tarit pas le flot de ceux qui fuient la misère, la guerre, le plus souvent les deux, la liste des enfers de notre planète s’allongeant chaque année…

Ceux qui nous gouvernent n’envisagent pas un instant de mettre à disposition des migrants une toute petite partie des immenses richesses que recèlent nos pays : un pays riche comme la France s’était contenté de promettre d’accueillir avant fin 2017 seulement 30 000 réfugiés (sur plusieurs millions) et n’en a accueilli que le dixième !

Mais pourquoi les gouvernants européens seraient-ils pris de compassion pour les migrants alors qu’ils consacrent leur temps, chacun dans son pays, à pondre des lois pour jeter des familles entières dans le besoin ? Faut-il rappeler que les flics de Calais avaient l’ordre d’empêcher qu’on donne de l’eau aux bébés des familles de migrants et que ceux qui les ont aidés, dans la Vallée de la Roya proche de Menton, sont traînés devant la justice ?

Qui sont les « parrains » de ces mafias qui, en Libye ou ailleurs, détroussent, rançonnent, violent, torturent, vendent, tuent ?

Ce que veulent les dirigeants européens, c’est « dissuader » les migrants de partir de chez eux. Pour cela, il faut que le parcours d’un migrant devienne un enfer pire que celui qu’il a quitté, pire que les enlèvements et les meurtres de Boko Haram au Nigeria, pire que les bombes et les gaz d’Assad en Syrie. Et, surtout, il faut que ça se sache. Pour que les autres renoncent à quitter leur misère pour ne pas plonger dans une horreur plus grande encore.

Comme ces gens-là n’aiment pas se salir les mains, ils payent des gens pour le faire.

L’enfer libyen : une situation connue et qui était prévisible

Depuis que les avions français ont, sous Sarkozy, bombardé la Libye pour chasser (et assassiner) Kadhafi, le pays est aux mains de bandes armées, de milices qui terrorisent et rançonnent la population. Demander à la Libye qu’elle retienne les migrants revenait à confier de facto à ces milices la « gestion » des camps de « rétention », des camps immondes régulièrement dénoncés dans la presse et héritiers des camps tout aussi immondes, ainsi que des prisons, qui existaient déjà sous Kadhafi – car, même si les choses sont sans doute pires aujourd’hui, cela fait longtemps que la route de la Libye est un enfer pour les migrants, régulièrement détroussés avant d’être soumis à rançon.

Entre-temps, les garde-côtes libyens, dont la brutalité n’a rien à envier à celle des miliciens, sont officiellement financés par l’Union européenne et, dans le cadre de la politique de sécurité et de défense commune, les militaires européens de l’opération Sophia disposent de moyens sophistiqués pour faire du renseignement, autrement dit signalent les embarcations de migrants aux garde-côtes libyens pour que ces derniers les arraisonnent en mer et livrent leurs occupants aux mafias qui gèrent les camps. Les dirigeants européens ne peuvent pas ignorer comment les brutes sanguinaires qu’ils ont embauchés s’y prennent.

Pas plus qu’ils ignorent les trafics des « passeurs ». Ou les opérations forcées, voire les assassinats, perpétrés sur les migrants pour que des « chirurgiens » prélèvent sur eux des organes à destination des marchés des pays plus riches… « Les migrants, cibles du trafic d’organes » titrait le journal Le Monde le 4 septembre dernier tandis que des rapports accablants se multiplient sur ces trafics odieux [1].

Il ne s’agit donc pas de simple complicité pour avoir « fermé les yeux » sur les basses œuvres des sbires qu’ils ont embauchés. Ces sbires ont été embauchés justement parce que les gouvernants des pays riches d’Europe savaient comment ils allaient opérer. Les dirigeants européens les ont lâchés comme on lâche les chiens. Des chiens à l’image du cynisme et de l’inhumanité de leurs maîtres. 

3 décembre 2017


[1 Un rapport décrivant plus généralement un ensemble d’activités illégales dans les relations marchandes internationales, Transnational Crime and the Développing World, daté de mars dernier et établi par l’organisation non gouvernementale basée à Washington Global Financial Integrity, indique qu’on estime que jusqu’à 10 % des transplantations d’organes sont réalisées avec des organes acquis de façon illégale – soit, pour l’année 2014, environ 12 000 prélèvements d’organes illégaux ! http://www.gfintegrity.org/wp-conte...

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