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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 97 : janvier-février 2015 > « Guerre contre le terrorisme » : la spirale infernale

« Allons z’enfants de la Libye…i…e », … notre petit Irak à nous

28 janvier 2015 Convergences Monde

« Qu’allons nous faire de cette unité nationale retrouvée », c’est la question que tous les journaux posent depuis une semaine. Quand on n’entend pas les commentaires élogieux sur ce président qui aurait retrouvé sa cote dans les sondages et sa stature de « chef de guerre ». De quoi inquiéter.

Au mois d’août dernier, Hollande déclarait : « ma préoccupation majeure […] c’est la Libye. […] Si nous ne faisons rien […] c’est le terrorisme qui se répandra dans toute cette région ». Et au mois de septembre son ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian ajoutait dans une interview au Figaro : « Nous devons agir en Libye ». Le 5 janvier dernier le ton semblait plus modéré et les échéances éloignées : Hollande annonçait que « la France n’interviendra pas en Libye, parce que c’est à la communauté internationale de prendre ses responsabilités ». L’attentat du 7 janvier peut donner prétexte à Hollande pour entreprendre les nouvelles opérations militaires devant lesquelles il hésitait encore quelque peu, sûr de l’approbation unanime de la classe politique française et du soutien de ses alliés. Seules limites : les multiples préoccupations du gouvernement français dans sa zone d’influence africaine, notamment avec les dernières manifestations anti-françaises au Niger, et l’envoi tout récent de troupes tchadiennes au Nigeria et au Cameroun pour combattre Boko Haram, opération forcément sous la houlette française.

Alors quand, par quel bout, en commençant par quel pays, en entraînant quelles troupes africaines dans l’aventure, au nom de la lutte « contre le djihadisme » ? La question n’est pas encore tranchée. Mais il est malheureusement vraisemblable que l’attentat du 7 janvier donne à Hollande l’occasion de justifier une nouvelle escalade militaire en Afrique, ce pré carré de l’impérialisme français.

La démocratie ne naît pas à coup de bombes

La France est intervenue en Libye en 2011 au nom de la défense de la liberté et de la démocratie. Le pays n’est plus qu’un conglomérat de chefferies, toutes plus « islamistes » les unes que les autres et que François Hollande envisage de bombarder à nouveau, au nom de la lutte contre le Djihad cette fois

La France n’avait rien contre le dictateur Kadhafi. Il était même devenu un ami du président français Sarkozy dont il avait en partie financé la campagne présidentielle. Il était même devenu un protecteur de l’Europe, financé par l’Italie pour bloquer chez lui les immigrants d’Afrique noire venus chercher sur les côtes d’Afrique du Nord un embarquement vers l’Europe. Pour la France, les États-Unis et le Royaume-Uni, le danger de 2011 était venu d’ailleurs : c’était le soulèvement des peuples arabes contre leurs dictatures, qui, parti de Tunisie et d’Égypte, devenait contagieux en Libye.

Dès lors, tous les moyens furent bons pour mettre en place un contrefeu, en renversant le dictateur libyen avant que la population ne s’en charge et en s’appuyant sur toutes les autres forces réactionnaires que contenait le pays : à la tête d’un gouvernement provisoire d’anciens ministres et généraux de Kadhafi devenus potentats locaux de Benghazi, la capitale de l’est du pays où débouchent la moitié des pipelines pétroliers du pays ; comme hommes de troupe tout ce que la Libye comptait de petites sectes islamistes ou de démagogues sachant manier la parole d’Allah pour mobiliser les combattants et faire taire toute contestation sociale. Pour le matériel, on s’en chargeait : les rapports du groupe d’experts onusiens chargé de surveiller l’embargo sur les armes en détaillent le cheminement depuis les Émirats Arabes Unis et le Qatar : « une vingtaine de vols […] pour livrer aux révolutionnaires libyens, à partir du Qatar, du matériel militaire, dont des lance-missiles antichars Milan de fabrication française » [1].

En retour, 35 % des réserves libyennes de pétrole étaient promises par le Conseil national de transition à la France et donc à Total « en échange d’un soutien total et permanent » au Conseil. Allah est généreux !

Chronique d’un chaos français annoncé

Les retours de bâton n’ont pas tardé. Dès 2012, il paraît évident que les chefs de gouvernement sont incapables de désarmer les milices utilisées dans la guerre. En juillet 2013, des groupes armés investissent les terminaux pétroliers de l’est, de l’ouest et du sud du pays. Ils réclament une plus grande autonomie politique et bien sûr un meilleur partage de la rente pétrolière. De quoi semer une belle pagaille, catastrophique pour les affaires dans les hydrocarbures, dont l’économie libyenne dépend à 80 %, et les exportations de pétrole. La production de brut, qui s’établissait en moyenne à 1,42 million de barils par jour au premier semestre 2013 – contre 1,6 million avant la révolution de 2011 –, chute à 700 000 barils en août. Résultat : 1,6 milliard de dollars de perdus [2]. La justice d’Allah est vengeresse !

Un an plus tard, en août 2014, les combats entre clans rivaux s’étendent de Benghazi à Tripoli où les milices islamistes s’emparent de l’aéroport. Deux camps s’opposent avec deux Parlements et deux gouvernements concurrents. D’un côté, il y a le Conseil général national (CNG), l’Assemblée sortante, établie à Tripoli dont se réclament les « islamistes » et soutenue par la Turquie et le Qatar, ce Qatar qui fut allié de la France et des États-Unis dans la guerre de Lybie de 2011 ; de l’autre, le nouveau Parlement, élu le 25 juin, dominé par des anciens du régime kadhafiste, installé à Tobrouk, qui semble avoir le soutien tacite des grandes puissances, du moins tant qu’il tient encore quelque chose de la situation, et que l’Égypte et les Émirats Arabes Unis viennent d’épauler militairement.

Voilà la situation de chaos qui explique les déclarations alarmistes de Hollande et Le Drian de ce mois d’août que nous avons citées plus haut.

À quand la prochaine guerre qu’on nous prépare ?

On en est encore là. Début janvier 2015, le représentant du régime à Tobrouk, Ashur Bou Rached, appelait à l’intervention : « Nous appelons la communauté internationale à assumer ses responsabilités légales et morales et à armer, sans retard ni délai, l’armée libyenne pour qu’elle puisse accomplir sa mission nationale. » Un tel appel semble avoir été nuancé depuis.

Jean-Yves Le Drian était à ce moment-là en visite au Niger pour discuter d’une nouvelle base militaire française près de la frontière entre le Niger et… la Libye. Et le président nigérien Issoufou appelait explicitement à une intervention militaire des puissances occidentales en Libye, comme plusieurs chefs d’État africains. Le Drian ajoutait : « La Libye est dans le chaos aujourd’hui et c’est un terrain fertile pour les terroristes qui menacent la stabilité du Niger et, plus loin, de la France ».

Démarrées contre Charlie, les églises ou les restaurant français, les manifestations de ces trois derniers jours (16-17-18 janvier) au Niger ont pris une tournure presque aussi hostile au gouvernement Issoufou qu’à la France. Après avoir vu la responsabilité de la France dans le développement des groupes militaires islamistes en Libye, on voit de quelle révolte, par bien des côtés compréhensible, les démagogues islamistes du Niger cherchent à tirer profit.

18 janvier 2015, Léo BASERLI


[1Cité par SURVIE, Billet d’Afrique n° 239, « Libye : un chaos français » par David Mauger, rédigé le 1er octobre 2014.

[2Le Monde, 17 août 2013, « L’instabilité en Libye paralyse le secteur stratégique des hydrocarbures »

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