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Accueil > Les articles du site > Réunion publique du 21 mars 2021 : La Commune n’est pas morte (...)

Du 4 septembre au 18 mars : de la République à la Commune

Mis en ligne le 25 mars 2021 Article Culture

Réunion publique du 21 mars 2021 sur la Commune de Paris — 2e partie (Accès au sommaire)


Le 4 septembre 1870, l’annonce de la capitulation de Louis-Napoléon Bonaparte entraîne un vaste mouvement populaire. La foule envahit l’Assemblée nationale. La vieille opposition respectable à l’Empire n’en mène pas large : son seul choix est finalement de prendre la tête de ce mouvement pour ne pas se faire dépasser. Gambetta proclame la République et un Gouvernement provisoire dit « de la Défense nationale » est mis en place.

La guerre et la mobilisation des Parisiens ont eu raison du Second Empire. En apparence, l’unanimité semble parfaite : débarrassée de « Napoléon le Petit », nul doute que la France va se ressaisir et bouter les armées prussiennes hors de ses frontières. Le gouvernement se répand en discours patriotes et guerriers. Trochu, nouveau chef du gouvernement provisoire, annonce au peuple : « Ne pensez qu’à la guerre et aux mesures qu’elle doit engendrer ». L’exaltation patriotique atteint aussi une majorité de militants ouvriers et révolutionnaires. Blanqui déclare : «  Nous sommes tous français et rien de plus, tous républicains et rien de plus. Point de désunion ! » Le nom de son nouveau journal ? La Patrie en danger.

Mais, au-delà des apparences, qui sont ces hommes du gouvernement chargés de la « défense nationale » ? Des défenseurs fidèles… des classes possédantes. Jules Favre fait partie des républicains à l’origine des massacres de Juin 48 et il s’est opposé à la loi autorisant le droit de grève en 1864. Le très catholique Jules Trochu est, quant à lui, un général de l’armée connu pour ses sympathies monarchistes. Quelques républicains en apparence plus radicaux, Gambetta et Rochefort, complètent ce gouvernement.

Le gouvernement dit de « la Défense nationale »

Le gouvernement craint davantage les Parisiens que les Prussiens

La plus grande peur du gouvernement n’est en fait pas le casque à pointes des soldats prussiens, mais la casquette des faubourgs sous la pression desquels il a dû proclamer la République à son corps défendant. « Petit » détail de l’histoire, ce prolétariat parisien est armé ! Dans sa chute, Napoléon III a laissé un cadeau à ses successeurs : la résurrection de la Garde nationale, vieille milice bourgeoise aujourd’hui investie par la population des villes comme ultime moyen de défense. Fin septembre, plus de 200 000 hommes sont organisés par bataillons d’arrondissement. Rentrer dans la Garde nationale, on le fait d’autant plus qu’il s’agit maintenant dans la tête de beaucoup de sauver la République assaillie. On le fait aussi pour la solde de 30 sous, seul moyen de survivre pour beaucoup de prolétaires, du fait de l’absence totale ou presque de travail dans la capitale.

Pour le gouvernement, il faut rétablir l’ordre à Paris afin d’éviter de se faire renverser par un nouveau soulèvement… ce qui passe par désarmer ces masses parisiennes. Impossible à faire accepter tant que la guerre dure. Trochu et son gouvernement prétendument de la « défense nationale » n’auront à ce titre qu’une hâte aussitôt au pouvoir : organiser la « défection nationale » pour reprendre les mots de Marx. Le gouvernement sabote littéralement la défense de Paris. Des batailles sont engagées à tort et à travers, les défaites se succèdent. En sous-main, le gouvernement prépare déjà les négociations de paix : Adolphe Thiers, déjà lui, fait le tour des capitales européennes pour tâter le terrain… Mais la prudence est de mise : après avoir déchu un empereur, les masses parisiennes pourraient aussi faire son sort à ce gouvernement s’il apprend sa duplicité.

Pendant ce temps, la guerre continue. Dès le 17 septembre, Paris est assiégé par l’armée prussienne. L’hiver 1870 est terrible pour la population parisienne. Les obus prussiens tombent en pleine ville. Le froid cohabite avec la famine… Prosper-Olivier Lissagaray, communard et auteur d’une Histoire de la Commune de 1871, raconte le siège de Paris :

La faim piquait plus dure d’heure en heure. La viande de cheval devenait une délicatesse. On dévorait les chiens, les chats et les rats. Les ménagères, au froid par 17 degrés, ou dans la boue du dégel, quêtaient des heures entières une ration de naufragés. Pour pain, un mortier noir qui tordait les entrailles. Les petits mouraient sur le sein épuisé.

Ce siège, c’est la faim, le froid mais aussi l’ébullition politique caractéristique des périodes révolutionnaires. La rue est une assemblée générale permanente. Les journaux de toutes les tendances politiques fleurissent et sont avidement lus et commentés.

Paris en ébullition veut « la Commune »

Après le 4 septembre, des clubs politiques germent dans tout Paris, notamment dans les quartiers populaires. C’est l’effervescence révolutionnaire. On y croise quelques orateurs illustres, mais surtout une multitude d’anonymes qui interviennent à la tribune. On s’y bouscule pour aller aux nouvelles de la guerre, dénoncer les accapareurs, pour débattre de la politique du gouvernement, voire pour juger des « traîtres ». De nombreux prolétaires s’y retrouvent, mettent en avant leurs problèmes, débattent collectivement des événements politiques du jour.

Des « comités de vigilance » se forment aussi dans chaque quartier et élisent un « Comité central républicain des Vingt arrondissements ». Ces comités sont une manière de regrouper dans un même lieu les différentes tendances révolutionnaires mais aussi de mettre le gouvernement provisoire sous surveillance de la population parisienne armée.

L’évolution politique en six mois est rapide. « L’union nationale » se fissure vite. Les sacrifices endurés sous le siège renforcent la colère de la population parisienne qui se sent trahie par ce gouvernement de la Défense nationale. La poursuite de la guerre, celle-là même qui avait servi à mettre sous le tapis toutes les oppositions de classe le 4 septembre, les fait finalement rejaillir de plus belle.

La révolte gronde de plus en plus. Le 31 octobre, le gouvernement provisoire est à un cheveu de se faire renverser suite à l’envahissement de l’hôtel de ville. Que crient les manifestants ? « Vive la Commune ! ». Dans les clubs aussi, on parle de plus en plus de cette « Commune ». Le 6 janvier, une « affiche rouge » collée par le Comité central républicain des Vingt arrondissements annonce de but en blanc la perspective : « Place au peuple ! place à la Commune ! »

Qu’est-ce donc cette « Commune » qui est sur toutes les lèvres ? Elle se réfère dans toutes les têtes à la Commune insurrectionnelle de Paris de 1792, en pleine révolution française, expression du sursaut révolutionnaire des sans-culottes parisiens et ferme soutien de la proclamation de la « Patrie en danger ». En un mot, un pouvoir révolutionnaire, émanation directe des classes populaires en lutte.

« L’affiche rouge » du 6 janvier placardée dans tout Paris par le Comité central républicain des Vingt arrondissements

Entre Parisiens et gouvernement, l’épreuve de force se prépare

En janvier, la rupture entre les quartiers ouvriers et le gouvernement est consommée. Trochu et ses collègues sont surnommés la «  bande à Judas ». Le 28 janvier 1871, l’armistice est finalement signée, prélude à la paix. Si la guerre franco-prussienne se termine, la guerre civile pointe, elle, le bout de son nez. Le signal est donné pour la bourgeoisie : il faut maintenant s’occuper au plus vite de régler ce problème des masses parisiennes déterminées et mobilisées. Les classes possédantes se sentent d’autant plus poussées des ailes que des élections en février 1871 donnent une large majorité à l’Assemblée aux bonapartistes et monarchistes. Ces élections avaient été exigées par les dirigeants prussiens qui voulaient faire avaliser par une assemblée « représentative » les conditions du traité de paix au bas duquel les Prussiens voulaient davantage que la signature d’un simple gouvernement provisoire... Les campagnes ont voté « pour la paix », Paris et les républicains étant dépeints dans la presse bourgeoise comme des acharnés de la guerre qui mèneront le pays à sa perte.

Adolphe Thiers est nommé « chef du pouvoir exécutif » par l’Assemblée nationale.

Plusieurs provocations envers la population parisienne se succèdent de la part de cette Assemblée nationale :

  • Le contenu du futur traité de paix avec l’Allemagne est dévoilé : perte de l’Alsace et d’un bout de Lorraine, et 5 milliards de francs-or d’indemnités de guerre.
  • La solde des gardes nationaux est supprimée. C’était le seul gagne-pain de beaucoup de Parisiens !
  • La fin du moratoire sur les loyers et les traites commerciales est décidée, ce qui signifie la ruine de bien des artisans et commerçants parisiens. Cette mesure contribuera à souder la petite-bourgeoisie parisienne au prolétariat en mars.
  • Thiers et son Assemblée décapitalisent Paris : l’Assemblée siègera dorénavant à Versailles, ville des rois !

Adolphe Thiers

De son côté, la population parisienne s’organise… Une grande majorité de bataillons parisiens de la Garde nationale décident de se « fédérer », autrement dit récusent leurs chefs et décident de se doter d’une direction élue. Un Comité central est élu et réunit 38 membres (révocables), dont 21 ouvriers. On y retrouve Assi, ouvrier connu être le meneur de la grève du Creusot en 1870, l’ouvrier-relieur Varlin, fer de lance de l’Internationale, ainsi que plusieurs militants blanquistes. Avec cette Garde nationale fédérée, c’est un véritable gouvernement ouvrier en puissance qui émerge.

L’épreuve de force entre Versailles et Paris se précise de jour en jour… jusqu’au 18 mars et la dernière provocation de Thiers : la prise des canons de la Garde nationale parisienne.


Suite : 18 Mars – 28 mars 1871 : Paris tombe entre les mains du Comité central de la Garde nationale

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