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Accueil > Les articles du site > Réunion publique du 21 mars 2021 : La Commune n’est pas morte (...)

18 Mars – 28 mars 1871 : Paris tombe entre les mains du Comité central de la Garde nationale

Mis en ligne le 25 mars 2021 Article Culture

Réunion publique du 21 mars 2021 sur la Commune de Paris — 3e partie (Accès au sommaire)


Les canons ! Les Parisiens les considèrent comme à eux. Il faut dire qu’ils ont été financés par souscription pendant le siège de Paris qui a suivi la capitulation de Sedan. Même les plus pauvres y ont largement contribué. Cela n’a pas empêché le gouvernement provisoire de les laisser dans les zones occupées par les troupes prussiennes en janvier. Au contraire, pourrait-on dire, le gouvernement provisoire les préféreraient complètement aux mains des Prussiens plutôt que disponibles pour le peuple de Paris. C’était sans compter sur le Comité central de la Garde nationale dont les bataillons se sont chargés de les récupérer et de les regrouper dans des quartiers populaires, à Montmartre, à Belleville.

Désarmer Paris ?

Seulement Adolphe Thiers veut écraser les Parisiens, c’est ce que les réactionnaires de l’Assemblée, les boursiers, les dirigeants prussiens ne cessent de réclamer. Voilà pourquoi il déclare que les canons sont la propriété de l’État, et il ose même prétendre qu’ils peuvent représenter un danger pour la population parisienne s’ils sont laissés aux mains du Comité central. Une insulte de plus pour les Parisiens.

L’enjeu réel de cette opération c’est bien leur désarmement. Durant la nuit du 17 au 18 mars 1871, Thiers envoie 20 000 soldats soustraire les canons, l’artillerie aux Parisiens et arrêter les révolutionnaires connus aux quatre coins de Paris. À Belleville et Montmartre, mais aussi aux Buttes-Chaumont dans le 19e arrondissement, à Bastille, à l’Hôtel-de-Ville, dans les 5e et 6e à Saint-Michel et au Luxembourg, dans le 13e et le 7e, aux Invalides. Vinoy et Thiers ont toute confiance en leur plan. Ils prennent les Parisiens par surprise et savent que les canons ne sont que peu ou pas gardés. Mais ce qu’ils ne peuvent pas voir depuis Versailles, ce qu’ils ne peuvent même pas comprendre tant ils méprisent ceux que Thiers a nommés « la vile multitude » dans un discours de 1850, c’est que, ces canons sont en réalité « gardés par tout Paris », comme l’a résumé Prosper-Olivier Lissagaray dans son Histoire de la Commune de 1871.

Les troupes parviennent d’abord sans difficulté à avancer dans Paris. À Montmartre et Belleville, les canons sont pris sans résistance, mais encore faut-il les traîner à pied. Cela prend du temps. Le Soleil se lève et les habitants des faubourgs avec lui. Ils voient les soldats, les mitrailleuses braquées sur eux, discutent, s’agitent. Sur les murs se dressent des affiches signées par Thiers, Dufaure et autres ministres. On y lit : « Habitants de Paris, dans votre intérêt, le Gouvernement est résolu d’agir. Que les bons citoyens se séparent des mauvais ; qu’ils aident la force publique. Ils rendront service à la République elle-même ».

En cherchant à la prévenir, Thiers a déclenché la révolution !

Après des mois de siège, de discussions dans les clubs rouges, dans les rues, face aux provocations de Versailles, en effet, dans les faubourgs ouvriers, on sait très bien délimiter les bons des mauvais ! Les premières à venir faire barrage aux soldats sont les femmes. Elles leur crient « C’est indigne ! Qu’est-ce que tu fais là ? » selon Lissagaray. Puis à côté dans le 18e les bataillons de gardes nationaux ne tardent pas à s’alarmer, ils se regroupent et cheminent vite vers Montmartre. En route, ils fraternisent avec les postes de soldats et les rallient au cri de « Vive la République ! ». Gardes nationaux et soldats parviennent ensemble à la butte et encerclent la troupe.

Le général Lecomte (qui la commande) ordonne de tirer une fois, deux fois, trois fois. Ses hommes, de jeunes soldats affamés, maltraités par des officiers arrogants, finissent par mettre crosse en l’air, rejoindre la foule et s’en prendre à leurs officiers : le général Lecomte et ses sous-ordres sont arrêtés. Lecomte, échappe de peu aux représailles, est d’abord enfermé, mais il finit par être fusillé dans l’après-midi avec un autre général, Clément Thomas. Un peu plus loin dans le 18e, quelques soldats sont parvenus à descendre des canons. Là aussi, la foule les arrête et remonte les canons sur la butte.

La Place Pigalle fait écho à Montmartre. Le général Susbielle ordonne de tirer sur la foule, là aussi ses soldats refusent. Il charge seul, sabre au clair et blesse un garde. Soldats et gardes le neutralisent par balle. Aux Buttes-Chaumont, à Belleville, au Luxembourg canons et pièces d’artillerie sont systématiquement repris aux soldats.

À 11 heures, l’attaque est neutralisée de toutes parts ! En plus de conserver les canons, les Parisiens ont gagné des milliers de fusils fournis par les soldats. Paris se couvre alors de barricades tenues par les bataillons de la Garde nationale. Partout c’est l’effervescence.

Les gardes nationaux occupent les casernes, l’imprimerie nationale, cernent l’Hôtel-de-Ville d’où maires et députés sont délogés. Le prolétariat parisien a une nouvelle fois montré qu’il ne comptait pas laisser l’Assemblée, décider du sort de Paris à sa place.

La défense des canons par le peuple parisien

Thiers ordonne la fuite du gouvernement à Versailles

Aussitôt informé, Thiers ordonne le repli de tout le gouvernement et de toute l’administration à Versailles. C’était son idée fixe depuis les révolutions de 1848 : abandonner Paris, laisser le chaos s’installer – dans sa tête, il ne pouvait en être autrement – puis reprendre Paris dans un bain de sang. Mais ça ne s’est pas passé comme il l’espérait. Cortège des fuyards, des employés de l’administration, des soldats dépenaillés, découragés, tout ça étroitement encadrés par des gendarmes qui battent les récalcitrants. Quant à Paris, ça se passe pas du tout comme l’espérait Thiers ! Ce Paris abandonné, tombé entre les mains du peuple en armes, s’en remet aux décisions du Comité central. Ses membres, alertés au fur et à mesure des événements, délibèrent.

Les débats sont animés et durent toute la journée : « Que faire de ce pouvoir ? », « Nous n’avons pas mandat de gouvernement », « Faut-il marcher sur Versailles ? ». Tout n’est pas tranché, loin de là, mais on convient qu’abandonner ce qui a été gagné provoquerait le désarmement de la Révolution. Le Comité central conserve donc le pouvoir qu’il a su assumer avec autorité, mais… prévoit aussitôt de le rendre en annonçant les élections de la Commune dans les deux à trois jours à venir. Il déclare à la Garde nationale : « Vous nous avez chargés d’organiser la défense de Paris et de vos droits. À ce moment notre mandat est expiré et nous vous le rapportons… Préparez donc et faites de suite vos élections communales… En attendant, nous conservons, au nom du peuple, l’Hôtel-de-Ville » (Lissagaray, Histoire de la Commune de 1871). Décision sans doute discutable à ce moment précis, mais significative de l’immense confiance du peuple de Paris dans les vertus de la démocratie. Comme on l’a dit, dans leur esprit, il s’agit de renouer avec la Commune insurrectionnelle de 1792 qui avait mis les sans-culotte au premier plan. Mais les Parisiens veulent légitimer cette décision, la sanctuariser par un vote, en fait ils veulent que cette Commune soit l’expression de la démocratie directe, qu’elle soit tout le contraire des régimes monarchiques ou des empires.

Le Comité central déclare donc ne rien vouloir imposer, il veut simplement montrer l’exemple et laisser le peuple décider. Il a pourtant assumé avec efficacité un rôle irremplaçable. Il faut se le représenter à la tête d’un Paris où il fallait tout réorganiser : voirie, éclairage, halles, marché, assistance publique, télégraphe, poste, hôpitaux, ambulances… Mais, dès le lendemain, pour citer à nouveau Lissagaray :

On vint de partout au Comité central. Les comités d’arrondissement fournirent le personnel aux mairies ; la petite bourgeoisie prêta son expérience. Les principaux services furent rajustés, en un clin d’œil, par des hommes de bon sens et d’application. Il fut démontré que cela valait la routine.

Affiche du Comité central de la Garde nationale du 19 mars


Suite : 26 mars, l’élection de la Commune : Le premier gouvernement des travailleurs

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