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Doris Lessing, une femme libre

21 mai 2020 Article Culture

(Photo : Doris Lessing, en 2006, à Cologne. Elke Wetzig, https://commons.wikimedia.org/wiki/...)

Une vie digne d’un roman (1919-2013)

Née Doris May Tayler le 22 octobre 1919 à Kernanshah, en Perse (dans l’Iran actuel), Doris Lessing, écrivaine britannique, a été engendrée par la guerre selon ses propos. Ses parents, anglais, ont vu leur vie bouleversée par le conflit : sa mère y a perdu son premier amour ; son père en est sorti amputé d’une jambe et mutilé de guerre. Ils se sont rencontrés dans un hôpital de guerre où sa mère était infirmière et a soigné son père. La jeune Doris est marquée par l’événement mondial :

« J’étais une enfant très perturbée, ultrasensible. J’aurais pu dire que c’était parce que ma mère aimait mon frère et pas moi, mais c’est tellement banal. Je pense que mon mal-être tenait davantage du discours répétitif de mon père sur la guerre. [1] »

Elle est aussi un produit de l’empire colonial britannique puisque ses parents s’installent dans un premier temps en Perse où son père est employé de banque, puis en 1924, en Rhodésie du Sud (l’actuel Zimbabwe). Son père espère faire fortune en cultivant le maïs et le tabac et en cherchant de l’or… Il ne trouvera que la malaria, la dysenterie, un travail pénible et finira par faire faillite. L’échec du mirage colonial, du rêve vendu par l’Empire à des milliers de petits blancs a profondément marqué Doris Lessing.

Elle grandit donc dans un décor solitaire de collines et plaines qui entourent la ferme familiale, une vie dure et âpre, mais avec une grande liberté de mouvement. Elle va à l’école dans un pensionnat catholique de Salisbury (nom de la capitale de la Rhodésie coloniale, aujourd’hui Harare), et se prend de passion pour la religion catholique, jusqu’à ce que sa mère (protestante) lui raconte le sort réservé aux protestants pendant l’Inquisition… Doris perd alors la foi. Alors qu’elle adore la lecture, elle quitte l’école à 14 ans, estimant qu’elle a trop de choses à apprendre et que l’école la freine !

Ses relations très conflictuelles avec sa mère, femme autoritaire, conformiste, contrariée par l’indépendance dont fait preuve sa fille, la poussent à partir du foyer familial, d’abord pour travailler, comme jeune fille au pair, puis comme standardiste. Elle écrit alors deux nouvelles qui sont acceptées par un magazine sud-africain. Elle se marie en 1939, à vingt ans, seule façon pour une femme de son époque et de son milieu de se libérer de sa famille. Elle a deux enfants avec Franck Wisdom, un fonctionnaire, mais la vie très conventionnelle d’épouse et mère l’ennuie beaucoup… et elle divorce en 1943, laissant ses deux enfants, dont elle estime qu’ils seront mieux avec quelqu’un d’autre qu’elle.

Elle vient de rencontrer le milieu communiste de Rhodésie et Gottfried Lessing, réfugié juif allemand communiste. Elle l’épouse, disant que c’était un « acte révolutionnaire d’épouser quelqu’un dont les origines durant la guerre, risquaient de lui créer de graves problèmes ». [2]

Elle a un enfant avec lui, Peter, malgré son peu d’intérêt affiché pour la maternité. Ils divorcent en 1949 et elle quitte l’Afrique pour la Grande-Bretagne avec son fils. Gottfried Lessing, lui, rentre en Allemagne, plus précisément en RDA, et elle apprend plus tard, quand il est tué dans un attentat à Kampala, qu’il était un espion du KGB !

La vie à Londres, encore marquée par les destructions de la Deuxième Guerre mondiale et les privations, lui semble bien morne. Elle y fait un travail de secrétariat, mais le succès de ses deux premiers ouvrages lui permet de vivre de son écriture à partir de 1951.

Une œuvre protéiforme qui lui apporte une reconnaissance tardive

Doris Lessing est l’auteure d’une œuvre foisonnante de soixante ouvrages environ : des nouvelles, des romans, des autobiographies, de la poésie, du théâtre et des essais.

Dans ses romans, elle explore le réalisme comme le fantastique et l’imaginaire, et écrit une série de romans de science-fiction où elle dit vouloir faire de la sociologie. Ces cinq ouvrages, regroupés sous le titre de Canopus dans Argos : Archives, traitent du thème de la survie et du futur terrestre. L’idée d’un désastre final, d’une apocalypse écologique la hantait et se retrouve dans plusieurs de ses romans.

Les thèmes qu’elle aborde sont aussi très variés : le colonialisme et l’anticolonialisme, le racisme, l’engagement politique au Parti communiste, la condition féminine, la maternité, la folie, la désillusion, les relations amoureuses, l’écriture et la création. Elle s’intéresse aussi aux philosophies orientales, tel le soufisme. Sa vie a nourri son œuvre et elle s’interroge sur la manière de concilier le refus d’une subjectivité trop étroite et sa nécessité en écriture. «  Il faut reconnaître, dit-elle, que rien n’est personnel dans la mesure où rien, ni émotion, ni découverte ne vous appartient en propre. » [3] L’écrivain doit faire un travail d’épuisement du moi, du sujet unique, personnel pour arriver à l’universel.

Ses thèmes et personnages sont donc représentatifs d’un moment de l’histoire. Certains de ses personnages sont des archétypes et elle les présente ainsi dans sa préface au Carnet d’Or (dont il sera question plus loin) : « M. Dogme et M. Je-Suis-Libre-Car-Je-N’Ai-Nulle-Attache, Mlle Je-Veux-L’Amour-Et-Le-Bonheur et Mme Je-Dois-Faire-Parfaitement-Tout-Ce-Que-Je-Fais, etc. »

Elle écrit deux ouvrages autobiographiques Dans ma peau et La Marche dans l’ombre à l’âge de 75 ans, dans lesquels elle se décrit comme un processus, un mouvement déstabilisé qui s’invente au contact de l’histoire. Dans un article, Écrire son autobiographie, paru dans la revue de Philippe Sollers, L’infini, elle affirme :

« Si j’avais écrit mes mémoires à l’âge de 20 ans, ça aurait été un document belliqueux et combattif, à 30, confiant et optimiste, à 40 débordant de culpabilité et de justification, à 50 confus, plein de doutes et à 60 et plus, on commence à voir ses états antérieurs avec du recul. »

Elle n’ajoute pas de troisième tome à son autobiographie, estime qu’elle n’a rien à dire de plus, continuant à se raconter à travers ses romans.

En 2005, la sortie de son roman Les Grands-Mères fait scandale car elle y raconte l’aventure sexuelle que deux amies, femmes mûres, ont, chacune avec le fils de l’autre. Cela choque et elle répond qu’il s’agit «  [d’]une aventure qui n’est pas autobiographique cette fois et je le regrette ! ».

Alors qu’on parle d’elle pour le prix Nobel de littérature depuis 1985, elle l’obtient en 2007, et ironise en ces termes : « Ils ont pesé là-bas les Suédois : celle-là a dépassé la date de péremption et elle n’en a plus pour longtemps. Allez on peut le lui donner ! » [4] Elle a par contre toujours refusé d’être anoblie par la reine d’Angleterre… Ce qui n’est pas étonnant de la part d’une femme engagée qui a dénoncé toutes sortes de conformismes tout au long de sa vie.

L’Afrique et l’anticolonialisme

L’Afrique, que Doris Lessing a quittée à l’âge de 30 ans, l’a marquée profondément et est le sujet de nombre de ses ouvrages, où la beauté des paysages et la liberté qu’elle y a connue sont célébrés. La situation d’oppression des populations africaines par les colons blancs, le traitement infligé aux serviteurs noirs sont un sujet d’indignation très tôt dans sa vie. Elle est horrifiée par le manque d’empathie de ses parents et des autres colons envers les Africains noirs. Ce sentiment se fait conscience politique lorsqu’elle rencontre le milieu communiste de Rhodésie, formé de gens travaillant dans l’aviation et d’immigrés allemands.

Ses deux premiers ouvrages, Vaincue par la brousse et Nouvelles africaines, portent sur les relations entre les Blancs et les Noirs. L’Afrique y devient un personnage, vécue comme une menace par des Blancs apeurés pour qui la nature est oppressante, étouffante de chaleur. La nature les tue même, à l’instar de Mary, personnage principal de Vaincue par la brousse, qui ne supporte pas sa vie dans cette brousse, à côté d’un mari qui l’indiffère. Mary est obsédée par un domestique noir dans une fascination-répulsion. Elle ne peut avoir de désir pour lui car tout dans sa mentalité le lui interdit et ce désir refoulé devient une terreur. Lessing dénonce la société coloniale blanche, très réactionnaire, très provinciale et conformiste.

Dans l’extrait du Carnet d’or ci-dessous, Paul, jeune militant communiste, parodie les clichés coloniaux dans un dialogue avec sa logeuse, Mme Boothby :

– Votre cuisinier est avec vous depuis des années, bien sûr […]

– Oui c’est un bon garçon, je dois le dire, il a toujours été très fidèle.

– Il fait presque partie de la famille, j’imagine ?

– Oui, je le considère comme tel. Et il nous aime beaucoup j’en suis sûre. Nous, nous l’avons toujours bien traité. […]

Ce sont exactement des enfants lorsqu’on les comprend. Ils aiment à être traités comme on traite un enfant, avec fermeté mais équitablement. M. Boothby et moi-même croyons à la nécessité de traiter les Noirs avec équité. Ce n’est que justice.

– Mais d’autre part il ne faut pas non plus les laisser abuser, dit Paul, sinon ils perdent tout respect.

– Je suis heureuse de vous l’entendre dire, Paul, parce qu’en général, vous, les jeunes qui venez d’Angleterre, vous avez toutes sortes d’idées fantaisistes sur les Cafres. Mais c’est vrai ils doivent savoir qu’il existe une ligne à ne jamais franchir. Et ainsi de suite, interminablement. […]

C’est seulement lorsque Paul déclara […] : « Et bien entendu des siècles d’évolution les séparent de nous, ce ne sont jamais que des babouins, en fin de compte », qu’elle rougit et détourna les yeux. Babouins était devenu un mot trop cru pour la colonie, alors qu’il était encore acceptable cinq ans plus tôt, même dans la presse. (De même que le mot Caffre allait, dix ans plus tard, connaître une évolution analogue).

Elle se montre, dans cet extrait, ironique et très consciente des rapports de force qui s’inscrivent dans la langue. Sa dénonciation du colonialisme, du caractère impossible et mortifère du projet impérial comprend aussi une description réaliste des petits blancs, victimes collatérales de la colonisation, manipulés par l’espoir d’une vie nouvelle et meilleure en Afrique et qui n’y trouvent pour la plupart d’entre eux, à l’image de son père, que souffrance et désillusion.

Son engagement anticolonialiste, puis anti-apartheid, vaut à Doris Lessing une interdiction de séjour au Zimbabwe comme en Afrique du Sud. Elle y revient plus tard, dans les années 1990, puis sera à nouveau interdite de séjour au Zimbabwe à cause de ses critiques implacables du dictateur Mugabe.

Une écrivaine politique et engagée au Parti communiste

Doris Lessing rencontre donc des militants du Parti communiste lié à Moscou au début de la Deuxième Guerre mondiale, en Rhodésie, milite avec eux jusqu’à son départ pour la Grande-Bretagne et finit par adhérer au Parti communiste à Londres, en 1951, « pour agir », alors qu’elle a déjà des doutes sur le dogmatisme, la bureaucratie. Elle fait notamment un voyage en URSS qui alimente cet état d’esprit. Elle quitte le parti en 1956, après l’écrasement de la révolution hongroise par les chars soviétiques. Elle dit de ses camarades : « Nous avions tous l’étoffe de ces assassins à la conscience nette » [5] (en référence aux crimes staliniens). Cet engagement et la désillusion qui a suivi – comme nombre de personnes de sa génération, elle a cessé de militer dans un parti politique –, sont au cœur de plusieurs de ses romans.

C’est le cas de la fresque en cinq volumes des Enfants de la violence, très inspirée de sa propre vie, où son héroïne Martha Quest se marie très jeune pour échapper à sa famille, en Rhodésie, puis divorce en renonçant à ses droits sur sa fille et rencontre des communistes (entre autres un étudiant qui est une caricature de jeune stalinien) avec qui elle milite, car, grâce à eux, elle ne se sent plus excentrique et isolée sur son refus du monde dans lequel elle vit.

Voici comment Martha est présentée :

« C’est grâce à ses livres que Martha avait acquis une image précise d’elle-même : elle était adolescente donc forcée d’être malheureuse, anglaise donc mal à l’aise et méfiante, vivant dans la quatrième décennie du xxe siècle donc inévitablement confrontée aux problèmes de race et de classes sociales, de sexe féminin donc obligée de répudier toutes les femmes esclaves du passé. Elle était tourmentée par la responsabilité, la culpabilité et la conscience de soi. »

La conscience politique et l’action sont une source d’exaltation, d’espoir :

« Les trois jeunes femmes traversèrent ensemble le parc, en parlant de l’Union soviétique, de la révolution, de « après la guerre » – lorsque, comme ils le supposaient tous, commencerait une nouvelle phase de la Révolution, dans laquelle ils seraient tous des combattants de première ligne, des combattants comme Lénine, n’ayant peur de rien, et tous armés d’une compassion totale à l’égard de l’humanité entière. »

(Extrait du tome 2 de L’Écho lointain de l’orage, deuxième partie des Enfants de la violence)

Mais le parti est aussi le lieu des compromissions (participation à des comités avec des libéraux et travaillistes dans le cadre de la grande alliance contre le fascisme) et du sectarisme (discussions sur tous les « déviants », dont des trotskystes), de la langue de bois, du mensonge. Ainsi cette déclaration édifiante de Anton, que Martha épouse :

« Un communiste peut toujours se faire élire. Nous sommes toujours les meilleurs, pour n’importe quelle fonction. Nous sommes toujours sûrs, ponctuels, et prêts à travailler davantage. Si nous ne sommes pas meilleurs que les autres, nous ne sommes pas des communistes. Nous ne méritons pas ce nom. »

(Extrait de l’ouvrage précédemment cité.)

Dans Le Carnet d’or, c’est la désillusion qui domine :

« 3 janv.1952. Je constate que tout ce que j’écris vise à critiquer le Parti. Et pourtant j’y suis toujours. Molly aussi. Trois amis de Michael ont été pendus hier à Prague. Il a passé la soirée à m’en parler – ou plutôt à s’en parler à lui-même. Tout d’abord, il m’expliquait comment il était impossible que ces hommes aient pu trahir le communisme. Puis il m’expliquait, avec une grande subtilité politique, pourquoi il était impossible que le Parti puisse manigancer des complots contre des gens innocents et les pendre ; et comment ces trois hommes s’étaient peut-être involontairement trouvés dans des positions « objectivement » antirévolutionnaires. »

Ces différents romans rendent bien compte de l’élan qui a porté de nombreux intellectuels vers les PC, des débats qui s’y tenaient et de l’assimilation du communisme au stalinisme et à tous ses avatars, les conduisant, pour la plupart d’entre eux, à se ranger derrière d’autres réformistes comme les travaillistes en Grande-Bretagne ou à se contenter d’une posture humaniste. Doris Lessing est passée à autre chose, continuant d’exercer son esprit critique dans ses ouvrages, en observatrice vigilante de la réalité qui démonte les mécanismes sociaux, les conditionnements familiaux de notre société patriarcale.

Un chef-d’œuvre, Le Carnet d’Or, et la question du féminisme

Le Carnet d’or, publié en Angleterre en 1962 (mais traduit en France en 1976 seulement !) est considéré comme le chef-d’œuvre de Doris Lessing. Elle l’écrit pendant plusieurs années à partir de 1954, tout en travaillant aussi sur une pièce de théâtre et sur d’autres textes, alors qu’elle partage une maison avec une amie et suit une psychanalyse, car sa vie sentimentale est un désastre et elle a peur de devenir alcoolique. Au niveau politique, elle quitte le Parti communiste dans le contexte de la guerre froide, de la déstalinisation. Elle a l’impression que tout craque autour d’elle.

Ce pavé (945 pages dans l’édition de poche française) aborde tous les thèmes qui passionnent l’auteure : la lutte contre le racisme et la colonisation, l’engagement communiste et sa déception, le combat féministe et la complexité des rapports humains. Sa forme même est originale : Doris Lessing mêle « l’héritage réaliste des romans du xixe siècle à des techniques littéraires post-modernes (récit éclaté, composition stylistique sophistiquée, collage, mise en abyme, métafiction et jeu du roman dans le roman, digressions verbales, considérations du créateur sur son œuvre) » [6]. À travers la fragmentation du récit, elle cherche à rendre celle du réel, comme un roman cubiste offrant des angles de vue différents à un même personnage, Anna Wulf. Celle-ci, écrivain, personnage central d’un roman intitulé Femmes Libres qui est le squelette, selon les mots de Doris Lessing, du Carnet d’or, n’arrive plus à écrire alors qu’elle vient de connaître le succès avec un roman et note les différents aspects de sa vie dans quatre carnets de couleur (noir pour l’écriture et les souvenirs d’Afrique, rouge pour la politique, bleu pour son journal intime et sa psychanalyse et jaune pour un roman qu’elle écrit, avec un personnage qui est son alter-ego) « parce qu’elle éprouve le besoin de séparer les choses, par crainte du chaos et de l’informe – de l’effondrement. » [7] Les extraits des carnets sont enchâssés dans les différentes parties du roman Femmes libres. Quant au carnet d’or, c’est un joli petit carnet doré qu’Anna achète pour ne plus écrire que sur un seul carnet : « Moi toute entière dans un seul carnet. »

Il est une synthèse en quelque sorte mais donne l’impression d’un rêve éveillé. On s’éloigne du réalisme comme s’il fallait en passer par la folie (qui est un état révélant des choses essentielles selon l’auteure), la fragmentation pour se ressaisir et guérir.

Ce roman embrasse l’existence d’une femme et ses problèmes. C’est le climat intellectuel et moral d’un pays à une période donnée qui se trouve ainsi capté et analysé à travers les préoccupations d’Anna. Et le lien entre différents combats et oppression des femmes. Le livre a eu un impact très fort sur des générations de lectrices. Ainsi, pour Joyce Carol Oates, écrivaine américaine contemporaine : « On ne dira jamais assez combien ce livre a compté pour les jeunes femmes de ma génération. Il a changé radicalement notre conscience. »

Le Carnet d’or est donc devenu un livre culte pour les féministes et Doris Lessing une auteure « féministe »…

Mais Doris Lessing prend ses distances avec un certain féminisme qu’elle considère comme « dogmatique », manquant d’humour, « horrible avec les hommes » ! Ce qui ne manque pas de piquant quand la plupart de ses personnages masculins ne se distinguent pas par leur valeur ! Plus sérieusement, elle reproche au féminisme son « différencialisme » (le fait de penser que les femmes auraient en soi des qualités supérieures à celles des hommes), mais aussi son échec, car, alors que les femmes ont conquis leur liberté, certaines ne songent qu’à trouver un mari ! On retrouve dans ses déclarations, qui ont fait beaucoup de bruit, cet esprit libre, voire libertaire, qui est le sien : « Je déteste cette étiquette qu’on me colle volontiers dans le dos. Je suis un écrivain, c’est tout. Et je n’appartiens à aucun camp. J’aime trop la vérité. »

Doris Lessing est une grande conteuse d’histoires, originale, visionnaire, dont l’œuvre révèle les choix, questionnements et désillusions d’une intellectuelle réformiste et anticonformiste du xxe siècle dont elle est un témoin lucide.

Liliane Lafargue


[1Cité dans un article du Figaro, de Bruno Corty, du 17 novembre 2013.

[2Idem que 1

[3Cité dans l’article de Christine Jordis consacré à Doris Lessing de L’encyclopédie Universalia.

[4Idem que 1

[5Propos rapporté dans l’émission de France Culture du 15/03/2014 Une vie, une œuvre consacrée à Doris Lessing.

[6Idem que 3

[7Préface au Carnet d’or écrite par Doris Lessing en 1971.

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