Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 108, novembre 2016 > Police, justice, prisons...

Des policiers debout, un gouvernement couché ?

10 novembre 2016 Convergences Politique

Après quelques jours de manifestations et rassemblements de policiers à Paris et dans les grandes villes de province (le mouvement n’est toujours pas éteint), le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a annoncé un plan à 250 millions d’euros et une modification à venir de la légitime défense (une plus grande légitimité reconnue aux flics pour se servir de leurs armes). Avis à tous ceux dont les revendications peinent à porter : comme les policiers, il faudrait manifester de nuit, cagoulés voire armés, avec des brassards et voitures de service, en plein état d’urgence, et prendre la direction du Palais de l’Élysée…

Face à ces étranges ‘nuits debout’, on n’a pas vu le gouvernement intimer l’ordre de gazer, interpeller et traduire en comparution immédiate ! Pas une seule interpellation dans ces manifestations illégales. Au contraire, Hollande s’est empressé de recevoir une délégation syndicale de policiers, son gouvernement a cédé et fait des promesses d’amélioration des locaux mais aussi de performance des armes. C’est qu’avec les flics, le gouvernement n’est pas confronté à une contestation de l’ordre social, il se frotte au contraire à ceux qui servent cet ordre, en l’occurrence qui servent sa politique – et qu’on a vus scrupuleusement le servir face aux jeunes et aux travailleurs mobilisés au printemps dernier !

Accessoirement, le cadeau de Cazeneuve répond à des préoccupations politiciennes. La campagne électorale des présidentielles est lancée, actuellement sous la forme d’une course à celui qui paraîtra le plus ‘musclé’ – et de la gauche à la droite, la concurrence est rude en la matière ! Pas question, donc, que le gouvernement, et derrière lui le futur candidat du PS, soit en reste sur le terrain sécuritaire, lui qui a déjà à son actif les hauts faits répressifs des derniers mois, dont l’instauration de ce genre d’état d’urgence permanent.

Une fronde qui n’a pas tardé à trouver ses têtes

Certes, ces manifestations spectaculaires – mais pas non plus si massives –, ont suivi l’agression de policiers à Viry-Châtillon (Essonne), autant qu’on sache par une bande de dealers. Une voiture qui flambe avec à l’intérieur trois agents sévèrement atteints, on peut comprendre que cela ait soulevé l’émotion, non seulement dans le milieu policier mais plus généralement dans la population. Personne ne souhaite la mort des gens ! Les réactions auraient donc été immédiates, voire spontanées (ce qui est moins sûr). La petite fronde a effectivement ressemblé à celle de serviteurs de l’État et exécutants de quelques-unes de ses basses œuvres – avec son lot de récriminations concernant l’état de locaux, le manque de moyens (encore faudrait-il préciser quels moyens et pour quoi faire) et la politique du chiffre. Mais des ‘leaders’ de la contestation sont néanmoins apparus, agitant des revendications plus politiques, comme l’extension des cas de légitime défense pour les policiers ou la critique du prétendu laxisme de la justice – certains de ces policiers se plaignant d’attraper sans cesse les mêmes petits délinquants… que la justice relâcherait ! Comme si les prisons françaises n’étaient pas pleines à ras bord de laissés-pour-compte des banlieues. Autre fait notable, des ‘leaders’ policiers n’ont pas caché leurs sympathies pour la droite plus ou moins extrême.

Récupération politique à tous les étages

Voilà qui a permis à Cambadélis, premier secrétaire du PS et lui-même connaisseur en matière de coups fourrés, d’ouvrir le bal en dénonçant la « patte » du FN dans ces manifestations, juste avant que Cazeneuve serre gentiment la patte en question. Puis on a trouvé les liens existants entre des porte-paroles autoproclamés du mouvement policier et l’extrême droite. Puis on a cité l’étude du Cevipof [1] donnant 57 % d’intentions de vote pour Marine Le Pen dans la police, à prendre avec des pincettes mais cela n’a rien de surprenant pour une institution gangrénée depuis longtemps par le racisme. Des mœurs renforcées dans la police et l’armée lors de la guerre d’Algérie dont il reste bien des traces dans les deux corps !

Mais indépendamment de tous ces éléments, quelle que soit l’emprise de ladite « patte » sur le mouvement, des policiers ont montré qu’ils aimaient bien les méthodes de l’extrême droite, les manifestations nocturnes, la Marseillaise chantée à tue-tête sous la lune et l’agitation de leur flingue en guise de programme. Sans oublier le drapeau bleu-blanc-rouge omniprésent et une visite à la statue de Jeanne d’Arc à Paris, là où le FN organise son 1er mai annuel.

Bref, une occasion de confirmer ce qu’on savait déjà, à savoir que les exploités et opprimés n’ont pas que des amis, loin de là, dans la police. De telle sorte que s’il n’est pas vrai que « tout le monde déteste la police », il est certain que notre intérêt n’est certainement pas de l’aimer !

Ce sont probablement les milieux les plus ‘extrêmes’ de la police qui ont mobilisé à l’occasion du drame de Viry-Châtillon. Des ‘m’as-tu-vu’ prêts à l’action. Le Front national peut espérer y gagner des voix et des effectifs. Et Cazeneuve et Hollande, par leurs promesses à défaut de cadeaux bien précis, garder la main. On ne sait pas ce que fait la police, mais on sait qu’elle aura plus de moyens pour le faire !

Quelle violence ?

Sur le fond rien n’est réglé. La politique patronale et gouvernementale, de droite ou de gauche, qui engendre le chômage et la misère, n’a pas fini de pourrir la vie des gens, auxquelles les patrouilles et gâchettes faciles des flics ne pourront rien. Ceux qui réclament plus de flics et mieux armés se trompent… cela ne fera que davantage de victimes parmi les jeunes des quartiers populaires. Oui la société est violente : violence des exploiteurs sur les exploités, des riches sur les pauvres, de la police qui se sent impunie (et qui l’est, on le voit bien aujourd’hui !) sur la population pauvre. La violence d’éléments dits asociaux n’est qu’une petite partie de ce tableau. Si des policiers, comme on l’entend, en ont assez de toute cette violence dont ils feraient les frais, ils doivent comprendre que les revendications qu’ils se donnent et ne se résument pas à une augmentation de salaire et à la rénovation de leurs locaux, l’institution à laquelle ils appartiennent, l’ordre social qu’ils défendent font partie du problème, pas de la solution.

La balle (et pas à blanc !) pour l’avenir reste dans le camp des travailleurs. C’est leur organisation et leur mobilisation qui pourraient faire reculer, voire battre en brèche, ce capitalisme qui appauvrit et marginalise toute la société. À ce jour, les policiers appartiennent à ces forces de répression qui défendent la propriété privée et la loi du profit. Seule une lutte ascendante de la classe ouvrière serait en mesure de les bousculer, elles aussi, et d’en contraindre une partie à choisir un camp social. On n’y est pas, mais il n’est pas interdit d’espérer !

31 octobre 2016, Toni ROUVEL


[1Centre de recherches politiques de Sciences Po.

Mots-clés : |

Imprimer Imprimer cet article Réagir Réagir à cet article

Abonnez-vous à Convergences révolutionnaires !

Mots-clés