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Accueil > Éditos de bulletins > 1997 > novembre > 3

LES ROUTIERS BLOQUENT LES ROUTES... MAIS OUVRENT LA VOIE A TOUS LES TRAVAILLEURS

Les routiers ne veulent plus des horaires infernaux que les patrons du transport leur imposent ; ni des heures travaillées non payées, avec en plus des tâches de déchargement et des heures d’attente ; ni des salaires de misère. Ils n’ont pas admis que les maigres concessions de la grève de l’an dernier, sur la retraite à 55 ans, sur la prime de reprise de 3000 F, n’aient même pas été appliquées. Ils maintiennent leur revendication de 10 000 F brut pour 200 heures de travail, et ils sont décidés – ils le montrent – à les obtenir par la lutte.

Les patrons du transport, eux, sont prêts à les faire crever sur les routes. Au nom de la concurrence, de la guerre économique qu’ils livrent avec la peau des chauffeurs... et aussi avec celle des autres automobilistes. Car lorsqu’on fait faire, comme c’est courant, de 250 à 300 heures de travail par mois – la moyenne est de 54 heures par semaine et elle n’inclut pas les heures d’attente et les tâches de déchargement – c’est au mépris de toute sécurité.

Pour se défendre face à ce capitalisme toujours plus sauvage, les routiers ont toutes les raisons de se servir de leur force en faisant grève. Ils ne se sont pas laissés abuser par un prétendu accord bidon de dernière heure que certains des négociateurs syndicaux leur avaient pourtant, dans un premier temps, présenté comme acceptable. Ni par les incitations de Gayssot, le ministre P.C.F. des transports, leur promettant qu’il veillerait à son application. Les routiers savent que s’ils avaient renoncé à la grève, ils n’auraient aucune chance d’obtenir gain de cause.

Jospin pour tenter d’éviter le conflit a proposé aux patrons... un cadeau de 800 F par camion, sous forme d’abattement sur la taxe professionnelle. Il est évident que ce gouvernement, prétendu de gauche, ne tient pas – pas plus que le gouvernement de droite l’an dernier – à un blocage de l’économie par un conflit des routiers. Mais il est non moins évident qu’il souhaite éteindre au plus vite l’incendie en faisant renoncer les routiers à leurs principales revendications, et surtout pas en contraignant les patrons à quoi que ce soit ! On a d’ailleurs tout de suite pu voir de quel côté ce gouvernement se situe : dès les premières heures, il a envoyé des forces de police contre les routiers pour faire lever des barrages. Mais quand la base est décidée, de telles manoeuvres ne pèsent pas lourd. Ce ne sont pas les CRS ou les policiers en tout genre qui pourront remplacer les camionneurs.

Les travailleurs, par leur rôle économique, peuvent être une force décisive face au patronat, face à l’Etat et au gouvernement à son service, pour peu qu’ils s’organisent.

Les problèmes des routiers sont aussi, dans une grande mesure, ceux de tous les autres travailleurs. Partout dans la course au profit, au nom de la concurrence, les patrons veulent faire travailler des heures sans les payer. C’est par exemple dans les supermarchés que les routiers approvisionnent, une pratique on ne peut plus courante. Partout les patrons veulent « annualiser » le temps de travail. La prétendue loi sur les 35 heures est même faite pour leur ouvrir plus largement la porte. Partout, sous la pression du chômage, les charges de travail augmentent, les payes diminuent et deviennent invivables. Un front uni des travailleurs ferait sûrement reculer les patrons et leurs serviteurs.

Les routiers sont dispersés dans 38 000 entreprises, avec chacune des conditions spécifiques. Mais ils n’ont pourtant pas eu trop de difficulté à agir ensemble, à partir du moment où ils en ont eu la volonté. Ils montrent que lorsque des travailleurs s’organisent, ils peuvent non seulement bloquer la machine économique, mais ils peuvent aussi la contrôler. Pour couvrir le pays de barrages, il leur a suffi de communiquer entre eux, pour centraliser leur efforts et de les cibler sur des points névralgiques, comme l’approvisionnement en essence ou les grosses entreprises de la distribution. Et ils ont en même temps assuré un contrôle de la base, imposé que ce soit elle qui décide de la grève.

Pourquoi ce qui est possible pour les routiers, ne pourrait l’être demain pour un mouvement de tous les travailleurs ?

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