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Décolonisation, du sang et des larmes

Un « docu » de France 2

8 octobre 2020 Article Culture

Au programme de France 2, le mardi 6 octobre : le procès de la « décolonisation » à la française. Un film documentaire exceptionnel, Décolonisation, du sang et des larmes, de David Korn-Brzoza et Pascal Blanchard (2020). Une histoire en deux épisodes : La fracture (1931-1954) et La rupture (1954-2017). Un documentaire à base d’images d’époque sur cet empire colonial français qui comptait une quarantaine de territoires et quelque cent-dix millions d’hommes et de femmes sous tutelle, images d’archives colorisées, balayant quasiment toutes les parties de l’ex-empire. De l’Indochine, Laos, Cambodge et surtout Vietnam et la première guerre française entre 1945 et 1954 (avec la cinglante défaite infligée à l’armée française à Dien-Bien-Phu par le sacrifice d’un peuple), à l’Afrique du Nord avec, entre autres, les différentes phases de la guerre d’Algérie mais aussi des épisodes de la répression dure au Maroc et en Tunisie. Sans oublier l’Afrique équatoriale avec la lutte féroce contre l’UPC du Cameroun, et l’Afrique de l’Ouest et le sort réservé aux populations et militants indépendantistes de Côte d’Ivoire, le Sénégal (dont le massacre sordide de tirailleurs sénégalais au camp de Thiaroye en banlieue de Dakar en 1944)… Les Antilles ne sont pas oubliées, lieux d’épisodes de résistance acharnée… Ni évidemment Madagascar et l’insurrection de l’Île Rouge en 1947, et sa répression militaire sauvage dont la trace ne s’efface pas. Sont évoqués aussi ces territoires du Pacifique ou d’Amérique qui demeurent des colonies françaises.

Énormément d’images sur la dureté du système colonial (20 000 morts pour la construction d’un tronçon de chemin de fer en Afrique équatoriale – des hécatombes aussi dans la culture de la canne à sucre aux Antilles, du caoutchouc en Indochine, etc.). Un système de fait esclavagiste qui a fait la fortune de grands noms du capitalisme français. Des épisodes largement ignorés du grand public voire de celles et ceux qui s’y intéressent. Une histoire totalement rayée des manuels scolaires, même à l’époque pour les gosses des colonies. La fille de Paul Vergès (qui a été député du Parti communiste réunionnais), raconte comment à La Réunion, à l’ombre du volcan très actif du Piton de la Fournaise, les enfants apprenaient à l’école les volcans à partir… des volcans éteints d’Auvergne ! Car les images du passé sont entrecoupées d’interviews de témoins directs, ou de descendants, de ces dramatiques pages d’histoire.

Défilent aussi, dans ce documentaire, la fine fleur des politiciens français, de droite (dont De Gaulle) comme de gauche (dont Mitterrand) : une anthologie de leurs propos colonialistes, de leur morgue dans la défense des valeurs prétendues civilisatrices de la République. Le procès de la décolonisation ne s’arrête pas aux crimes des militaires et politiques français dans leurs guerres coloniales, il ouvre sur l’après colonisation, la « décolonisation » ou instauration de nouveaux liens de servitude – entre autres connus sous l’appellation de « Françafrique » – que les dirigeants de l’impérialisme français s’acharnent à maintenir. Avec quelques difficultés, le documentaire offre quelques images réjouissantes de la façon dont De Gaulle est tombé sur un os, en 1958, en Guinée. Une autre histoire encore, dont les débuts sont soulignés.

On peut revoir (en replay) ce documentaire qui ne dit pas tout, évidemment, mais en dit beaucoup et invite à poursuivre. Il est certain que la bourgeoisie française a un problème avec son histoire, avec la façon peu catholique (ou très catholique) dont elle a accumulé ses profits… et continue à le faire !

Michelle Verdier

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