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Chômage partiel chez Renault : la solidarité à sens unique

7 avril 2020 Article Entreprises

(Photo : banderole de la CGT Renault Lardy, dans une manifestation contre la réforme des retraites il y a quelques semaines.)

La direction de Renault vient de conclure un « contrat de solidarité et d’avenir », une solidarité bien particulière, qui consiste à faire payer le chômage partiel par les salariés et par l’État. Sous prétexte de la crise, cet accord d’entreprise provisoire contient de nombreuses attaques. L’objectif est clair : faire payer la facture de l’épidémie coronavirus aux salariés.

Après avoir rechigné à fermer les usines (sous la pression des salariés inquiets pour leur santé) et à vider en grande partie (mais pas complètement) les centres d’ingénierie, la direction de Renault a fini par se faire une raison en renonçant à la production de voitures pendant la période de confinement. Mais en contrepartie de cette interruption, il faudra faire des sacrifices pour « relancer l’activité » et rattraper le temps perdu.

Chômage partiel, arnaque totale

Après avoir rechigné à fermer les usines (sous la pression des salariés inquiets pour leur santé) et à vider en grande partie (mais pas complètement) les centres d’ingénierie, la direction de Renault a fini par se faire une raison en renonçant à la production de voitures pendant la période de confinement. Mais en contrepartie de cette interruption, il faudra faire des sacrifices pour « relancer l’activité » et rattraper le temps perdu.

Grands seigneurs, les patrons de Renault promettent un paiement à 100% du chômage partiel grâce à un « fonds de solidarité » qui complèterait la partie du salaire versé par l’État (84 % du net hors prime). Pour alimenter ce fonds, les salariés verront certains de leurs jours de congés supprimés. Le chômage partiel sera donc payé uniquement par les salariés et par l’État, c’est-à-dire en grande partie par les impôts directs et indirects… de tous les travailleurs.

Les intérimaires et les prestataires, eux, ne sont pas concernés par cette mesure et toucheront pour la plupart le chômage partiel légal, selon leurs entreprises. Si dans les usines le chômage partiel est total, ce n’est pas le cas dans l’ingénierie et le tertiaire, où la majorité des 16 000 salariés est contrainte de travailler à mi-temps, en télétravail ou sur site. Des demi-journées de travail qui n’évitent ni les déplacements, ni les risques de contagion entre collègues. Mais comme la plupart des télétravailleurs ne s’arrêtent pas à midi, ce sont autant d’heures de travail gratuit pour Renault.

Quant aux augmentations de salaire et aux primes, elles sont en grande partie repoussées à octobre pour les ouvriers, les techniciens et les cadres. Des économies sur les salaires, pendant que les actionnaires tergiversent encore sur le versement de leurs 312 millions d’euros de dividendes...

La reprise à tout prix

Pendant que du côté des salariés on compte les malades, la direction compte les jours et prépare la reprise. Dans les centres d’ingénierie, des centaines de salariés sont forcés de revenir sur les sites. Pour les « convaincre » qu’on peut poursuivre l’activité malgré l’épidémie, la direction distribue des masques… ceux qui manquent tant au personnel soignant ! Dans certaines usines (comme la SOVAB en Meurthe-et-Moselle), on fabrique quelques babioles pour les services de santé pour montrer que les salariés pourraient retourner sur les chaînes de production en restant en sécurité.

Car derrière les vagues promesses de garantir de bonnes conditions sanitaire, c’est bien ça l’objectif : confinement ou pas, il faut reprendre le plus vite possible l’activité, sans doute à partir de la mi-avril. Et pour rattraper le retard, la direction utilisera son accord pour imposer de travailler 6 jours sur 7, rallonger le temps de travail journalier et modifier les congés d’été en les réduisant au minimum. Un été pourri en perspective : presque de quoi regretter le confinement du printemps...

Leur avenir et le nôtre

Cet « accord de solidarité et d’avenir » est censé répondre à la crise sanitaire actuelle et à ses conséquences sur l’industrie automobile, mais les attaques ne sont pas nouvelles : réduction d’effectifs, augmentation de la charge de travail et précarisation des salariés font déjà l’objet d’accords d’entreprise depuis plusieurs années.

Après des années de records de dividendes qui ont engraissé actionnaires ou autres extravagants PDG, c’est maintenant sous prétexte de « relancer l’activité » que les salariés sont priés de faire des sacrifices. Cet avenir qu’ils nous promettent a un air de déjà-vu après les accords de compétitivité qui avaient suivi la crise de 2008. Celui-ci, un peu spécial car provisoire, annonce la couleur du prochain accord triennal.

Les salariés Renault, sous-traitants ou intérimaires vont donc devoir se défendre contre une direction prête à tout pour leur faire payer la note. Mais la partie n’est pas jouée. Depuis la mi-mars, les réactions se sont multipliées sur plusieurs sites Renault pour refuser de travailler dans des conditions dangereuses : à l’usine de Cléon le 16 mars pour exiger la fermeture, à celle de Flins quelques jours plus tard pour obtenir des protections adaptées pour les quelques ouvriers restant dans l’usine, sur le site d’ingénierie de Lardy la semaine suivante, après une pétition, 80 des 250 prestataires obligés de venir travailler se rassemblaient pour dénoncer leur situation.

Toutes ces réactions sont importantes aujourd’hui mais aussi pour l’avenir, car c’est en refusant la loi des patrons en période de confinement que les salariés prépareront la reprise... et les luttes à venir.

Correspondants

(Article publié dans L’Anticapitaliste no 517)

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