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Accueil > Convergences révolutionnaires > Numéro 98, mars-avril 2015 > La Grèce asphyxiée par les banquiers : À quand le bol d’air des luttes (...)

Canons et pots de vin : De quoi faire tituber un budget

23 mars 2015 Convergences

Depuis quarante ans, la Grèce, tout endettée qu’elle soit, est une vache à lait pour les marchands d’armes, principalement allemands, états-uniens et français. En mai 2010 encore, au moment où Merkel et Sarkozy diabolisaient le déficit public grec pour imposer un programme d’austérité, ils exhortaient [1] le gouvernement hellénique à ne pas toucher aux dépenses militaires. Pourtant, la répudiation des contrats en cours et la fin des commandes auraient permis de diminuer d’un tiers ou plus le déficit ! Mais il vaut tellement mieux montrer du doigt les salaires, les retraites et les services publics.

La Grèce a été respectivement le deuxième et le troisième client des marchands d’armes allemands et français entre 2000 et 2011. Avant la crise, entre 2005 et 2009, les dépenses d’armement avaient bondi de 35 %. Elle reste encore le cinquième importateur de matériel militaire au monde. En pourcentage du PIB, son budget de la défense est même le deuxième de l’Otan, derrière celui des États-Unis. À cause des craintes de la Grèce pour sa sécurité ? Des vieilles tensions diplomatiques avec la Turquie ? Ça ne tient pas ! Hélicoptères, drones et navires récemment achetés servent principalement à traquer les immigrés aux frontières grecques de l’Europe.

Alors les cures d’austérité n’ont pas vraiment bouleversé la donne : on a tout juste, fin 2011, dans le cadre du plan de la « troïka », réduit de 300 millions d’euros le montant des nouvelles commandes d’armement alors qu’on amputait de 2 milliards d’euros les dépenses sociales.

Corrupteurs et corrompus

Et pour cause : pour vendre leurs armes, les industriels graissent la patte des hauts fonctionnaires. À ce petit jeu, l’entreprise allemande Siemens bat des records ; elle surfacturait aux contribuables grecs des contrats civils et militaires en versant des pots-de-vin dont le montant total se chiffrerait à plus d’un milliard d’euros. Cerise sur le gâteau, Merkel, elle qui s’indigne tant de la corruption et du non-paiement des impôts en Grèce, refuse d’extrader d’Allemagne certains corrupteurs binationaux confondus, pour qu’ils ne soient pas jugés.

Quant à l’entreprise allemande Thyssen-Krupp, après avoir versé 130 millions d’euros de pots-de-vin, pour une part à un ancien ministre grec, elle a livré des sous-marins inutilisables, que l’ex-Premier ministre Papandréou a tout de même accepté de réceptionner sous la menace que le trust ferme le chantier naval du Pirée où celui-ci exploitait 1 500 salariés [2].

De ce côté-ci du Rhin, les industriels ne sont pas en reste : en 1985, Dassault provoqua un scandale d’État en Grèce pour avoir arrosé des fonctionnaires afin de vendre 40 Mirage 2000. Plus proche de nous, en 2013, des bureaux d’une filiale d’EADS ont été perquisitionnés parce que l’entreprise est suspectée de fraude fiscale et de corruption en Grèce.

A.S.


[1Selon Daniel Cohn-Bendit (AFP, 7 mai 2010), Sarkozy et Fillon, alors respectivement Président et Premier ministre, auraient indiqué à Papandréou : « Nous allons lever des sommes pour vous aider, mais vous devez continuer à payer les contrats d’armement qu’on a avec vous, signés par le gouvernement Karamanlis. »

[2D’après les dires de l’ancien ministre adjoint de la Défense Panos Beglitis (Le Monde, 15 mai 2010).

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