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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 127, juin-juillet-août 2019 > DOSSIER : Plongée dans l’Amérique sous Trump

La politique du Parti démocrate et de ses alliés

Canaliser tous les mécontentements en vue des élections

15 juin 2019 Convergences Monde

Depuis l’élection de Trump en 2016 et de la majorité républicaine dans les chambres, les démocrates se sont concentrés sur les élections à venir – d’abord celles à la Chambre des représentants et au Sénat de 2018, désormais les élections présidentielles de 2020. Ils se sont préoccupés d’alimenter le sentiment anti-Trump, ramenant dans leur giron les personnes exaspérées par leurs conditions de vie et le rôle joué par le régime de Trump.

Ils ont transformé la « Marche des femmes », réponse à l’élection de Trump, en un événement organisé, passant de Hear My Voice, écoute ma voix, en 2017 à Hear My Vote en 2018. Ils ont aussi capté l’indignation de la jeunesse à la suite de la fusillade de masse dans l’établissement scolaire de Parkland en Floride. Les lycéens ont organisé une imposante manifestation à Washington DC et poussé des milliers d’autres à faire de même dans tout le pays, offrant ainsi un cadre national à la jeunesse pour qu’elle puisse exprimer sa colère grâce à une importante aide organisationnelle et au soutien des Démocrates ainsi que d’ONG. La campagne s’est alors tournée vers l’instauration d’un contrôle sur les armes à feu et l’inscription sur les listes électorales en vue des élections à venir. Il en est allé de même pour les marches sur l’environnement, les manifestations contre les attaques faites aux migrants, #Metoo et autres mouvements. Quelques politiciens se sont parfois montrés dans ces manifestations, mais les démocrates souhaitaient qu’ils apparaissent comme des mouvements autonomes. Les projecteurs étaient braqués sur une nouvelle génération de militants, dont certains se présenteraient aux élections sous les couleurs des démocrates, les autres jouant le rôle de fantassins pour les élections de 2018. Cette stratégie a ainsi en partie payé.

Autre obsession des démocrates et des médias qui roulent pour eux : « l’enquête russe », sur les collusions entre le régime de Poutine et Donald Trump, collusions allant d’une intervention russe dans la campagne électorale des présidentielles de 2016 jusqu’aux investissements de Trump, en passant par toutes sortes de liens. Pour une majorité de la population, le bruit fait autour de chaque nouvelle révélation n’a fait qu’ajouter une couche au désintérêt porté à la pagaille de la vie politique.

Les élections de mi-mandat

Le plus souvent, les gens s’intéressent moins aux élections de mi-mandat qu’aux présidentielles. Mais, en 2018, elles ont représenté une sorte de référendum pour ou contre Trump. 49 % des électeurs sont allés voter contre autour de 40 % les fois précédentes. Des sommes immenses ont été mobilisées pour la campagne, y compris venant de personnes qui soutiennent d’habitude les Républicains, comme Michael Bloomberg, qui a contribué au financement de la campagne de nombreux démocrates, à hauteur de 100 millions de dollars. Bernie Sanders a permis de centrer une bonne partie de la campagne autour d’un plan national d’accès aux soins qui, même s’il semble peu probable qu’il soit mis en place, est souhaité par beaucoup. Dans l’ensemble, il s’est agi d’une campagne pour le « Non à Trump ».

Les démocrates ont obtenu 39 sièges à la Chambre des représentants, ce qui leur donne la majorité (234 contre 199). Ils l’ont aussi emporté aux élections de certains États.

Mais les Républicains ont raffermi leur majorité au Sénat, en y gagnant un siège de plus pour arriver à un total de 53 sénateurs, contre 45 démocrates auxquels il faut ajouter deux indépendants qui leur sont proches, dont Bernie Sanders. Il y a maintenant plus de 100 femmes à la Chambre des représentants.

Deux membres de DSA (Democratic Socialists of America) ont été élues à la Chambre des représentants. Bien qu’elles aient concouru en tant que Démocrates, la gauche s’y est beaucoup intéressé. Rashida Tlaib, élue dans la région de Detroit, fait partie des premières générations de Palestino-Américains. L’autre, Alexandria Ocasio-Cortez, de New-York, est la plus jeune femme à avoir été élue à la Chambre des représentants. Des candidats soutenus par DSA ont aussi été élus dans diverses élections locales et étatiques.

Certains votes sur des affaires locales ont permis de mettre en évidence une opposition partielle à la politique de Trump. En Floride, les électeurs se sont massivement exprimés en faveur d’une restauration du droit de vote pour ceux qui ont un casier judiciaire (environ 1,5 million de personnes), la majorité d’entre eux étant des Noirs américains. Au Massachusetts, anticipant des attaques contre les droits des personnes transgenres, la population a voté pour maintenir une loi protégeant ces droits. En août, la population du Missouri a rejeté une proposition de loi qui aurait permis aux travailleurs des entreprises privées avec une représentation syndicale de bénéficier des négociations collectives sans payer d’adhésion au syndicat – vote perçu comme une tentative de tâter le terrain vis-à-vis des syndicats et du « Cas Janus » [1].

Du « tout contre Trump »

à Medicare for All et au New Deal vert

Malgré ces victoires électorales des Démocrates, Trump jouit toujours d’un certain soutien – particulièrement dans les régions à majorité blanche. Mais les élections ne sont qu’une des indications du climat politique et de l’orientation majoritaire, indication assez imprécise puisque moins de la moitié de la population en âge de voter le fait. De plus, il y a eu des exemples extrêmes de radiation des listes électorales dans les zones où les élections étaient très disputées et où il y avait une forte proportion d’électeurs afro-américains. De nouvelles règles ont été mises en place pour l’identification des votants. Des dizaines de milliers de bulletins de vote n’ont pas été pris en compte, des bulletins de vote par correspondance sont apparus tandis que d’autres ont disparu. Et certains se sont vu refuser le droit de voter quand ils arrivaient au bureau de vote, en particulier la candidate pour le poste de gouverneur en Géorgie, avocate et ex-membre de l’Assemblée générale [2]. Avec tous les médias qui l’ont suivie jusqu’au bureau de vote, elle a évidemment pu finir par voter.

La difficulté pour les Démocrates, maintenant que les élections sont terminées, est de réussir à conserver cette sorte de base de jeunes militants, ceux mis en avant par la campagne de Sanders et les divers mouvements de la période passée. DSA en est un bon reflet, avec ses milliers de nouveaux adhérents. Sanders va alimenter une campagne pour un accès universel aux soins de santé – Medicare for All, du type « single payer » [3], thème cher à DSA. À quoi il faut ajouter la question de l’environnement. Les nouvelles élues démocrates soutenues par DSA (comme Ocasio-Cortez et Tlaib) défendent l’idée d’un « New Deal vert » (ainsi nommé en référence aux projets de création massive d’emplois publics lors du New Deal dans les années 1930).

Ce New Deal vert passerait par la constitution d’un comité spécial de législateurs qui développeraient un plan pour faire passer la production énergétique américaine à 100 % d’énergies renouvelables d’ici 2030. Cela correspond aux analyses d’organisations pour la défense de l’environnement telles que 350.org. Ces réformes incluraient la fin progressive des énergies fossiles, la réorganisation de l’agriculture, l’alimentation de maisons en énergie solaire, le stockage du dioxyde de carbone en dehors de l’atmosphère (« séquestration » du dioxyde de carbone), la création d’emplois nouveaux, etc. Mais ce projet oublie entre autres le rôle essentiel du fonctionnement réel du capitalisme dans les causes du changement climatique, considérant que la seule coupable est l’industrie basée sur les énergies fossiles. Dans la même veine, ce projet de loi rend l’État responsable de cette transition, plutôt que d’en appeler à une mobilisation de masse nécessaire pour arriver à une telle transformation. Le Parti démocrate espère bien évidemment que ces initiatives lui permettront de garder dans son giron les militants, plutôt qu’ils n’aillent regarder au-delà d’une politique électoraliste et des élections de 2020.

Ce New Deal vert a été utilisé par DSA dans sa campagne pour faire participer ses membres (sans parler d’un outil pour l’élection de Sanders). Le mouvement « Sunrise », une organisation de jeunesse « à la base », formée en avril 2017, a lancé leur campagne peu après les élections, avec des sit-in devant les bureaux de Démocrates connus pour réclamer le « New Deal vert ». Ce genre de militantisme « de base » va sûrement se développer beaucoup.


[1Janus v. AFSCME : en 2018, la Cour suprême a donné raison à un travailleur social de l’État de l’Illinois qui, non syndiqué, refusait la cotisation prélevée par l’American Federation of State, County, and Municipal Employees qui avait négocié la Convention collective du secteur, comme l’autorisait la loi américaine, en particulier une décision précédente de la Cour suprême datant de 1977. Janus avait invoqué le Premier amendement garantissant la liberté de conscience en invoquant le fait que le syndicat pourrait s’engager dans des campagnes électorales dans un camp qui ne serait pas le sien. (Note de CR.)

[2Nom de l’assemblée législative de l’État en Géorgie, qui réunit la Chambre des Représentants et le Sénat locaux. (Note de CR.)

[3Le single payer health care est un système de soins de santé pour tous les résidents dont les coûts seraient couverts par un système public unique financé par les impôts. (Note de CR.)

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