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C’est le voile qui exclut

14 octobre 2003 Politique

La décision du conseil de discipline du lycée Henri Wallon à Aubervilliers d’exclure deux élèves portant le voile, sur fond de relance de l’offensive politique islamiste en cette rentrée scolaire 2003, suscite de vives discussions. Surtout entre enseignants, parents, et plus largement militants de gauche et d’extrême gauche qui pourtant sont contre tout étalage de signes religieux et contre toute ségrégation sexiste à l’école. Au sein du MRAP, du PCF, comme au sein de groupes d’extrême gauche trotskystes, on voit des « féministes », hommes et femmes, défendre la tolérance au port du voile ! Des camarades des Jeunesses communistes révolutionnaires (liées à la LCR) ont ainsi édité un tract portant pour titre « Pour l’égalité des droits, non à l’exclusion des filles voilées ! » appelant au « Rassemblement contre l’exclusion de Alma et Lila » le mardi 7 octobre devant le lycée Henri Wallon d’Aubervilliers.

Selon ces camarades, « la lutte contre l’oppression des femmes et contre les idéologies religieuses réactionnaires ne peut se construire par des exclusions », et d’affirmer que dans un contexte d’offensive du gouvernement et du patronat pour diviser le camp des opprimés, il faudrait rester tous soudés, enseignants et immigrés. Bref, il faudrait user de tolérance, de persuasion, de conviction, d’aucun interdit assimilable à du racisme anti-immigré… Bref de vertus démocratiques dont des militant(e)s du SNES d’un lycée de Villeneuve-d’Ascq, dans le Nord, se mordent les doigts qu’elles aient ouvert la porte à 50 élèves voilées, contre 2 ou 3 il y a quelques années.

La « démocratie » n’est-elle pas une fausse barbe pour renoncer au combat ?

Certains, dans la gauche socialiste et communiste, disent surtout défendre l’école laïque, prétendument neutre. Notables et gouvernements de gauche n’ont pourtant guère protégé l’école publique contre l’idéologie catholique dominante, ni par les programmes ni par les subsides détournés vers l’école confessionnelle. Sans parler du maintien du statut spécial de l’Alsace-Moselle. Mais aujourd’hui et avant tout, dans l’affaire du voile, il y a le combat à mener pour la liberté des femmes et contre l’influence de l’extrême droite islamiste qui se cache à peine, derrière le foulard.

Il ne s’agit pas simplement, comme affirment certains, de respecter des jeunes filles qui seraient attachées à une culture, une tradition, une mode vestimentaire ou des convictions personnelles. Depuis quelques temps, des courants politiques réactionnaires saisissent les opportunités de prendre barre sur le milieu maghrébin qu’ils estiment déstabilisé par le chômage, la misère, l’exclusion et le racisme, sans oublier la politique impérialiste guerrière dans le Golfe et ailleurs. Les islamistes ont choisi de s’appuyer sur des préjugés courants à l’égard des femmes pour se développer. Ils ont fait du voile leur drapeau. On a pu voir le résultat en Iran, en Afghanistan, en Algérie quand ils ont mené leur offensive contre les femmes par des agressions violentes de femmes non-voilées. Il ne faut pas leur céder en France, où ils peuvent aussi imposer aux jeunes filles de passer du « petit fichu » au « grand foulard », puis au grand voile qui recouvre entièrement le corps et le visage, les yeux seuls vaguement discernables derrière un grillage ! Derrière ce fatras moyenâgeux, il y a la place imposée à la femme, l’enfermement à la maison dans son seul rôle d’épouse et de mère, pour un seul homme qu’elle n’a pas choisi ; il y a ces fameuses règles communautaires selon lesquelles les femmes ne devraient pas aller à l’école, même pas l’école coranique ! De plus en plus, celles qui ne porteront pas le voile seront des mécréantes, des filles méprisables, que de petits caïds de banlieue s’autoriseront à violenter voire assassiner. Si on laisse faire, pour deux jeunes filles réellement volontaires pour porter le voile, des milliers d’autres seront contraintes à le faire par peur des « frères », même si leurs parents n’avaient nullement le désir de le leur imposer. L’essentiel pour nous est précisément le sort des filles du milieu maghrébin qu’il ne faut pas abandonner aux pressions réactionnaires. Une majorité d’entre elles demande clairement que l’intolérance au voile à l’école continue à les protéger. Raison primordiale de mener le combat pour que l’école garde ce petit avantage sur l’ensemble de la société, de les soustraire autant que faire se peut aux pressions des divisions ethniques, raciales, religieuses et communautaires.

Ceux dans l’extrême gauche qui défendent le « droit au voile » croient probablement confirmer, comme si besoin était, leur anti-racisme voire anti-fascisme. Un vrai contresens par rapport aux positions de l’extrême droite française qui prêche le « communautarisme », la différence, la ségrégation. La droite et l’extrême droite mèneraient campagne contre la communauté musulmane et l’Islam ? Au contraire, la droite cherche à s’appuyer sur des milieux traditionalistes et religieux, d’où l’institution récente d’un Conseil de la communauté musulmane qui place la communauté issue du Maghreb sous l’égide des religieux. Raffarin, comme les gouvernants qui l’ont précédé, cherche à éviter de prendre une position claire, abandonne les enseignants et les proviseurs et les contraint à fermer les yeux ou à se battre seuls en assumant tous les risques et les coups.

Le débat, mais surtout le combat reste à poursuivre. Notre solidarité avec le milieu ouvrier maghrébin ne passe pas par la « tolérance » à ses préjugés, derrière lesquels avancent des courants politiques réactionnaires. Notre combat pour l’égalité entre les sexes passe entre autres par « l’intolérance » au voile à l’école.

Robert PARIS

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Réactions à cet article

  • Ce qui me surprend chez des révolutionnaires, c’est l’abandon de la lutte idépologique au profit de mesures administratives, de police et de répression. Comme si les professeurs des élèves en cause, parmi lesquels des militants révolutionnaires, se sentaient incapable de mettre à profit leur année scolaire pour s’occuper de ce que ces gamines ont ’dans’ la tête, plutôt que de ce qu’il y a ’dessus’. Ce n’est certainement pas hors de l’école qu’elles se libéreront le plus facilement de leur aliénation.

    Pour mémoire : un célèbre texte de Friedrich Engels :

    "FRIEDRICH ENGELS, « LE PROGRAMME DES EMIGRES BLANQUISTES DE LA COMMUNE », 1873 (EXTRAIT)

    L’athéisme est une chose allant à peu près de soi dans les partis ouvriers européens, bien que dans certains pays il ait le même caractère que l’athéisme de ce bakouniniste espagnol qui a déclaré : « Croire en Dieu est contraire à tout socialisme, mais croire à la Sainte Vierge c’est différent, tout socialiste qui se respecte doit croire en elle. » On peut même dire de la grande majorité des ouvriers social-démocrates allemands que l’athéisme est pour eux une étape franchie ; cette définition purement négative ne leur est plus applicable, car ils s’opposent à la croyance en Dieu pratiquement et non plus théoriquement ; ils en ont fini avec Dieu, ils vivent et pensent dans le monde réel et c’est pour cela qu’ils sont matérialistes. Il en va sans doute de même en France. Sinon, quoi de plus simple que de diffuser parmi les ouvriers l’excellente littérature matérialiste du siècle passé, littérature qui est jusqu’à présent, tant par la forme que par le contenu, un chef-d’œuvre de l’esprit français, et qui – compte tenu du niveau de la science à l’époque – est toujours infiniment élevée quant au contenu et d’une perfection incomparable quant à la forme. Mais ce n’est pas à la convenance des blanquistes. Pour prouver qu’ils sont les plus radicaux de tous, ils abolissent Dieu par décret, comme en 1793 :

    Que la Commune débarrasse à jamais l’humanité de ce spectre de ses misères passées (Dieu), « de cette cause » (Dieu inexistant serait une cause !), de ses misères présentes. Dans la Commune il n’y a pas de place pour le prêtre ; toute manifestation, toute organisation religieuse doit être proscrite.

    Et cette exigence de transformer les gens en athées par ordre du mufti est signée par deux membres de la Commune qui ont certainement eu l’occasion de constater que, premièrement, on peut écrire autant d’ordres que l’on voudra sur le papier sans rien faire pour en assurer l’exécution et que, deuxièmement, les persécutions sont le meilleur moyen d’affermir des convictions indésirables ! Ce qui est certain, c’est que le seul service que l’on puisse rendre encore, de nos jours, à Dieu est de proclamer l’athéisme un symbole de foi coercitif et de surpasser les lois anticléricales de Bismarck sur le Kulturkampf, en prohibant la religion en général.

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    • Nous sommes d’accord avec Laurent Lévy et Engels sur le fait que l’on ne décrète pas l’athéisme et qu’on l’impose encore moins par des mesures coercitives. Le problème est que, dans les affaires de voile à l’école, pas plus à Aubervilliers qu’ailleurs, il ne s’agit d’athéisme ni de religion mais de l’oppression des femmes sous couleur de religion. Et si en effet la lutte idéologique convient seule dans le cas de l’aliénation des esprits, il faut d’autre moyens dans la lutte contre l’oppression, pression contre pression, interdiction contre interdiction, voire violence contre violence. Pour pouvoir s’occuper de ce qu’il y a dans les têtes, le rôle des profs effectivement, encore faut-il que ces têtes soient accessibles. Or pour les réactionnaires islamistes (comme en d’autres temps les chrétiens) le voile a pour mission de rendre les filles inaccessibles… aux hommes comme aux idées.

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