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Bac 2021 : retour sur une fin d’année mouvementée

7 juillet 2021 Article Politique

Les résultats du bac viennent de tomber, avec un taux de réussite excellent de 90,5%, avant même les rattrapages qui ont lieu en ce moment. Derrière la belle vitrine qui laisse penser que l’année et les examens ont été bien gérés, entrons un peu dans les coulisses de cette fin d’année mouvementée et désorganisée où quelques résistances ont pu se faire entendre face à la politique de Blanquer. Au programme : haro sur la numérisation des copies et sur le contrôle continu !

Cette année, le bac a été marqué par une petite mobilisation contre la numérisation des copies voulue par Blanquer. Pour cause, les enseignants de lettres et de philosophie devaient corriger entre 120 et 160 copies sur leur ordinateur personnel via une plateforme, Santorin, qui permet de connaître le temps de connexion et l’avancement de la correction. Pour ajouter en surveillance, l’institution n’a rien trouvé de mieux, dans la lignée de l’école-entreprise qu’elle met en place, que de nommer parmi les correcteurs des « coordonnateurs », sorte de contremaîtres qui peuvent surveiller leurs collègues, les rappeler à l’ordre et réaffecter les lots de copies à d’autres collègues quand la cadence n’est pas assez rapide. À l’heure où on nous parle du danger des écrans et de la fatigue oculaire qu’elle entraîne, rien ne justifiait pédagogiquement ni sanitairement (sans parler du « développement durable » dont on nous rebat les oreilles : quelle aberration de numériser des copies papiers pour ensuite potentiellement les imprimer !) ce choix censé devenir la norme. Le but est surtout politique, bien qu’on puisse aussi être interpellé par les données que la plateforme permet de récupérer. En effet, après analyse des copies et des erreurs récurrentes par intelligence artificielle, celles-ci pourraient bien être revendues pour proposer aux familles des produits pour mieux réussir son bac. En somme, la marchandisation toujours plus accrue de l’éducation. Évidemment, cette numérisation vise également à mettre au pas les enseignants en voie de transformation en simples exécutants et réduire les tentatives de rétention des copies comme en 2019. Comme ces dernières peuvent être réaffectées facilement et que les notes et appréciations peuvent être modifiées, les moyens de nuisance, pour manifester la colère, doivent se réinventer. Pour rappel, 1 800 postes d’enseignants sont supprimés dans le second degré pour la rentrée prochaine, en échange d’heures supplémentaires, sans parler de tous les autres personnels qui manquent cruellement, et encore plus en ces temps de pandémie…

Cela n’a pas empêché des AG de se tenir pour refuser la numérisation et ne pas corriger sur la plateforme, parallèlement à quelques piquets de grève et rassemblements au moment des épreuves du grand oral. Des enseignants de l’Académie de Bordeaux ont ainsi imprimé les copies et les ont rendues corrigées au rectorat qui a refusé de les prendre. En région parisienne, en raison du boycott, des lots ont été réaffectés au dernier moment, ce qui a empêché à deux reprises les jurys de bac de se tenir, l’administration renvoyant à chaque fois les enseignants chez eux. Mais ce n’est pas la seule raison qui explique les retards pris dans l’organisation du bac.

Des bugs dans le système

Sans surprise, Santorin, comme l’ENT ou le CNED pendant le confinement, a connu des bugs importants, faute de moyens pour la maintenance, ce qui a empêché les enseignants de corriger à temps, dommage. Blanquer n’a pas osé dire cette fois que c’était l’œuvre de hackers russes, mais s’est contenté de polémiquer sur le crop top pour éviter le sujet… Ce bazar concernant le report des jurys s’explique enfin par des rectorats débordés, en sous-service. En témoigne en ce moment la cacophonie sur les rattrapages où les rectorats parisiens délèguent aux établissements le soin de trouver des examinateurs le matin même des épreuves ! Ainsi, faute d’enseignants, dans l’urgence, les élèves ont été dissuadés de prendre telle ou telle discipline. Cela a rappelé les gros couacs du fameux grand oral, il y a quelques jours, où les convocations étaient fautives ou faites le matin même, et où un professeur d’histoire-géographie a par exemple été appelé à Rueil pour faire passer 81 oraux de… physique-chimie.

Enfin, qui dit numérisation, dit risques informatiques de se retrouver avec des pages manquantes, en désordre, ou à l’envers et cela n’a pas manqué ! Le seul argument fallacieux présenté par l’institution était que la numérisation évitait de perdre des copies, mais il en a été perdu bien plus lors de cette session que sur les dix années précédentes. Et que de temps perdu aussi à signaler ces dysfonctionnements !

Au même moment, on apprenait par les médias que Blanquer accélère le bac en contrôle continu pour l’année prochaine.

Ministre autoritaire pour bac encore plus inégalitaire

Après deux années compliquées pour mettre en place des épreuves communes dont personne ne veut (les fameuses E3C), le ministre de l’Éducation a choisi de les supprimer pour privilégier un bac à 40 % en contrôle continu. Pourquoi les enseignants et les élèves n’en veulent-ils pas ? En procédant ainsi, il étend encore plus l’évaluation locale, défavorisant ainsi, pour l’accès au supérieur, les élèves qui viennent de lycées de quartiers populaires dont la réputation est moins bonne que d’autres. En outre, le bac s’immisce dans le quotidien de l’école et chaque évaluation en devient en quelque sorte une de ses épreuves, au détriment d’une vision plus désintéressée du savoir. Sans parler de la détérioration de la relation entre enseignants, élèves et parents, en témoignent par exemple les nombreuses contestations de notes. Parce qu’ils sont sous une pression constante, l’évaluation permanente vise – en plus de les dissuader de se mobiliser – à mettre en concurrence les élèves … mais aussi les enseignants, puisqu’ils doivent rendre leur spécialité attractive (en d’autres termes avec une notation très bienveillante) s’ils veulent garder des élèves. C’est bien sûr la réforme du lycée et Parcoursup, cette plateforme qui vise à trier les élèves et à en laisser sur le côté faute de places à la fac et dans les écoles, qui sont les principaux responsables de cette concurrence, accrue par le contrôle continu. Enfin, la mise au pas des enseignants-exécutants voulue par Blanquer va jusqu’à la perte d’une grande partie de la liberté pédagogique, toute relative soit-elle, puisque le but annoncé est d’encadrer et de formater cette évaluation pour qu’au quotidien tout le monde évalue de la même façon, ce qui peut laisser craindre des cours eux-mêmes formatés.

En résumé, si l’école n’a jamais été égalitaire ni porteuse de pratiques et de savoir émancipateurs, Blanquer et sa clique enfoncent le clou en organisant la concurrence et l’évaluation permanente et en essayant de réduire à peau de chagrin le peu de liberté pédagogique qui existe encore. Face à cette politique de mise au pas des élèves comme des personnels, il faudra imposer collectivement une autre vision de l’enseignement.

Barbara Kazan

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