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DOSSIER : Élections européennes, pas de surprise pour ceux qui ont fait le lit du FN

Avec ou sans traité, combattre le capitalisme

Mis en ligne le 14 juin 2014 Convergences Politique

Depuis quelques années, des hauts fonctionnaires et des lobbyistes de Bruxelles et Washington négocient dans l’opacité la création d’un marché commun transatlantique entre l’Union européenne et les États-Unis, le GMT (en anglais, Transatlantic Free Trade Area, soit TAFTA). Que les discussions à propos d’une zone de libre-échange de 820 millions d’habitants, regroupant les plus grandes puissances industrielles et financières du monde, soient menées dans le dos des peuples concernés est tout à fait à l’image de la façon dont la bourgeoisie gère son économie. La famille Peugeot n’avait-elle pas gardé secrets pendant des années ses plans de fermeture de l’usine d’Aulnay ?

Depuis que certains courants politiques ont choisi de faire de ce traité le sujet du moment, ses partisans se justifient en prétendant qu’il permettrait la création de millions d’emplois (comment ?) et un gain « équivalant à 12 300 euros par foyer au long d’une vie de travail ». Remarquez la précision de cet obscur calcul qui, tout au plus, voudrait dire 26 € par mois… si rien ne change pendant 40 ans. Venant de ceux qui imposent l’austérité aux travailleurs d’Europe et réservent leurs largesses aux banques, ce genre de promesse a de quoi faire sourire... et inquiéter sur leurs intentions réelles !

Ce traité transatlantique, ça leur sert à quoi ?

Le marché commun transatlantique est avant tout une revendication des multinationales européennes (y compris françaises !), à l’étroit dans un marché continental atone. Contrairement aux idées reçues, les États-Unis sont un des pays les plus protectionnistes du monde. La domination de l’État américain sur la planète a permis à sa bourgeoisie d’imposer une grande ouverture des marchés étrangers à ses capitaux, tout en conservant la part du lion sur son propre territoire. Si la bourgeoisie américaine venait à céder partiellement en ouvrant à la concurrence européenne quelques-uns de ses marchés intérieurs, ce ne serait pas sans contrepartie. C’est l’objet des laborieuses négociations du GMT, dont personne ne sait si elles vont aboutir.

De quoi relativiser la dénomination pompeuse de traité de « libre-échange » : si l’échange était si libre, il n’aurait pas besoin d’être encadré par un traité ! La définition de règles pour un marché commun transatlantique rendrait plus difficile aux capitaux asiatiques ou sud-américains l’accès aux marchés états-uniens et européens. Les deux plus grandes puissances industrielles et commerciales de la planète protégeraient ainsi leur propre chasse gardée, alors que des accords bilatéraux négociés avec des pays plus pauvres (qui, eux, ne se retrouvent jamais sous les feux des projecteurs) leur permettent d’investir comme bon leur semble aux quatre coins du monde, aux conditions qu’ils ont eux-mêmes dictées.

Les barrières douanières sont déjà à un niveau très bas depuis trente ans dans la plupart des secteurs d’industrie et de services, l’agriculture étant l’exception. Mais de nombreux mécanismes dits « non tarifaires » permettent de protéger certains marchés intérieurs. Le plus courant est la mise en place de normes qui disqualifient les produits de concurrents étrangers. Pendant de longues années, la principale occupation des députés du Parlement européen a été d’harmoniser ces normes à l’échelle du continent tout en s’assurant qu’elles agissent comme un bouclier vis-à-vis de concurrents extra-communautaires.

La gauche réformiste agite un épouvantail pour leurrer la classe ouvrière

Les adversaires du GMT prétendent que la négociation de normes communes avec les États-Unis aboutirait à un plus grand laxisme, notamment en matière sanitaire, en prenant l’exemple du bœuf aux hormones ou du poulet au chlore. Passons sur le fait que cela ne dérange pas nos antilibéraux chauvins que les familles ouvrières américaines soient victimes de la malbouffe, que les normes sanitaires n’empêchent pas Spanghero de vendre du cheval avarié, ou Servier de faire des ravages avec le Mediator. La France est loin d’être à l’avant-garde en la matière : il a fallu par exemple plus d’un siècle pour que l’usage de l’amiante soit encadré... Et encore aujourd’hui, bien des travailleurs y sont exposés. Le patronat pourrait prendre ce traité comme prétexte pour abaisser quelques normes sanitaires ? C’est une possibilité, mais c’est alors à cela qu’il faudra s’opposer ! N’y a-t-il pas déjà, ici et maintenant, sur ce terrain, bien des scandales à dénoncer, des luttes à mener ? Si le Front de gauche désigne ce traité comme ennemi principal, c’est qu’il a bien autre chose en tête.

L’immense majorité des normes n’ont absolument pas pour objet une protection, même minimale, des populations ou de la nature. Le zonage des DVD, par exemple, qui fait qu’un lecteur acheté en France ne pourra pas lire de disques commercialisés aux États-Unis, n’est qu’un protectionnisme déguisé. Les anti-GMT créent le mythe d’une réglementation française protectrice du consommateur, que l’Europe s’apprêterait à brader.

Autre épouvantail : l’éventuelle création de tribunaux d’arbitrage qui permettraient aux multinationales de poursuivre les États. Une telle procédure accompagne déjà certains traités de libre-échange dans le monde. Le cigarettier Philip Morris, par exemple, a entamé une procédure contre l’Uruguay, accusé d’avoir mené une politique de santé publique défavorable à la vente de ses produits, et réclame 1,7 milliard d’euros de compensation.

Choquant et inacceptable ! Mais comparer la France et l’Europe à l’Uruguay, dans leurs rapports avec les États-Unis, est malhonnête. L’Union européenne n’est pas un pays pauvre soumis aux diktats de son puissant voisin, son PIB et son poids dans le commerce mondial sont du même ordre que ceux des États-Unis. Faire passer la France pour un pays en voie de colonisation économique est une supercherie qui vise à faire oublier son rôle impérialiste.

Et ce genre de procédure, qui voit l’État vider ses caisses au profit d’intérêts privés, ne naîtra pas avec d’éventuels tribunaux d’arbitrage. Rappelons seulement que l’abandon de l’écotaxe imposerait à l’État français de verser 800 millions d’euros à la société Ecomouv’ qui a installé les portiques. Du paiement des intérêts de la dette aux exonérations de charges en passant par les grands travaux d’infrastructure, l’État est la victime permanente et tout à fait consentante de transferts de fonds à la bourgeoisie.

Des petits arrangements entre amis et néanmoins concurrents de la grande bourgeoisie, comme le GMT, sont monnaie courante. Qu’ils aboutissent ou pas ne change rien au fait que c’est le rapport de forces qui règle leurs différends, et surtout que leurs profits, quelle que soit la façon dont ils se les répartissent, sont le résultat de l’exploitation de la classe ouvrière.

Les partis de gauche réformistes, qui proposent de faire de l’opposition au GMT la mère de toutes les batailles, mentent quand ils prétendent défendre les intérêts des travailleurs. Ils choisissent ce terrain de contestation car il est le plus indifférent à la bourgeoisie, le moins à même de mobiliser réellement la classe ouvrière pour défendre ses intérêts propres, et qu’il leur permet en plus de distiller une propagande protectionniste comme cache-sexe de leur nationalisme. Leur démagogie se cantonne d’ailleurs sagement au terrain électoral : votez pour nous, nous refuserons le GMT !

Après une campagne européenne menée sous le drapeau de l’internationalisme, la majorité du NPA a malheureusement décidé de suivre la gauche de la gauche dans cette nouvelle impasse, sous prétexte d’activité « unitaire » avec le milieu étriqué du Front de gauche. Les terrains d’action ne manquent pourtant pas pour que l’extrême gauche tente d’entraîner bien au-delà de ses propres forces, dans les luttes ouvrières contre le gouvernement et le patronat ou dans la bataille politique indispensable contre le nationalisme renaissant.

R.P.

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Numéro 94, juin-juillet-août 2014