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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 94, juin-juillet-août 2014

PSA Poissy : Pas encore la fermeture, mais usine compactée et personnel compressé

Mis en ligne le 14 juin 2014 Convergences Entreprises

Le PDG à l’attaque, l’État derrière

Vendredi 23 mai, le nouveau PDG de PSA, Carlos Tavares, est venu à Poissy exposer les mesures de son nouveau plan « Back in the Race » : « Nous devons renforcer la culture du profit dans l’entreprise » a-t-il annoncé. Avec 9 000 euros par jour, comme son prédécesseur, il n’a pourtant jamais été lésé. Et l’augmentation des ventes en Europe, de 16 % pour le premier semestre 2014, n’a rien gâché. Quelques semaines plus tôt, Louis Gallois, représentant de l’État au sein du Conseil de surveillance de PSA, pour 800 millions d’euros et 14 % du capital, applaudissait « le redressement et le développement de l’entreprise » et se félicitait que Tavares « se focalise sur la compétitivité ».

Alors pour accueillir Tavares, 130 ouvriers de l’équipe d’après-midi ont débrayé pendant une heure et se sont réunis en meeting improvisé pour réclamer la hausse des salaires, l’arrêt des cadences intenables et le maintien de l’emploi. Sur ce point, Tavares a annoncé qu’il ne s’engagerait à rien.

L’usine PSA Poissy menacée…

La veille, l’agence Reuters avait annoncé la délocalisation de la remplaçante de la C3, de PSA Poissy vers l’usine slovaque de Trnava. Poissy produit actuellement la DS3, la 208 et la C3, laquelle représente plus de 50 % de la production du site.

En réalité, la direction de PSA avait déjà prévenu à l’automne dernier que, quand la C3 sera arrivée en « fin de vie » (vers 2017 ?), le véhicule qui lui succédera sera produit à Trnava. Poissy ne fera plus à l’avenir que des petites voitures haut de gamme du type de la DS3 ou les versions les plus chères de la 208 (une partie de la production de la 208 est déjà partie à Trnava en 2012).

Un nouveau véhicule à Poissy ? Ce serait pour 2017, voire 2018. Mais avec 5 800 CDI et 400 intérimaires, Poissy perdra donc la C3, très vendue, et il est peu probable que les autres petits véhicules haut de gamme prévus suffisent à compenser les volumes de production. Bien qu’il n’y ait pas eu de licenciement sec, tous les salariés voient les effectifs se réduire et la direction suivre un scénario qui pourrait bien se solder par la fermeture de l’usine, tant il ressemble à celui de PSA Aulnay. La direction s’est engagée à ne fermer aucun site de 2014 à 2016, mais est déjà en train de supprimer 11 200 postes sur tout le groupe d’ici 2016.

…par des gains terribles de productivité

Car pas besoin de fermer un site pour le vider progressivement. D’abord en diminuant la taille de l’usine pour réduire les coûts de production. Un immense bâtiment logistique devrait être vidé pour rapprocher les stocks des lignes d’assemblage. Le Ferrage, réparti actuellement dans deux bâtiments, devrait être regroupé dans un seul. Des parties de plusieurs autres vont cesser leurs activités, des dizaines de milliers de mètres carrés seraient loués ou vendus.

L’usine est déjà métamorphosée avec le passage définitif en une seule ligne de production, tout comme PSA Aulnay cinq ans avant sa fermeture. À Poissy, en mars dernier, il y avait 5 équipes produisant chacune 45 véhicules par heure, sur 2 lignes, 208 et C3/DS3 ; en décembre prochain, il n’y en aura plus que 3, sur une seule ligne pour les 3 modèles, à une cadence horaire de 52, voire 59 voitures. Preuve que pour l’instant l’augmentation de productivité supprime bien plus d’emplois que les délocalisations. Environ 1 400 postes vont donc disparaître avec l’une des lignes. Malgré la création de centaines de postes sur la ligne restante, celle-ci aura du mal à absorber tout le personnel. Il y a des centaines d’ouvriers à déplacer et à former, certains vont être rétrogradés, des « encadrants » vont se retrouver bouche-trous sur les chaînes. Pour janvier 2015, il est prévu que l’usine ne tourne plus qu’avec un nombre très faible d’intérimaires. Et la direction ne recule devant rien pour faire dégager le maximum de monde : via un plan de départs « volontaires » ou le plan Senior, en dégradant les conditions de travail et de rémunération ; elle fait même la chasse aux travailleurs handicapés.

Des coups de colère qui se multiplient

Pour pallier le sous-effectif patent, la direction prévoit pendant plusieurs mois des augmentations de cadence régulières et temporaires, appelées des « runs ». Lors de l’un d’eux, début avril, des ouvriers excédés ont fait un « break » pendant deux heures et demie, paralysant assez vite le Montage. Des chefs ont dû prendre péniblement leur place. Le lendemain, une dizaine de caristes de la logistique ont débrayé contre l’augmentation des cadences pendant une heure. La direction a reculé, s’est engagée à payer le temps de négociation, mais pas le temps de grève. Les grévistes ont alors été rejoints par d’autres et se sont retrouvés à une vingtaine pendant 4 heures. Rebelote début mai, une quinzaine de caristes d’un autre secteur ont débrayé contre les cadences.

Récemment, sur un plateau Retouche, des ouvriers professionnels ont fait tourner une pétition dénonçant une organisation de travail intolérable. Après de nombreuses séances supplémentaires, la direction a imposé du chômage partiel, payé à 70 %, malgré le travail qui s’accumule. Elle cherche à vider les compteurs d’heures supplémentaires pour ne pas avoir à les payer. Déjà, depuis plusieurs mois, il y a un chômage par rotation, à l’Emboutissage par exemple, et la direction cherche à l’étendre aux professionnels en Retouche, au Ferrage et à la Qualité.

Mi-avril, 160 salariés ont débrayé pour envahir le hall central des dirigeants : ils ont fait des confettis avec les lettres de prime de participation pour 2013. Beaucoup touchaient moins de 15 euros, certains moins de 2,5 euros, une vraie insulte ! Avec environ le même nombre de ventes, Renault distribue des primes (déjà honteusement réduites) de 1 200 à 1 500 euros. À PSA Valenciennes, des salariés ont lancé l’initiative, reprise par la CGT pour tout le groupe, de reverser leur prime aux Restos du cœur. En tout, ce sont 6 000 euros de dons qui ont été faits. Certains salariés ironisaient sur le fait qu’au moins la prime servirait à quelque chose, ou que c’était un triste investissement sur l’avenir vu les salaires octroyés par PSA.

Pour calmer les esprits, la direction a renouvelé sa promesse d’une hypothétique prime exceptionnelle de participation de 500 euros bruts en 2015. Ça ferait à peine 13,8 euros bruts par mois, sur 3 ans de blocage des salaires.

Les multiples petits débrayages à Poissy, ces dernières semaines, prouvent qu’il y a une volonté de ne pas se laisser faire. Reste à fédérer ces luttes pour leur donner le poids d’entraîner de larges secteurs de l’entreprise et bien sûr du groupe PSA, voire de toute l’automobile, car les problèmes sur les autres sites sont les mêmes.

30 mai 2014, Hersch RAY et Léo BASERLI

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