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Avec les militants du PCF sur le terrain de la lutte de classe

28 janvier 2000

A quelques semaines de l’ouverture du XXXe congrès du PCF, Robert Hue entretient volontairement le flou sur ses intentions. Ce congrès sera-t-il celui de la « fondation » d’une « nouvelle identité communiste » ? La question ne semble pas encore devoir être publiquement tranchée. Pas seulement parce que Robert Hue doit ménager quelques « sensibilités » au sein de son parti. Mais aussi parce qu’il n’a pas forcément besoin de transformer en un événement fondateur ce qui n’est après tout qu’une évolution de longue date.

Quand Hue prend ses distances d’avec la classe ouvrière

Il y a cependant un point sur lequel ses intentions semblent plus nettement affirmées : sa volonté de transformer les liens qui unissent ce parti à la classe ouvrière. Des liens qui font justement encore aujourd’hui du PCF - en dépit de sa gestion loyale des affaires de la bourgeoisie lorsqu’il est au gouvernement - un parti pas tout à fait comme les autres.

Le PCF est la seule organisation - hormis celles d’extrême gauche mais à une échelle différente - dont les militants apparaissent ouvertement comme des militants politiques au sein de la classe ouvrière, dans les entreprises. C’est cette implantation politique qui lui a permis, et lui permet encore, de monnayer sa place au gouvernement et justifie les égards de Jospin en dépit de ses revers électoraux comme on a pu le voir encore récemment au lendemain des élections européennes. Mais cette spécificité a aussi des inconvénients, notamment une plus grande sensibilité aux réactions de la classe ouvrière, susceptibles de l’obliger à faire le grand écart, position qu’il ne peut tenir indéfiniment. Robert Hue a beau prétendre qu’il est possible pour son parti d’avoir un pied dans le gouvernement et un pied dehors, il ne faut pas forcément grand chose pour modifier ce fragile équilibre.

En cherchant à distendre ces liens, comme l’ont fait avant lui bien des partis sociaux-démocrates, la direction du PCF entend se donner les moyens d’apparaître durablement comme un parti de gouvernement, capable de résister à bien des mécontentements, y compris de sa propre base. Un objectif dont Robert Hue ne s’est jamais caché.

Il y a belle lurette en effet que le vocabulaire new look des « luttes citoyennes » a relégué au second plan toutes les références à la lutte de classe, et ce n’est pas qu’une question de vocabulaire. La prise de distance avec la CGT - pour symbolique qu’elle soit - ne date pas du 16 octobre mais bien du congrès précédent qui avait déjà largement balisé le terrain. Quant aux cellules d’entreprises, force est de constater que leur recul va bien au-delà du recul plus général des forces militantes du PCF (plusieurs tribunes de discussion publiées dans L’Humanité disent l’inquiétude de certains militants à ce sujet), alors que le poids des élus en tous genres (maires, conseillers généraux, députés...) n’a jamais cessé de croître et de peser davantage dans la vie du parti.

Les révolutionnaires peuvent s’adresser aux militants PCF

Les militants ouvriers du PCF ont bien des raisons de se sentir abandonnés. De ces militants, combatifs, soucieux de défendre leur classe, nous sommes solidaires. Mais exprimer notre solidarité ne suffit pas. Il leur faut des perspectives. Sur le terrain des luttes, le seul qui soit vraiment décisif et où il est possible malgré nos différences de défendre un certain nombre d’objectifs en commun.

Ces objectifs, notre organisation a commencé à les populariser depuis quelques années au travers du plan d’urgence. Le proposer aux militants du PCF ne répondra pas à toutes les interrogations qu’ils peuvent avoir sur l’avenir de leur parti. Mais, puisque nous ne sommes pas forcément en mesure de jeter dès aujourd’hui les bases d’un nouveau parti communiste, nous pouvons au moins commencer par leur exprimer notre solidarité non pas de manière platonique, mais en leur proposant de lutter au coude à coude au travers d’objectifs à défendre ensemble dans les entreprises, dans les grèves et dans la rue.

Que des cheminots commencent à faire grève comme au printemps dernier sur les 35 heures et la réponse de Robert Hue ne se fait pas attendre : « si j’étais cheminot, je ne serais pas gréviste ». A quoi lui ont répondu bien des militants notamment lors de la dernière fête de L’Humanité : « si j’étais cheminot, je serais en grève ». Ce que devaient penser même ceux des militants qui nourrissent des illusions sur leur direction. C’est pour cela qu’il faut nous adresser à tous les militants du PCF. A chacun d’entre eux là où des militants révolutionnaires les rencontrent. A leur parti tout entier au nom des organisations et du mouvement communistes révolutionnaires.

Lutte Ouvrière est certes loin d’avoir le même poids militant que le PCF à l’échelle du pays, mais dans bon nombre de grandes entreprises ce n’est plus tout à fait vrai. C’est encore un peu moins vrai quand elle a l’occasion de s’associer à d’autres courants de l’extrême gauche, comme la LCR. Aujourd’hui s’adresser ensemble au PCF et à ses militants est justement une de ces occasions.

Raoul GLABER

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