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À quoi sert un ministre PCF ?

21 janvier 2000

Il n’aura pas fallu deux jours aux patrons routiers pour obtenir satisfaction. Le ministre des Transports Jean-Claude Gayssot n’a pas chipoté. « L’accord est ce que les organisations professionnelles ont demandé » déclarait mercredi 12 janvier au matin un représentant patronal en procédant à la levée des barrages routiers.

Une sacrée différence avec l’attitude du ministre envers les salariés. Ce n’est qu’après avoir conclu l’accord avec les patrons que Gayssot a reçu les syndicats des chauffeurs pour le leur montrer. Et là, pas question de céder. Aucun des syndicats, qui pourtant ne sont pas tous défavorables à la gauche plurielle, loin de là, n’a pu signer. Mais pour Gayssot, ce qui compte d’abord, c’est l’accord patronal.

Les hauts cris poussés par les patrons routiers et leur mobilisation ne doivent pas masquer le fait que Gayssot était d’emblée acquis à leur cause. Dès le début, c’est en termes de « dérogation » à la loi Aubry sur la réduction du temps de travail que Gayssot avait posé le problème. Dans un secteur où les travailleurs sont soumis à des durées de travail allant jusqu’à 50, 60 heures par semaine ou plus, le souci du ministre communiste était d’adapter au plus vite la loi Aubry afin qu’elle ne cause aucun préjudice aux patrons concernés. Dans son projet initial, il prévoyait d’instaurer comme durée maximale légale du temps de travail des conducteurs à longue distance 220 heures par mois, soit 56 heures par semaine. Pour les autres conducteurs, il prévoyait d’adapter les conditions d’application de la loi Aubry en repoussant le seuil de décompte des heures supplémentaires et des repos compensateurs, et en instaurant la modulation du temps de travail sur un mois.

Voyant le Ministre en de si bonnes dispositions, les patrons accentuèrent la pression. Ils boycottaient symboliquement la réunion à laquelle le ministre les conviait le vendredi 7 janvier et, de leurs barrages, faisaient savoir haut et fort leurs récriminations. Ils exigeaient un régime dérogatoire unique pour tous les conducteurs, qu’ils s’agissent de transports de courte ou longue distance. Pensez ! 80 % de la profession travaillant en courte distance, il serait injuste que 80 % des patrons doivent respecter un régime moins favorable. C’est que le respect de seuils de repos compensateurs, même amendés, les obligerait à embaucher, oui, à créer des emplois ! Enfin, les patrons n’oubliaient pas de pleurer sur la hausse du prix du gazole en général et la hausse des taxes d’Etat en particulier.

La prétendue loi sur les 35 heures conçue par le gouvernement de la gauche plurielle n’est pas censée imposer une quelconque embauche au patronat. Au contraire, son rôle est d’organiser la flexibilité du travail et de fournir des subventions au patronat. Gayssot tient à faire respecter l’esprit de cette loi et s’y est consciencieusement appliqué dans le secteur des Transports qui lui a été confié. Il s’est empressé d’accéder aux exigences des patrons routiers et de modifier son décret en conséquence.

Dans l’accord du 12 janvier, plus question d’une véritable réduction du temps de travail des chauffeurs routiers. Le projet de décret légalise les durées de travail extravagantes pour tous. Pour les conducteurs de grande distance, le projet initial de 220 heures par mois, soit 56 heures par semaine est maintenu. Pour les autres, la limite légale est fixée à 208 heures par mois soit 48 heures par semaine. Les patrons sont rassurés : il n’est plus question d’attribuer de jours de repos compensateurs supplémentaires ni de s’inquiéter au sujet d’une obligation d’embauche.

Pour les salariés de la route, les 35 heures, c’est donc encore très loin ! Mais pour les patrons routiers, restent des bénéfices qui enchérissent sur la loi Aubry. D’après l’accord, ils bénéficieront des aides Aubry dès qu’il y aura réduction du temps de travail, quand bien même le temps de travail resterait très au-delà des 35 heures ! Le montant de cette « aide », bien entendu, ne dépendra pas du nombre d’emplois créés. Ce n’est pas tout. Voici un an, Gayssot décidait de reverser une partie des taxes sur le gazole aux entreprises. Devant les plaintes patronales, il a décidé d’augmenter encore la part remboursée de plus de 25 %.

Contrairement à ce que pensent bien des militants du PCF, leur parti n’a pas que de petits strapontins au gouvernement. Il dirige des ministères. Dans cet exercice, les ministres communistes démontrent qu’ils sont aussi compétents que les autres politiciens bourgeois quand il s’agit de défendre les intérêts des possédants et de conclure des accords anti-ouvriers. Plus même, Gayssot a déjà montré qu’il pouvait se désolidariser des grévistes, comme au printemps dernier où les fédérations CFDT et CGT lui ont emboîté le pas pour combattre la grève des roulants à la SNCF. Aujourd’hui, si les syndicats des salariés routiers ont dénoncé l’accord, c’est sans oser proposer encore de riposte à la hauteur de l’attaque. Mais rien ne dit que les travailleurs ne trouveront pas le moyen d’imposer leurs droits... contre les patrons, le gouvernement et tous ses ministres, y compris ceux qui se prétendent communistes.

Simone CANETTI

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