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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 122, novembre 2018 > DOSSIER : 2008-2018 : La crise, dix ans après ?

Aujourd’hui, où en est-on de cette crise ?

13 novembre 2018 Convergences Monde

Dix ans après la crise de 2008, tout va très bien, puisque le Cac 40 se porte comme un charme. Tout va très bien puisque la production automobile mondiale a dépassé les 97 millions de véhicules pour l’année 2017, 2,6 % de plus qu’en 2016, et 36 % de plus qu’en 2007 (l’année d’avant la crise). Tout va très bien puisque le marché des ventes d’armes est à la hausse, atteint 375 milliards de dollars en 2016 (l’équivalent du budget total d’un État comme la France), soit une progression de 2 % par rapport à l’année précédente, mais de 38 % par rapport à 2002, avant la crise.

Tout va très bien puisque nos capitalistes empochent tant de profits qu’ils ont des difficultés, les pauvres, à trouver les débouchés suffisants pour cette masse de leurs capitaux. Sauf que cette expansion du capitalisme qui ne suit pas assez vite celle de l’accumulation du capital conduit à l’émergence de bulles, comme celles qui ont engendré la crise de 2008. Mais tout va très bien puisque nos gouvernants nous ressassent, tous les ans, qu’on renoue avec la croissance.

Tout va très bien, à ceci près que du côté des travailleurs, lesdites reprises de la croissance sont à peine perceptibles : le chômage ou la précarité se maintiennent et les salaires restent au ras du sol. Les travailleurs n’ont ressenti que les crises. Et avec violence. Causant à chaque fois des baisses de pouvoir d’achat qui se cumulent. Malmenant à chaque fois la courbe du chômage.

Alors, quel bilan de ces dix ans depuis la crise ?

Côté chômage ?

Le chômage est officiellement en baisse. Mais le chômage n’est pas un indicateur pertinent de la dynamique du capitalisme, surtout en France. Il fluctue en fonction des crises, mais ne redescend jamais très bas. Il était même au plus haut entre 1995-2000, qui n’étaient pas des années de crise.

D’autant qu’aux chômeurs officiels, tels que définis par le Bureau international du travail (ne pas avoir travaillé ne serait-ce qu’une heure dans la semaine, chercher activement un emploi et être disponible dans les deux semaines pour en occuper un), il faut ajouter ceux qui ne sont pas comptés, car ils ont pris un petit boulot à temps partiel, en intérim ou en CDD ou ont été mis au chômage technique. C’est ce que l’on appelle le sous-emploi. Si l’on ajoute ceux-là, le taux de chômage augmente de moitié, de 9,4 % à 15 % en 2017. Sans compter ce que l’Insee appelle le halo du chômage, qui englobe tous ceux qui sont comptés comme inactifs, ne travaillent pas, certes, mais voudraient pourtant travailler, et soit ne sont pas disponibles dans les deux semaines, soit n’ont pas fait les démarches jugées suffisantes. Avec ceux-là, le taux de chômage passe à 17 %, autour de six millions de chômeurs, près d’une personne sur cinq qui est, si ce n’est au chômage, au moins en galère d’emploi.

C’est qu’ils ne veulent pas travailler, dirait Macron. Affirmation qui ne colle pourtant pas avec les chiffres du ministère du Travail lui-même. Ce dernier recense les emplois dits « vacants » dans les entreprises de dix salariés ou plus, qui sont définis comme : « des postes libres (nouvellement créés ou inoccupés) ou encore occupés et sur le point de se libérer, pour lesquels des démarches actives sont entreprises pour trouver, à l’extérieur de l’établissement, le candidat convenable dans l’immédiat ou dans un avenir proche. Le recrutement souhaité peut correspondre à un contrat à durée indéterminée (CDI), un contrat à durée déterminée (CDD), ou à un emploi saisonnier, même de courte durée. » Au deuxième trimestre 2018, le nombre d’emplois vacants était de… 153 216 ! À comparer aux six millions de chômeurs ou assimilés.

Qu’à cela ne tienne, le gouvernement est bien décidé à s’en prendre aux chômeurs, en annonçant une nouvelle réforme qui vise à réduire le montant et la durée des indemnités, alors même que les comptes de l’Unédic repassent dans le vert.

Côté « pouvoir d’achat » et situation des travailleurs ?

La situation n’est pas plus rose. Après plusieurs années de baisse, il reste à un faible niveau. Les patrons continuent à maintenir des bas salaires. Mais on voit ressurgir quelques luttes pour les salaires, comme à Air France depuis plusieurs mois, à Carrefour en mars dernier ou actuellement à l’hôtel Hyatt à Paris. Après des années à se serrer la ceinture, les travailleurs voient les profits qui redécollent et pourraient bien réclamer leur dû. Dans l’ensemble, vu du côté des travailleurs, aux USA ou en Europe, la période semble être de décadence du capitalisme depuis la fin des années 1970. Les crises sont bien réelles, mais les reprises bien moins visibles, au point que l’on ne sait plus dire si la crise est réellement finie ou non. Peut-on pour autant affirmer, comme certains le font à l’extrême gauche, que le capitalisme serait en total déclin, si ce n’est depuis cent ans, du moins depuis cette crise des années 1970 qui a mis fin aux Trente Glorieuses ?

Le capitalisme à l’agonie ?

Il a au contraire connu une expansion fulgurante dans un ensemble de pays, dits « émergents », même si certains ont fini d’émerger depuis longtemps. L’ancienne distinction entre les « pays industrialisés » et les autres pourrait d’ailleurs aujourd’hui prêter à sourire, tant l’industrie s’est développée en Chine, au Brésil, en Afrique du Sud, en Inde, en Argentine, en Corée du Sud, au Vietnam, en Malaisie, en Turquie, en Égypte, au Mexique et même au Bangladesh, avec ses ateliers textiles qui exportent partout dans le monde. La production mondiale est bel et bien en expansion, loin d’une prétendue stagnation. La courbe du PIB mondial montre même une accélération de la production depuis les années 1990.

Cette courbe a certes été marquée par une sérieuse encoche en 2008, bien plus importante que celle laissée par toutes les autres crises depuis la Seconde Guerre mondiale. Cette crise a été l’une des plus dures pour le capitalisme depuis la grande dépression des années 1930. Mais cela reste une encoche, un petit trou dans la courbe de croissance de la production mondiale, qui n’a pas arrêté le développement général du capitalisme. Ce qui est remarquable en revanche, c’est qu’une simple encoche dans la courbe marquant une crise dont banquiers et grandes firmes mondiales se sont finalement bien tirés grâce aux finances des États, représente un tel drame pour des millions de travailleurs, qui ont perdu leur maison, leur boulot, leur salaire. Mais un simple ralentissement de la course de leurs profits est si insupportable aux capitalistes qu’ils sont déterminés à le faire payer aux travailleurs.

Quelles perspectives pour le capitalisme ?

Toujours à l’affût de nouveaux débouchés, de nouveaux profits, d’un nouveau souffle, les capitalistes sont actuellement à la recherche des secteurs qui pourraient porter la croissance future et servir de nouveaux champs d’investissement pour leurs capitaux. Alors, quid de l’intelligence artificielle, de la voiture électrique, voire du voyage spatial et de la cryogénisation qui alimentent les rêves ? Il reste encore à les rendre profitables, ce qui ne va pas sans difficulté, à l’exemple des déboires actuels du « génial trublion de la Silicon Valley » (selon le journal Les Échos) Elon Musk.

No Future ?

Elon Musk, patron de Tesla et SpaceX, est le modèle de tous les apologistes du capitalisme du futur : un patron « visionnaire », avec l’esprit start-up, qui investit des millions dans des projets high-tech, de la voiture électrique au train Hyperloop en passant par le voyage sur Mars. Sa société SpaceX semble aller bien, après avoir remporté le marché du ravitaillement de la station spatiale internationale. Son succès miracle, porteur de l’avenir, repose sur l’utilisation de fusées low cost… dont la technologie est ancienne. SpaceX est un peu à Ariane ce que Dacia est à Mercedes. Et l’ambition de parvenir un jour à des fusées réutilisables – pour répondre à la mode du développement durable – n’est pas encore au point et donc encore loin des perspectives de profit. Quant à Tesla, si ses voitures électriques, des ordinateurs sur roues, rencontrent un certain succès, c’est auprès des stars d’Hollywood et des cadres millionnaires de la Silicon Valley. Les seuls à pouvoir se les payer. Et les nouvelles technologies ne font pas tout : Tesla n’a pas la maîtrise des procédés industriels, ce qui entraîne régulièrement des arrêts de production, et l’entreprise n’arrive pas à faire face à la demande. Si bien que plus le chiffre d’affaires de l’entreprise s’accroît, plus les pertes augmentent. Les financiers qui y ont investi plusieurs millions ont de plus en plus de mal à croire aux promesses de croissance future. Résultat : le cours de l’action s’effondre et le « génie de la start-up » est en train de boire le bouillon.

L’agonie du capitalisme, c’est quand on lui tordra le cou

Dans le monde de l’anarchie capitaliste, personne ne peut jouer au devin. À quand la prochaine crise du capitalisme, celle qui l’ébranlera à nouveau, et peut-être davantage qu’en 2008 ? Ni la chute de SpaceX, ni les signes du zodiaque ne nous le diront. Mais nous n’avons pas avantage à attendre que le monde capitaliste nous tombe à nouveau et brutalement sur la tête. Car les dégâts sont déjà trop grands. Et mieux se portent les capitalistes, plus l’humanité va mal.

Cela dit, l’expansion du capitalisme dans le monde au cours des trente dernières années a développé partout une classe ouvrière de plus en plus nombreuse. Une classe ouvrière qui, au vu des changements du monde, de la multiplication des mégalopoles, des immenses richesses produites, n’accepte pas si facilement les conditions et les salaires de misère qu’on lui impose. D’où la multiplication des grèves ces dernières années dans un pays comme la Chine par exemple, où elles ont fait grimper les salaires. D’où, ici et dans d’autres pays dits riches, les coups de colère provoqués par les attaques permanentes contre les conditions de travail, le niveau de vie, les retraites, la précarité croissante des emplois.

Et si la prochaine crise du capitalisme, c’était nous ? 

M.S.

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