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Après celle du Medef, la « refondation sociale » à la sauce Jospin

29 juin 2001

Les 18, 19 et 20 juin, Jospin a reçu les grandes centrales syndicales ainsi que le Medef. Puis en fin de semaine, le gouvernement a fait connaître le montant arrêté pour la hausse du SMIC au premier juillet : à peine 4 %. Voilà qui en dit long sur la portée des rencontres gouvernement syndicat. Jospin pouvait difficilement faire moins, la revalorisation minimale imposée par la loi, compte tenu de l’inflation et de la hausse moyenne des salaires, étant de 3,76 %. Le gouvernement a juste arrondi les décimales.

Il est vrai que l’objet réel des invitations à Matignon n’était ni la vague de licenciement, ni le chômage, ni les salaires. C’était un geste de courtoisie, accessoirement destiné à calmer les protestations des trois centrales syndicales, CGT, CFDT et FO, lesquelles s’étaient senties laissées pour compte lors du débat sur la loi Guigou et l’avaient fait savoir.

Sur le fond aucune des trois confédérations n’avait grand-chose à rajouter à la platitude de la loi Guigou sur les licenciements. Pour Nicole Notat - laquelle considère Jospin, comme un « réformiste honteux » qui « ne cesse de consentir des concessions à l’orthodoxie de gauche » - la liberté de licencier reste nécessaire à la bonne marche de l’économie. De son côté, FO rappelait qu’elle ne demandait, elle non plus, aucun droit de veto, mais regrettait seulement ne pas avoir eu l’occasion de plaider pour ses solutions : « la mise en place d’une taxe sur les profits non réinvestis afin d’alimenter un fonds de redéploiement et de réindustrialisation » et « un réel suivi du plan social ». Quant à la CGT, ses propositions se limitaient à un renforcement du « droit d’alerte » par un « droit de veto suspensif » (c’est à dire un droit de sursis et non de veto), et davantage de droits pour les syndicats dans les négociations. Mais pour ce qui concerne les licenciements, domaine d’intervention syndicale s’il en est, toutes trois reprochaient essentiellement à Jospin de ne s’être soucié que de négocier avec ses alliés politiques. En particulier avec le Parti communiste.

Pour Jospin il était temps de renouer le dialogue. Le Parti socialiste, pour préparer sa campagne électorale de 2002, met en ce moment au point son projet intitulé « Une nouvelle ambition démocratique », dont le chapitre concernant la « nouvelle démocratie sociale » est particulièrement destinée à caresser les appareils syndicaux dans le sens du poil.

La « refondation sociale » du Medef serait en panne selon les partisans de Jospin. Elle viendrait même de prendre du plomb dans l’aile avec la menace brandie par Seillière de sortir de la gestion de la Sécurité sociale. Les chantages à la sortie, celui-ci connaît. Il avait déjà fait le coup pour l’Unedic à propos de la réforme de l’assurance chômage. Et le gouvernement avait cédé au Medef en transformant en loi le PARE, avec le seul assentiment de la CFDT. Mais cette fois, même la CFDT est inquiète, elle qui avait ravi en 1996 à Force ouvrière la présidence de l’assurance maladie avec le soutien du Medef et qui était devenue l’interlocuteur privilégié du patronat et des gouvernements.

Cette petite crise ne tombe pas si mal pour le Parti socialiste au moment où il met en avant son projet. La « nouvelle démocratie sociale » concoctée par le PS n’est que l’ébauche d’un léger remaniement du cadre gérant la collaboration entre les syndicats, l’Etat et le patronat. Il ne va pas dans un sens opposé à celui du patronat, mais s’efforce aussi de faire en sorte que les appareils syndicaux y trouvent leur compte, notamment financier. Et il ménage tous les syndicats, en particulier le principal d’entre eux, la CGT. Pas tant parce que les syndicats ont marqué la moindre opposition réelle depuis que Jospin est à la barre, mais pour pouvoir se prévaloir de leur appui en vue des prochaines échéances électorales.

Selon le projet de texte que le Conseil national du Parti socialiste doit discuter le 30 juin prochain, il s’agit notamment de lutter contre « l’émiettement syndical et une certaine tendance à la surenchère oppositionnelle ». Prônant la « nécessaire complémentarité du rôle de l’Etat et des organisations patronales et syndicales », le PS propose de préparer « les grandes orientations de la politique sociale » du gouvernement par « une conférence réunissant les partenaires sociaux et l’Etat » histoire de faire cautionner par avance sa politique par les organisations syndicales. Il prône « le principe majoritaire » comme « condition de la validité des accords collectifs ». Ce qu’avait demandé la CGT pour les 35 heures Et le contraire de ce qu’il a fait pour le Pare, soit dit en passant.

Cerise sur le gâteau, le PS est en train de préparer un texte de loi sur le financement des syndicats par l’Etat, selon un principe semblable à celui du financement des partis, proportionnellement à leurs résultats aux élections professionnelles.

A la classe ouvrière, le Parti socialiste au gouvernement ne fait aucun cadeau. Il l’a d’ailleurs partiellement payé lors des dernières élections municipales, et son allié le Parti communiste encore plus cher que lui. Mais pour faire élire Jospin président et pour faire réélire ses députés, comme pour faire avaler aux travailleurs les mesures anti-ouvrières du gouvernement, le Parti socialiste veut pouvoir afficher le soutien des grandes confédérations syndicales à sa politique. Et pas seulement celui de la CFDT, mais aussi et avant tout de celui de la CGT, syndicat qui conserve encore aujourd’hui davantage de poids dans la classe ouvrière.

Ajouter quelques avantages pour leurs appareils en paiement de leur collaboration, c’est le fond de la « nouvelle démocratie sociale » du PS.

Olivier BELIN

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