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Alan Sillitoe, en immersion dans la classe ouvrière britannique

22 juillet 2020 Article Culture

(Photo : Alan Sillitoe en 2009. Source : wikimedia, Walsyman.)

À l’occasion des dix ans de la disparition d’Alan Sillitoe, les éditions L’échappée proposent une nouvelle édition de Samedi soir, dimanche matin [1], le premier roman de l’auteur britannique. Alan Sillitoe a insufflé un ton plus social et contestataire à la littérature anglaise dans les années 1950-1960, avec ses camarades des Angry Young Men, les jeunes hommes en colère. Ses récits dépeignent le quotidien des milieux populaires anglais de l’époque, et plus particulièrement de la région de Nottingham d’où vient l’auteur. Il a largement influencé la culture anglaise, que ce soit la musique ou le cinéma, à l’image de ses deux œuvres les plus connues, écrites en 1958 et 1959, Samedi soir, dimanche matin et La solitude du coureur de fond [2], toutes deux adaptées pour le cinéma au début des années 1960.

Avec sa plume franche et drôle, Alan Sillitoe critique vigoureusement la société. Son style sarcastique pointe le fait que suivant sa classe sociale, le chemin est tracé et pour beaucoup il n’y a rien à attendre. Ses personnages « en bas de l’échelle » en sont conscients, désabusés mais non moins révoltés. Ils voient bien qu’ils sont brimés, mais ils ne résignent pas. Ils dégagent de la fierté vis-à-vis de leur situation, une volonté farouche de ne pas plier le genou dans un monde qui ne tourne pas pour eux.

Dans La solitude du coureur de fond, le personnage principal, Smith, se retrouve en maison de correction après s’être fait pincer par les policiers à la suite d’un vol. Il n’a l’autorisation d’en sortir que pour aller courir et s’entraîner pour une course dans laquelle il représentera les couleurs de sa maison de correction. Et courir, il connaît ça, il est bon, il n’a fait que ça devant les flics jusque-là ! Au-delà du jeu de poker menteur entre Smith et les policiers, ou entre lui et la direction de la prison, cette nouvelle a une dimension très métaphorique et l’histoire du héros ouvre à des réflexions sur d’autres situations de la vie.

Samedi soir, dimanche matin nous fait suivre la trajectoire d’Arthur Seaton, un jeune ouvrier dans une usine de vélo dont l’existence est rythmée par le travail, les sorties au pub et les aventures amoureuses. Une vie ponctuée de moments sympathiques et de galères, forçant Arthur à être malin pour éviter de voir son salaire rogné ou pour accompagner tant bien que mal sa petite amie dans la dure épreuve de l’avortement, à une époque où il est proscrit.

Il y a une forme de récurrence du rapport à l’ordre – ou du rejet de l’ordre – dans ses histoires. Un « ordre » qui se manifeste sous différentes formes : l’ordre social avec les attentes de la société, l’ordre institutionnel par le rapport à l’État, et bien sûr l’ordre patronal avec la discipline au sein de l’entreprise. Les personnages connaissent tout ça et œuvrent pour y échapper et récupérer quelques instants de liberté. Loin d’être des utopistes en quête de la société idéale, ils cherchent juste à tracer leur route et faire leurs propres choix pour exploiter les brèches d’un environnement qui semble clos.

Simon Couderc


[1Éditions L’Échappée, 2019, 282 pages, 20 €.

[2En poche : Points, 96 pages, 5 €.

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