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Accord LO-LCR pour les élections européennes ? Des espoirs et une nécessité

1er octobre 1998 Politique

A peine avaient-ils cru entendre, sur les radios ou les télés, de la bouche d’Alain Krivine ou d’Arlette Laguiller, que la LCR et LO étaient tombées d’accord pour présenter une liste commune aux prochaines élections européennes que un peu partout des travailleurs ont tenu à dire leur satisfaction ou leur approbation aux militants connus de l’une ou de l’autre organisation. Ni l’un ni l’autre des deux dirigeants trotskystes n’ont pourtant annoncé autre chose que la volonté des deux organisations de rechercher cet accord et d’entamer les discussions pour tenter d’y parvenir.

C’est d’autant plus significatif. En prenant en quelque sorte quelques longueurs d’avance sur la réalité ou, pour mieux dire sans doute, en profitant de l’occasion pour manifester ouvertement leur opinion, ces travailleurs, parfois militants politiques ou syndicalistes, le plus souvent simplement sympathisants de la gauche, révèlent les sentiments d’une partie du monde du travail. Ils affichent qu’ils attendent quelque chose de l’extrême-gauche. Mais ils affichent plus sûrement encore qu’ils n’attendent pas, ou n’attendent plus, grand chose du gouvernement et de la gauche plurielle.

Superficiellement pourtant il semblerait que tout aille pour le mieux pour ce gouvernement, à qui les sondages accordent une popularité rarement égalée par ses prédécesseurs après un an d’existence.

Il a eu la chance d’arriver en même temps qu’une petite reprise économique. Sans aucun doute il n’est pour rien dans cette embellie, très relative malgré tout (et d’ailleurs remise en question ces dernières semaines par les menaces qui pèsent sur l’économie mondiale). Elle lui donne pourtant une certaine marge de manoeuvre, entre autres budgétaire. Elle lui a permis aussi sinon d’améliorer vraiment les statistiques économiques et sociales du moins d’affirmer qu’un coup d’arrêt a été mis à leur dégradation.

Depuis plus d’un an il a eu la chance aussi de bénéficier du calme social. Ses thuriféraires mettent au compte de l’habileté du premier ministre d’avoir écarté les menaces de mouvements qui se dessinaient mais sont restés virtuels ou bien délimités, depuis les protestations autour de la fermeture de Renault Vilvorde ou des privatisations jusqu’aux occupations de lieux publics par des chômeurs, l’indignation suscitée par le déni de justice et le reniement des promesses envers des milliers de sans-papiers ou encore la révolte des enseignants de la Seine-Saint-Denis. C’est la méthode Jospin, clament-ils, qui fait que les nuages se dissipent bien avant qu’éclatent les orages. Une méthode Jospin que l’on verrait encore à l’oeuvre à propos de la loi Aubry sur les 35 heures. Le projet de la ministre de l’emploi n’a-t-il pas suscité d’abord les plus grandes fureurs des patrons, comme les plus grandes réserves des syndicats ? Et n’a-t-on pas l’impression que au fil des semaines, les grimaces et la feinte colère faisant place aux sourires, les uns et les autres, de plus en plus nombreux, se dirigent sans trop d’état d’âme vers la bonne vieille table des négociations ? Méthode Jospin nous dit-on ! Décidément le gouvernement de la gauche plurielle mérite bien ses sondages.

Se faire le porte-parole du monde du travail

Tout baigne donc. Du moins en surface. Car dans les profondeurs il en est sans doute autrement. Les inquiétudes, les déceptions, les doutes et les colères d’une bonne partie des travailleurs n’ont pas été calmées. La méthode Jospin n’a anesthésié personne. Au plus quelques chefs syndicalistes.

Ni les chômeurs, ni leurs proches, ni tous ceux qui peuvent craindre demain de perdre leur emploi ne peuvent être dupes des statistiques. Derrière les 3 % de croissance ou les centaines de milliers de nouveaux emplois, il reste pratiquement le même nombre de chômeurs, l’aggravation des cadences et de l’intensité du travail, l’extension de la précarité, le blocage des salaires et, le comble, souvent même la diminution des effectifs. Pas étonnant que presque partout les travailleurs du rang ont d’abord vu dans le projet de ramener la semaine de travail de 39 à 35 heures, la menace d’une aggravation de leurs conditions de vie et de travail, par la flexibilité et l’annualisation des horaires, ou le gel sinon la diminution des salaires.

Ce sentiment général, quasi unanime, dit bien l’état d’esprit d’une partie au moins de la classe ouvrière. Certes l’insatisfaction, le mécontentement et la colère n’ont pas éclaté dans de fortes manifestations de rue, de grandes grèves ni d’autres mouvements de protestation d’importance. Grâce à la méthode Jospin ? Ou à la prudence, voire la pleutrerie des directions officielles de la classe ouvrière ? Ou à de toutes autres raisons ? Qu’importe ! Tous ces sentiments sont bien là. Et peut-être demandent-ils seulement pour s’exprimer que l’occasion leur en soit fournie. Personne ne l’a fait ces derniers temps, ni les confédérations syndicales, ni aucun de ces partis empêtrés dans leur participation gouvernementale. Il revient donc à l’extrême-gauche révolutionnaire de le tenter.

Car en d’autre temps le PCF aurait joué ce rôle (même si c’était pour dévoyer et canaliser ce mécontentement dans une voie sans danger pour les possédants). Mais le PCF n’est plus en position de le faire. Pas seulement parce que sa taille a considérablement réduit. Surtout parce que la situation politique dans laquelle il s’est placé, en particulier par sa participation à ce gouvernement, le lui interdit pratiquement.

Il essaie certes d’y remédier en se donnant deux visages. Parti gouvernemental quand il lorgne vers les classes dirigeantes, parti de la « radicalité » quand il pose les yeux sur le monde du travail. Ses militants et ses journaux sont appelés à critiquer ce que ses dirigeants approuvent, ses députés votent et ses ministres appliquent. Mais le grand écart auquel il se livre ne donne plus le change, ni aux travailleurs mécontents, ni même à beaucoup de ses propres militants. En tout cas ceux d’entre eux, et ils sont nombreux, qui désapprouvent la participation de leur parti au gouvernement, ou simplement doutent de son utilité.

Le PCF sait d’ailleurs fort bien qu’il ne suffira probablement pas de quelques poses ou rodomontades de Robert Hue, prétendant faire pression de l’intérieur sur le gouvernement, pour ramener derrière lui les travailleurs mécontents ou les militants communistes insatisfaits. Les craintes ouvertement exprimées de la direction du PCF de voir l’extrême gauche, et à plus forte raison l’extrême gauche unie, passer devant le PCF lors des prochaines élections européennes en sont la preuve.

Oui, les circonstances politiques sont telles que les communistes révolutionnaires peuvent devenir les porte-paroles des mécontentements ouvriers et populaires. Et il serait bien paradoxal que lorsque le PCF, s’avouant désormais plus ou moins incapable de jouer ce rôle, dit ouvertement redouter de voir l’extrême gauche le remplacer, celle-ci ne se donne pas tous les moyens possible de le tenter. Car évidemment rien n’est donné d’avance. Et l’extrême-gauche a encore à faire des preuves pour offrir une perspective, dans les élections mais aussi et surtout en-dehors des élections, aux travailleurs mécontents. Ces dernières années une fraction un peu plus importante de ces travailleurs a commencé à considérer sérieusement l’extrême-gauche, comme l’ont montré les résultats d’Arlette Laguiller aux présidentielles de 95 ou de LO aux régionales de 98. N’oublions pas cependant que beaucoup plus nombreux ont été ceux, démoralisés et déboussolés, qui se sont plutôt tournés vers le Front National.

L’Europe, le gouvernement de la gauche plurielle et le plan d’urgence

Faire l’alliance des différentes organisations lorsqu’elles se trouvent d’accord sur l’essentiel, par exemple celle de la LCR et LO aux prochaines élections européennes, c’est déjà donner une preuve de sérieux. Mais par elle-même notre unité, ce minimum indispensable de responsabilité dans ces conditions, ne suffira tout de même pas. Pour faire ses preuves il faut aussi que l’extrême-gauche sache offrir aux travailleurs, pour les en convaincre et la leur faire partager, une politique qui corresponde à leurs intérêts généraux et fondamentaux.

Dans la situation actuelle il est quelques grandes orientations qui forment la trame indispensable d’une politique pour la classe ouvrière, une politique de lutte de classe, une politique communiste révolutionnaire.

L’année qui vient, avec la mise en place de l’Euro et les élections européennes, risque de voir se rallumer la querelle des pro et des anti-européens. Choisir entre l’Euro et le Franc, la Banque Centrale Européenne ou la Banque de France, Paris ou Bruxelles, serait pour les travailleurs choisir entre deux politiques du camp ennemi. Il est vital de ne pas s’aligner derrière des politiciens qui, même lorsqu’ils se querellent, restent de toute façon les adversaires de la classe ouvrière ; il est vital de ne pas se donner des objectifs qui, même s’ils s’opposent entre eux, sont de toute manière contraires aux intérêts des prolétaires ; il est vital de souligner les liens qui doivent unir les travailleurs d’Europe, et au-delà, contre les capitalistes de toutes nationalités.

Ce gouvernement, même lorsqu’il a encore besoin qu’on se souvienne qu’il est celui de la gauche plurielle, mène une politique en faveur de la bourgeoisie et seulement de celle-ci. Beaucoup de travailleurs en sont d’ailleurs plus ou moins conscients. L’intérêt de la classe ouvrière est qu’ils soient de plus en plus nombreux dans ce cas. Tout soutien même critique est donc exclu. Face à un gouvernement qui représente les intérêts de la classe ennemie, les travailleurs ne doivent pas seulement être méfiants ou défiants, ils auront, forcément, et le plus tôt serait le mieux, à s’y opposer.

Enfin pour donner force et unité à leurs luttes sociales et politiques, les travailleurs ont besoin de quelques objectifs clairs et généraux qui permettraient de changer leur situation et renverser le rapport des forces : un plan d’urgence, comme l’a appelé LO (mais qu’on l’appelle plan de salut public, de défense des intérêts ouvriers, de sauvegarde ou encore anti-capitaliste, qu’importe !), qui s’attaque radicalement aux maux essentiels actuels, chômage, dégradation des conditions de vie et des services publics, surexploitation par les horaires, l’intensité du travail ou la précarité, bas salaires, minimums sociaux bien plus bas encore, discrimination et répression contre certaines fractions de la classe ouvrière comme les immigrés sans-papier, sans oublier la nécessité d’un contrôle des travailleurs sur la marche de l’économie et de la société, un début de pouvoir sans lequel les succès ou les avancées ne pourraient être qu’illusoires ou éphémères.

Ces orientations doivent certainement être précisées ou affinées. Elles ne devraient pas poser de problème à une extrême-gauche de tradition communiste révolutionnaire. Dans un contexte où de nouvelles opportunités s’ouvrent pour cette extrême-gauche, elles fondent la possibilité d’un accord entre la LCR et LO. Pour les prochaines élections européennes... et pour bien d’autres combats, plus décisifs.

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