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7 février... et maintenant ?

7 février 2006

Les manifestations du 7 février ont montré qu’une partie de la classe ouvrière et de la jeunesse est décidée à ne pas laisser passer le Contrat Premier Embauche (CPE) proposée par Villepin. Car même si nous n’étions que 200 000 et quelques dans la rue, pour reprendre les premiers chiffres donnés par la police, lors de cette première journée d’action, tout montre, même les sondages - c’est dire - que de plus en plus de gens, vieux comme jeunes, ont pris conscience du scandale que ce serait de laisser passer ce « projet le plus social pour les jeunes » (Villepin dixit).

Le CNE, dont le CPE n’est que l’extension, est une formule qui marche, nous dit-on : plus de 245 000 contrats signés. Mais ce n’est pas la preuve qu’on crée des emplois, comme le prétend le gouvernement, c’est tout simplement la preuve que les patrons apprécient la formule ! Et pour cause : précariser une partie des travailleurs ne peut que peser vers le bas sur les conditions de travail et sur les salaires de tous. D’ailleurs à droite, on ne cache pas que si le CPE se met en place, l’étape supplémentaire pourrait être un nouvel élargissement de la formule à tous les âges, et la fin du CDI, comme le réclame le Medef. Oui, c’est bien tous les travailleurs qui sont visés. Mais maintenant, heureusement, c’est bien devenu le sentiment de la majorité d’entre eux

La réaction entamée doit donc se poursuivre. Un mouvement d’ensemble de la jeunesse et des travailleurs pourrait faire reculer le gouvernement et en finir avec le CPE, le CNE et sans doute, si ce mouvement devenait raz de marée, avec la précarité.

Au soir de cette première journée, représentants des confédérations syndicales comme des partis de gauche ou des organisations étudiantes affirment leur volonté de ne pas en rester là, de donner une suite, de se mobiliser jusqu’au retrait du CPE. Des rencontres entre les représentants des organisateurs des manifestations de mardi sont déjà programmées. Voilà une bonne chose. Il faut battre le fer quand il est chaud. Une mobilisation, quelle que soit son envergure de départ, n’a de chance de grandir que si à chaque étape la prochaine est déjà en vue.

Pourtant, si on ne peut que se féliciter de cette volonté déclarée de poursuivre la lutte, on ne peut quand même oublier qu’après d’autres journées d’action semblables, et même des plus importantes, on a eu droit aux mêmes déclarations des dirigeants syndicaux... puis à attendre des mois pour que la fameuse suite soit enfin proposée. Après le 4 octobre dernier encore par exemple. Bernard Thibault déplore, maintenant la passivité des autres confédérations qui a suivi cette journée, qui avait pourtant compté au moins le double de manifestants que ce 7 février. Il a raison, mais lui qui n’a pas réagi alors, que va-t-il vraiment faire aujourd’hui quand il s’engage à donner une suite ?

Pourtant, si on ne peut que se féliciter également que la gauche, PS en tête, semble soutenir sans réticence la protestation, et pour une fois ait réagi rapidement (même si c’est en partie sous l’impulsion des organisations étudiantes) on ne peut que s’interroger sur la réelle détermination de ces politiciens qui semblent plus compter sur le parlement ou sur les urnes que sur la rue. Un parlement où, ne serait-ce que parce que l’opposition est en minorité, les choses sont réglées d’avance (et alors que le recul de Chirac à propos de la loi sur la colonisation vient au contraire de démontrer que, même après qu’elle ait été votée, une loi peut toujours être défaite... mais par une mobilisation populaire) ! Des élections qui sont dans plus d’un an, le temps sans doute pour de Villepin non seulement d’appliquer le CPE mais de le faire passer dans les mœurs !

Les directions syndicales, les directions des partis de gauche sont engagées dans la lutte ? Parfait. La mobilisation peut effectivement prendre corps. Dans les lycées, les facs, dans les entreprises, l’indignation doit trouver un débouché. La question du CPE met en lumière la précarité de la jeunesse. C’est toute cette précarité qu’il faudrait contester, celle que nous promettent le Medef et Villepin, comme celle qui existe déjà.

Il n’y a aucune raison de cracher sur l’aide que partis de gauche et confédérations syndicales peuvent apporter, aucune raison de refuser l’unité avec tous ceux qui disent vouloir prendre part à cette mobilisation, dans la rue comme dans les grèves. En revanche cette mobilisation, comme cette unité d’ailleurs, n’ont d’autre garantie que la pression que les jeunes et les travailleurs peuvent exercer pour les imposer et les contrôler, c’est-à-dire l’organisation et la coordination de ceux qui sont déjà mobilisés, dans les facs, les lycées mais aussi la jeunesse des quartiers ou les entreprises. Organisation et coordination qui sont à construire. Une tâche qui dépend de l’extrême gauche... au moins à la hauteur de son influence dans la jeunesse et parmi le monde du travail.

Michel CHARVET

Réactions à cet article

  • Après la grève SNCM,vous écriviez très justement :« ...les travailleurs ne peuvent compter sur les directions syndicales pour organiser une véritable riposte...Ils ne doivent pas leur remettre la direction de leurs luttes,s’ils ne veulent pas être menés en bateau,puis vaincus. »Aujourd’hui,vous semblez les remettre en selle :« Elles sont engagées dans la lutte,parfait !...Il n’y a aucune raison de cracher sur l’aide qu’elles peuvent apporter ».Vous ne craignez plus les sabotages ?Le cordon est-il décidément trop difficile à couper ? Gardez le moral quand même ! Florent

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