Valls se prend un vent
23 juin 2014 Brève
En annonçant quelques mesures sous forme de « main tendue » aux intermittents du spectacle, Valls espérait peut-être ne plus avoir à craindre les menaces d’annulation qui pèsent sur les festivals d’été. C’était compter sans la détermination des intermittents et précaires, qui se battent depuis deux mois contre la remise en cause de leur régime d’indemnisation chômage, signée par le Medef et quelques syndicats conciliants.
Non seulement les intermittents ne veulent pas de cet accord, que le gouvernement s’apprête à valider, mais ils refusent également la proposition de Valls, que l’État finance de manière transitoire leur régime, ce qui n’est qu’un subterfuge pour passer l’été.
Ce qu’ils demandent, pour eux et pour tous les travailleurs précaires, intérimaires, et chômeurs, c’est que les patrons, responsables de leur précarité, paient.


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1. C’est quoi la lutte déclasses quand le plein emploi est mort d’un accident du travail ? , 24 juin 2014, 08:23, par colporteur
Oui il s’agit du droit au chômage de tous, donc pas de « leur droit au chômage », à moins de se considérer comme non chômeurs, non chômeur passé, non chômeur potentiel. C’est bien d’un problème idéologique majeur de la gauche, de l’extrême gauche et du syndicat que dénote cette contradiction.
On reste incapable de voir la luttes de classes au delà du cadre de l’entreprise et de l’emploi. Et cela y compris alors que le travail ne se borne pas à l’emploi, et moins encore à une figure d’emploi considéré comme normale, le CDI.
De fait la norme d’emploi a changé. On parlait durant les années 80 de segmentation du marché du travail, eh bien aujourd’hui, les CDD représentent 86% des embauches. On veut voir le travail sous un able juridique sans voir l’ampleur de la précarité : les CDI Mac do ou grande distribution ne correspondent pas non plus à cette lecture « juridique » de la précarité.
L’analyse du travail cède partout la place à des lectures idéologiques (au sens d’une fausse conscience fonctionnelle au maintien de l’ordre social).
Ainsi, alors que l’on calcule qu’aujourd’hui un salarié effectue durant sa carrière un an de stage en entreprises, de la 5e au post-doc ne passant par des périodes de chômage et de formation, on a beau dénoncer l’assistance aux entreprises que ce type de mise à disposition constitue, on se refuse à voir l’évidence : le travail excède l’emploi.
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1. C’est quoi la lutte déclasses quand le plein emploi est mort d’un accident du travail ? , 20 octobre 2014, 11:29, par Tony
« Le travail excède l’emploi » : tu as raison dans le cas d’artisans et de commerçants, qui ne sont employés par personne et travaillent quand-même.
Qu’en est-il du cas d’un comédien qui ne fait que 500 heures sur les 8 derniers mois (au lieu des 507 qui pourrait lui permettre d’accéder au statut d’intermittent). Il ne touche pas d’indemnités chômage et ses collègues disent de lui « Il travaille beaucoup, mais malheureusement, il ne travaille pas assez ». Qu’est que c’est que ce charabia ? C’est que chez les artistes, le mot travail a deux significations. Notre comédien a beau réciter chez lui tout Racine, Molière et Ionesco, « travailler » sa voix et imaginer tout seul dans sa chambre des milliers de jeux de scène, il « travaille » beaucoup, mais tant qu’il n’aura pas une proposition d’embauche dans une compagnie, il n’aura pas encore « travaillé ». C’est donc l’emploi qui valide a posteriori son investissement personnel. Ce qu’il fait chez lui n’est assimilable à du travail que dans la mesure où cette activité correspond à l’activité de metteurs en scène, directeurs de compagnie, etc. Autrement dit « au-delà du cadre de l’entreprise et de l’emploi », ce qu’il fait n’est pas assimilable à du travail. Sans emploi, son activité artistique restera une activité artistique, « magnifique mais qui sans espoir se délivre Pour n’avoir pas chanté la région où vivre » (moi aussi je peux faire de la poésie !).
Tu dis, « le travail ne se borne pas », mais je pense que cela fait partie des problèmes des théoriciens de la CIP-IDF d’avoir une définition vague du travail. Cela fait partie, bien sûr, des batailles du mouvement ouvrier de faire rémunérer la formation et le chômage. Mais il faut le faire non pas en assimilant tout cela à du travail, mais parce que la classe capitaliste, en attendant d’être évincée, doit payer pour l’ensemble du fonctionnement de la société.
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2. Le salaire, enjeu politique , 24 juin 2014, 08:25, par colporteur
La lutte actuelle de intermittents, tout comme celle conduite en 2003, a ceci de particulier - et qui reste incompréhensible pour les divers travaillistes qui hypothèquent la critique, dans les têtes et dans les faits puisque diverses pratiques ne sont alors ni conçues, ni mises en oeuvre - qu’elle ne vise pas directement les entreprises employeuses. On est là face une lutte salariale qui ne s’affirme pas dans l’entreprise ou l’emploi mais bien par delà tous les emplois exercés ou potentiels. Cette lutte salariale vise à assurer un droit au chômage car il se trouve que dans bon nombre de cas le chômage ne peut plus être considéré comme l’envers du travail mais bien comme l’un de ses moments.
On nous fait soit le coup de l’approche « culturelle » (le gît, les patrons de la culture, les média, les experts) qui vise à nier l’enjeu conflictuel et sa portée générale : de quel droit, de quels supports sociaux dispose-t-on lorsque l’on est confronté au marché de l’emploi ? ou bien, comme ici, on reste accroché à la nostalgie du plein emploi foraine sans vouloir prendre en compte le plein précaire qui vient (cf GB, US, ici).
L’exemple le plus frappant est celui de l’Allemagne que l’on présente comme un modèle car le chiffres du chômage sont bons. La vitesse et le brutalité de la restructuration capitaliste conduite en Allemagne par un ancien responsable de Wolkswagen, Hartz, pour le compte du gvt Schroder, avec un destruction des droits des chômeurs qui s’est évidemment accompagné non pas dune baisse générale des salaires, mais de la création d’emploi de travailleurs pauvres, ces derniers représentent aujourd’hui 25% des salariés, avec des emplois d’utilité publique, d’insertion et blabla bla dont le salaire peut descendre à un euro de l’heure, non pas pour n’importe qui, mais pour ceux dont la survie dépend dune allocation chômage. Celle ci devient le support de formes de mises au travail ou la guidante des parcours et le chantage à l’allocation se conjuguent pour produire une nouvelle main d’oeuvre, pour imposer une prolétarisation nouvelle.
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1. Le salaire, enjeu politique , 15 juillet 2014, 14:01, par Tony
« dans bon nombre de cas le chômage ne peut plus être considéré comme l’envers du travail mais bien comme l’un de ses moments ».
Je voudrais ici critiquer ce retournement de la théorie marxiste. Il est clair que dans le cas restreint des intermittents, ce que tu dis est vrai. Un mois avant la première répétition, le comédien apprend son texte, c’est-à-dire qu’il travaille, payé par l’UNEDIC. Est-il chômeur ? Au sens marxiste non, car si ce moment n’a pas lieu, la pièce de théâtre ne pourra pas être jouée. Il est plutôt travailleur à la manière des travailleurs du textile du XIX siècle qui travaillaient à domicile et apportaient leur produit au patron une fois terminé.
Et le technicien qui, pendant ces trois semaines, attend ? Il est disponible pour répondre aux questions de la mise en scène. En ce sens il est « à disposition de l’employeur », c’est-à-dire que dans un certains sens, il travaille déjà et c’est pour cela qu’il est payé par Pôle emploi. Si on décide d’avancer d’une journée la mise en place du décor, il viendra. Il est flexible.
La flexibilité - c’est-à-dire la transformation du temps libre des salariés en temps de travail - est-ce bien ou mal ? Mais pour l’immense majorité des travailleurs, c’est une catastrophe ! Et pour l’immense majorité des patrons, c’est une opportunité magnifique.
Pour un intermittent qui accède au statut et reçoit de pôle emploi une partie de son salaire, il y a en a 250 autres pour qui le chômage est un cauchemar. Tu vas me dire « mais parce que le chômage n’est pas rémunéré ! ». Mais qui peut le rémunérer, si ce n’est le grand patronat ? L’épisode en cours nous montre qu’il n’est pas près d’accepter de lâcher la bride à ce sujet.
Tu dis que le conflit en cours « ne vise pas les entreprises employeuses », mais le MEDEF, il est le représentant de quoi, si ce n’est des « employeurs » de France ? OK, le MEDEF ne représente pas les employeurs du spectacle. Dans ce conflit, les employeurs du spectacle sont le cul entre deux chaises. Le directeur du festival d’Avignon a hésité, puis a quand même cherché à éviter la grève par un vote à bulletin secret. Et aujourd’hui, il se déclare contre la grève et est devenu la cible des intermittents. Un exemple parmi le patronat moyen de la culture.
Mais qu’est-ce que la directrice d’une compagnie de théâtre par rapport à cela ? Une toute petite patronne. Elle est ce que l’épicier du coin est au PDG de Carrefour, ce que le camion de frites est au McDonald. Alors évidemment, elle lutte avec les intermittents, et elle est même bien souvent intermittente de sa compagnie, Association loi 1901 dont son oncle a accepté la présidence.
Les intermittents touchent leur salaire de leur petit patron et ce n’est pas cela qui est en cause dans le conflit actuel, OK. Ce qui est en cause, c’est la deuxième partie de leur salaire, celle que le MEDEF va accepter ou pas de payer, via le régime spécial d’indemnisation chômage.
Tu veux raisonner « par delà tous les emplois exercés ou potentiels », mais le marxisme, c’est de raisonner non « par delà » mais dans le concret. Concrètement, la situation des salariés intermittents est complexe. En Allemagne, pour effectuer exactement le même travail, les artistes ont le statut de travailleur indépendant. En France, des habilleuses autrefois intermittentes du spectacle ont été poussées à fonder une « auto-entreprise » pour effectuer aujourd’hui exactement le même travail...
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