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Une nouvelle guerre impérialiste

2 novembre 2001 Monde

Merci de tenir compte de la mise au point ci dessous [1]

Chaque missile de croisière américain vaut plus cher que chacun des quartiers des villes afghanes qu’il dévaste. Le coût de cette guerre dépasse déjà le budget du pays bombardé. Après l’Irak, la Yougoslavie, l’Afghanistan. Le scénario est à chaque fois le même. Le gouvernement américain choisit comme ennemi public un pays du tiers monde déjà très affaibli et appauvri par des années de guerre et de guerre civile.

L’Afghanistan a subi plus de 20 ans de guerre ininterrompue, des destructions innombrables. L’objectif des Etats-Unis n’est pas de libérer le peuple afghan de la dictature réactionnaire des talibans. Ils annoncent même par avance que le régime qu’ils envisagent, dans le meilleur des cas, serait un conglomérat de tous les chefs de guerre islamistes sous l’égide d’une royauté moyenâgeuse, y compris avec participation des talibans. De toutes façons, ce sera la poursuite des guerres féodales et claniques, éventuellement sous l’égide de l’ONU. Et cela finira peut-être même par le maintien d’un régime taliban sous « surveillance » ! Un régime que les Etats-Unis avaient eux-mêmes mis en selle.

Les USA n’ont pas mobilisé leurs forces et polarisé toute la planète juste pour conquérir les montagnes d’Afghanistan ni pour amender le régime politique de cette région reculée. Ni même pour en finir avec l’organisation de Ben Laden, lequel dispose de bases et d’appuis dans de nombreux pays plus riches que le misérable Afghanistan. Ils n’ont même plus la justification de la première guerre d’Afghanistan, la nécessité d’affaiblir l’URSS. Quant aux talibans, ce n’est certainement pas eux qui ont décidé d’en découdre avec les USA. Ils étaient prêts à négocier le passage sur leur territoire du gaz et du pétrole d’Asie centrale, ce qui vaut une reconnaissance. Frapper l’Afghanistan c’est d’abord rappeler au monde qu’en dépit de l’attentat du 11 septembre, les USA sont la puissance dominante et qu’elle peut frapper quand elle veut, où elle veut.

Que vise l’impérialisme dans cette guerre ?

Déclarer l’état de guerre, même si l’adversaire est peu visible (Ben Laden) ou peu crédible (les talibans), cela a l’avantage pour les USA d’obliger chacun à choisir un camp. L’impérialisme américain veut ainsi contraindre toutes les puissances et leurs peuples à s’aligner. Et d’abord le peuple américain auprès duquel il peut ainsi justifier des sacrifices d’une ampleur exceptionnelle. Sur le front intérieur, en quelque sorte, une opération de licenciements à grande échelle a commencé. Bien sûr, les licenciements avaient commencé bien avant, du fait d’une récession économique qui ne doit rien à Ben Laden. Mais autant en profiter. Cela permet également de justifier le déblocage de milliards de dollars en faveur des trusts. Ce ne sont plus des subventions, c’est de « la solidarité nationale », la mobilisation patriotique du pays face au terrorisme ! Les travailleurs américains devront payer.

La « mobilisation patriotique », la « loi patriote », cela permet de contraindre la population à se solidariser avec sa classe dirigeante tout en l’attaquant de plein fouet sur le plan économique, politique et social. en se servant pour cela du climat d’union nationale qui a suivi le choc du 11 septembre. Quant aux dépenses guerrières, elles consistent à renflouer les caisses des compagnies aériennes, des assurances et à relancer la course aux armements. Toutes choses envisagées avant le 11 septembre à cause du ralentissement économique et des difficultés américaines, mais que l’attentat permet de justifier et d’accélérer considérablement sans grand risque de protestations populaires. Déjà, l’entrée en guerre a permis au gouvernement américain, momentanément du moins, d’éviter le krach boursier attendu. Les classes dirigeantes tâchent de retourner à leur profit la situation et le peuvent d’autant plus que les attentats, pour avoir fait 5000 victimes, ridiculisé la CIA et porté atteinte à la crédibilité sécuritaire de l’Etat américain, n’ont en rien entamé la puissance américaine.

S’agit-il vraiment d’éradiquer l’intégrisme islamiste ?

Le gouvernement américain s’est bien gardé de s’en prendre aux Etats qui financent et organisent les organisations combattantes islamistes, car ce sont tous des « pays amis » des USA : l’Arabie saoudite, les Emirats Arabes Unis et le Pakistan. Ils ne leur ont jamais reproché de le faire et s’en sont souvent servi. Le régime pakistanais le plus soutenu par les USA était aussi le plus islamiste qu’ait connu le pays : la dictature du général Zia ul-Haq. Le développement des groupes islamistes en Afghanistan n’a pu se faire que grâce à l’aide et à l’appui de ces trois pays et au soutien des Etats-Unis. En 1988, Ben Laden était considéré comme le pion principal de la CIA dans la région et les talibans, étudiants en religion et en djihad, étaient formés et armés au Pakistan sous l’égide de l’Etat Pakistanais, avec l’aide des monarchies du pétrole et la bénédiction américaine.

Aujourd’hui, les dictatures ultra réactionnaires qui servent de points d’appui et de pourvoyeurs de fonds au terrorisme islamiste, sont toujours des piliers des Etats-Unis dans leur région. Comment peut-on dénoncer la situation de la femme afghane (avec retard) sans dénoncer celle de la femme en Arabie saoudite (totalement cachée aux regards) où elle n’a quasiment aucun droit, même pas celui de conduire un véhicule ? Cette monarchie absolue détient le record mondial par habitant du nombre de condamnés à mort (exécutions publiques et au sabre). Certains d’entre eux n’ont pas commis d’autre crime que d’avoir accidenté le véhicule d’un potentat féodal local, d’avoir dansé, bu de l’alcool ou pratiqué une religion autre que l’Islam !

Bush s’en prend-il aux financiers de Ben Laden ?

Comme le relève « Nouvel Observateur » du 4 octobre 2001 « certaines institutions financières ou organisations charitables d’Arabie saoudite ont été oubliées dans la liste de George Bush ». Et le journal cite ainsi Dar Al-Maal Al-Islami et Dubai Islamic Bank et rappelle que « ces banques figurent même parmi les actionnaires de la banque Al-Shamal, fondée en 1990 au Soudan, dans laquelle Ben Laden a investi 50 millions de dollars. Quant à Wadi Al-Haqiqi, la société créée par le terroriste milliardaire pour investir au Soudan, au Kenya et au Yémen dans l’électricité, l’édition et l’agro-alimentaire, elle est liée à un fonds d’investissement américain à la tête duquel on retrouve de nombreux membres de l’entourage de l’ancien président Bush.  » Et de relever que les USA ne veulent pas s’attaquer « à des établissements qui ont pignon sur rue à Riyad, Dubaï, Londres et Genève et qui hébergent le trésor de l’ ’’ ennemi public numéro un de l’Amérique’’ » (rapporté également par le Monde du 2 octobre).

Mais comment attaquer les commanditaires sans nuire aux intérêts des « bons » capitalistes, notamment américains ? Le même article cite Jean de Maillard, spécialiste des circuits de l’argent noir, qui déclarait : « Seuls les naïfs pensent encore qu’il y a d’un côté l’économie propre et de l’autre les réseaux financiers criminels. En réalité ce sont deux faces d’une même planète financière. » Et de relever que les terroristes qui ont procédé à l’attentat contre l’ambassade américaine de Nairobi avaient des comptes à la Barclays de Londres, à la Girocredit de Vienne, à la Deutschebank ou à la Citybank. Quant aux présumés pilotes kamikazes de l’attentat du 11 septembre, ils étaient en relation financière avec la principale banque de Dubaï. Mais peut-on s’attaquer à des capitaux du Golfe sans prendre le risque de mesures rétorsion de la part des financiers du Golfe ? Lors des attentats anti-US de 1998 attribués à Ben Laden, rapporte Le Monde du 3 octobre 2001, « les secrétaires d’Etat au trésor s’étaient opposés à l’idée de bloquer informatiquement les transactions financières liées au réseau Ben Laden » car, expliquaient-ils, « cela pouvait mettre en péril la stabilité du système financier international ».

Une coalition Bush, Poutine, Blair, Chirac… contre le terrorisme international ?

Ce sont les USA qui ont aidé, armé et financé, voire directement organisé, en Amérique latine, la guérilla des contras, les brigades spéciales soi-disant contre la drogue et autres escadrons de la mort ou régimes de terreur. Ce sont eux qui, en Asie, ont longtemps financé et armé les khmers rouges et autres mouvements de guérilla longtemps après avoir quitté l’Indochine en y laissant un champ de ruines. Ce sont encore eux qui, en Afrique, continuent actuellement, conjointement avec l’impérialisme français et parfois concurremment, à financer des guérillas comme celle du Soudan, des bandes armées au Zaïre, au Sierra Leone et des régime terroristes comme celui du Nigéria.

La coalition « anti-terroriste » des USA, de la Chine et de la Russie devrait prêter à rire. L’image de Poutine et Bush bras dessus, bras dessous, évoque surtout la caution des uns aux crimes des autres ! L’accentuation de la terreur de l’armée russe en Tchétchénie aura droit désormais au qualificatif de lutte anti-terroriste avec caution américaine, de même pour la Chine au Xin Jiang.

En Afghanistan, les USA soutiennent désormais les seigneurs de guerre de « l’Alliance du nord » (qui jusque-là avait surtout la préférence du SDECE français), contre le régime obscurantiste des talibans. En France, les médias ont carrément sanctifié l’ex commandant Massoud. [2] Mais son armée est constituée des mêmes chefs de guerre féodaux, ayant commis lorsqu’ils étaient au pouvoir les mêmes exactions, les mêmes pendaisons au nom de l’Islam, sans parler de la condition faite aux femmes. Le deuxième nom de l’Alliance du Nord est celui de Commandement Islamique Unifié ! Ministre en 1992, Massoud fit bombarder le quartier chiite de Kaboul, faisant des milliers de victimes civiles.

En Algérie, rappelons également que les USA, après la révolte populaire de 1988, avaient poussé le régime algérien à faire participer au pouvoir les islamistes du FIS, qui menaient déjà des actions terroristes contre les femmes, contre les syndicalistes et l’opposition. Le FIS avait alors pignon sur rue à Washington ! Quant à la politique dite d’éradication du terrorisme islamiste, le peuple algérien vient de la vivre pendant plus de dix ans. Il l’a payée de 150 000 morts et les attentats terroristes continuent de frapper la population. Après avoir ouvert aux islamistes les allées du pouvoir en 1989, la dictature militaire algérienne a choisi en 1991 de mener contre eux la guerre civile. Mais cela a surtout représenté une guerre des deux camps armés contre des civils désarmés et d’abord contre la classe ouvrière. C’est au nom de la sécurité des citoyens que la dictature a justifié sa propre férocité, l’entretien de forces spéciales de tueurs contre tout risque d’explosion sociale. Les licenciements massifs se sont succédés avec l’installation de la misère.

Le terrorisme des grandes puissances ne combat pas le terrorisme issu des pays pauvres : il le nourrit. Les USA savent parfaitement que leur intervention militaire, loin d’affaiblir les islamistes dans le monde musulman, ne fait que les renforcer et les créditer. Cela fait partie de la politique qui consiste à tenter de polariser la planète, comme à l’époque de la politique des blocs. Bush, en bombardant massivement le peuple afghan, ne fait que renforcer le sentiment des peuples musulmans selon lequel l’Occident est en lutte contre l’Islam, thèse qui ne peut que renforces un Ben Laden. De même que les bombardements sur l’Afghanistan ne peuvent qu’inciter la population à se rapprocher des talibans.

Où il est surtout question de pétrodollars

Ce n’est pas la cause des peuples contre leur oppression impérialiste qui a armé le bras de Ben Laden, mais très prosaïquement et directement la défense des intérêts de la riche bourgeoisie du Golfe face aux USA.

Les USA ont d’abord poussé le dictateur irakien Saddam Hussein à se lancer dans une guerre meurtrière contre l’Iran, guerre qui a duré de 1980 à 1989 et a mis à genoux les deux pays. Ils l’ont alors amené à s’endetter notamment auprès des pétromonarchies. Puis ils l’ont lâché face à une situation financière, sociale et politique ingérable. C’est ce qui l’a incité à envahir le Koweit en 1990. Pour punir l’Irak de cette audace, les USA ont alors déclenché en 1991 la croisade internationale appelée « tempête du désert ». Une fois la guerre terminée, laissant Saddam en place faute d’une dictature de rechange, les USA ont poursuivi pendant des années les bombardements périodiques. L’embargo a eu comme conséquence, outre la mort de centaines de milliers d’enfants dénutris, de soustraire au marché des quantités de pétrole, celui de l’Irak et, du coup, de soutenir les prix du pétrole. Cela a permis de maintenir à flots l’économie de l’Arabie saoudite, massivement endettée depuis la guerre du Golfe dont elle avait été le principal financier.

Les USA, en convaincant le roi Fahd en 1991 que l’Arabie saoudite était menacée par l’expansionnisme irakien, ont réussi à faire porter toute la responsabilité régionale de la guerre, politique et financière, sur la monarchie saoudienne. Officiellement c’est à sa demande que les USA sont intervenus contre l’Irak en 1991. Le pays a dû débourser 60 milliards de dollars (dont la moitié payée aux USA) et accueillir sur son sol un demi million de soldats américains. Une fois la guerre finie, l’Arabie saoudite a été obligée de rester sous la coupe des USA car elle était considérablement endettée. La monarchie a été discréditée politiquement par l’alliance américaine. Une partie des troupes américaines est restée dans le Golfe et même sur le sol saoudien. C’est à ce moment que Ben Laden a créé à l’intérieur du pays un mouvement islamiste saoudien contre le pouvoir. Il a eu des appuis au sein du pouvoir, de la haute bourgeoisie princière comme de la hiérarchie religieuse.

L’Etat saoudien était alors en situation économique très difficile. Il avait déjà subi la chute des prix du pétrole du milieu des années 1980. Les guerres avaient fait le reste. Le pays a dû contracter deux emprunts internationaux en 1991 d’un total de sept milliards de dollars et, malgré une augmentation spectaculaire de la production pétrolière, le déficit du budget était encore de 20 milliards de dollars en 1992. A la limite du krach, l’Etat saoudien a dû passer sous les fourches caudines du FMI, réduire son train de vie, supprimer ses projets, laisser une bonne partie de ses étudiants supérieurs sans emploi et sans ressources et réduire même les dépenses somptueuses des princes (paraît-il 20% du budget).

Le régime saoudien avait obtenu, lorsque le cours du pétrole était au plus haut (avec le quadruplement du prix du pétrole en 1973), de récupérer à l’amiable la possession de ses ressources naturelles, gaz et pétrole. L’ARAMCO (conglomérat de sept sociétés dont les principales sont Chevron, Mobil, Exxon et Texaco) était alors devenue société nationale saoudienne en échange de dédommagements et d’accords sur les investissements aux USA des revenus du pétrole et sur des achats aux sociétés américaines, en particulier en termes d’armement. Les milieux bourgeois saoudiens ont eu des rêves de grandeurs de 1976 à 1980, rêves qui se sont effondrés avec la chute des cours en 1984 puis avec les guerres. Les USA détiennent un moyen de pression sur le régime. Les trusts pétroliers américains mettent tout leur poids pour obtenir à nouveau les concessions pétrolières et gazières en échange d’une suppression des dettes saoudiennes. Des oppositions se sont dès lors constituées au sein de toutes les couches sociales – financiers, bourgeois et petits bourgeois saoudiens – contre le bradage des richesses du pays par la royauté. Des chefs religieux protestent contre l’ouverture du pays aux intérêts étrangers et l’introduction d’un mode de vie occidental ; des princes (plusieurs milliers de descendants des diverses femmes d’Ibn Saoud) refusent que l’on rogne leurs rentes pétrolières comme le proposent les plans de réduction des dépenses du FMI ; la population elle-même voit son niveau de vie dégringoler et la jeunesse ne trouve plus d’emploi.

25 % des réserves mondiales de pétrole se trouvent en Arabie saoudite, dans une région qui peut s’embraser facilement. Les USA savent parfaitement, même s’ils se gardent bien de dévoiler les ressorts secrets de Ben Laden sous peine de dévoiler les leurs, qu’une fraction de la classe dirigeante saoudienne veut les éloigner des lieux saints ... du pétrole.

Le Monde du 21 octobre citait un professeur du Massachussets, spécialiste des relations internationales, Michael Klare, auteur d’un livre intitulé « guerres pour les ressources naturelles », qui déclarait « La clé de la crise (après l’attentat du 11 septembre) est l’engagement militaire américain en Arabie saoudite. Cette implication n’a d’autre objet que le pétrole : l’Arabie saoudite possède 25% des réserves mondiales et l’économie américaine est basée sur le pétrole. Les Etats-Unis sont engagés dans la protection de la monarchie saoudienne et se trouvent donc en conflit direct avec ceux qui veulent renverser cette monarchie, donc avec Ben Laden. (..) L’Afghanistan ne joue pas un grand rôle dans la crise actuelle. Ben Laden est un saoudien qui s’est réfugié en Afghanistan, et ses intérêts réels sont en Arabie saoudite. Les Etats-Unis n’attaquent l’Afghanistan que parce que c’est là que se trouve Ben Laden. »

Qui finance Ben Laden ?

Ben Laden, le milliardaire, dispose de sa propre fortune bien sûr, mais pas seulement. De nombreux milliardaires du Golfe l’ont également soutenu dans son action. Des rapports officiels américains, dont un rapport rédigé en décembre 1999 pour le fisc américain et actualisé pour la dernière fois en juin 2001, cité le 26 septembre au sénat américain et diffusé par le site américain « Intelligence Online », ainsi qu’un rapport d’août 1996 du Département d’Etat Américain, montrent que la nébuleuse financière de Ben Laden est extrêmement étendue, comprenant nombre de banques du Golfe.

Le problème que relèvent ces rapports c’est qu’aucune banque occidentale un tant soit peu importante n’est indépendante de ces financiers et de ces banquiers liés à Ben Laden et que le clan du président américain soi-même lui est également lié via le Carlyle Group. Le rapport du Département d’Etat affirme notamment que la banque El-Shamil contrôlée par Oussama Ben Laden est liée à la DMI (Dar al-Maal Al-Islami), la première institution financière islamiste, fondée à l’initiative des princes saoudiens et des émirs du Golfe. La Dubaï Islamic Bank est impliquée dans le financement des opérations de Ben Laden mais les USA n’osent pas la mettre en cause. Les noms les plus fréquemment cités sont ceux du milliardaire saoudien Khaled Ben Mahfouz qui « pèse » 2,4 milliards de dollars. Il aurait des participations importantes et des liens avec de très grandes banques et établissements financiers, notamment l’une des plus grandes banques saoudiennes, la National Commercial Bank, la Faisal Islamic Bank, la SICO Saudi Investment Company, la banque AI Shamal, le réseau frauduleux gravitant autour de Ghaith Pharaon qui a pris la suite de la BCCI (fermée en 1991 du fait d’un scandale financier), le réseau financier saoudien de la holding Dar AI Maal AI Islami, la National Commercial Bank saoudienne, la Saudi Sudanese Bank, la Bank of New York de Suisse, Saudi Sudanese Bank du Soudan, Prime Commercial Bank du Pakistan, l’International Bank of Yemen, la Dubai Islamic Bank, London Trust Bank, Dubai Islami IC Bank et surtout la Banque SBA, Société Bancaire Arabe, grande banque internationale liée à Ben Mahfouz et Ben Laden et opérant entre autres aux USA, en Angleterre et en France.

Personne ne peut soupçonner de tels membres de la grande bourgeoisie du Golfe de soutenir Ben Laden par simple idéal religieux, sans que cela soit un investissement qu’ils peuvent espérer rentable. Cela fait en effet plus de huit ans qu’ils appuient, en connaissance de cause, le terrorisme anti-américain de Ben Laden : depuis 1993, date de son entrée en lutte contre le roi Fahd d’Arabie saoudite. Pourtant, la famille Ben Laden était connue comme un pilier du régime royal (constructeur principal du roi). C’est à ce titre que le prince Turki al-Fayçal, fils de l’ex-roi Fayçal et chef des services secrets saoudiens a nommé Oussama Ben Laden responsable des combattants islamistes arabes envoyés en Afghanistan sur fonds de l’Etat saoudien. Quand la Russie s’est retirée d’Afghanistan, Ben Laden est retourné en Arabie saoudite et a proposé au royaume, en pleine préparation d’une confrontation militaire avec l’Iran et l’Irak, d’employer ses combattants arabes d’Afghanistan dans la défense du pays au lieu de se jeter dans les bras de l’armée américaine. C’est le refus du roi Fahd et son acceptation du diktat américain, imposant des troupes US massives sur son sol et une mainmise sur les revenus pétroliers au nom de la guerre, qui a entraîné Ben Laden dans la dissidence.

La crise financière des pétromonarchies a entraîné des faillites comme celle de la banque de la BCCI (Banque de Crédit et de Commerce International dont l’actionnaire principal était l’émir d’Abu Dhabi) reliée par mille liens à la nébuleuse financière de Ben Laden et qui blanchissait l’argent maffieux. Dissoute officiellement, la BCCI s’est transformée en finance illégale. De la même manière, une fraction de la finance du Golfe s’est tournée vers des milliardaires moins classiques travaillant dans le terrorisme ou dans les jeux boursiers, vers des milliardaires comme Ben Laden et Ben Mahfouz.

Qui sont les recrues de Ben Laden ?

Le régime saoudien déstabilisé pourrait effectivement basculer dans le camp anti-américain. l’Arabie saoudite compte plusieurs milliers de princes qui ne voient nullement d’un bon oeil une partie de l’argent du pétrole s’en aller dans les poches des capitalistes américains que ce soit sous prétexte de ventes d’armes, de paiement de la dette ou d’investissements aux USA. Ceux-là sont résolus aux solutions les plus extrêmes pour maintenir leurs privilèges. Dans le même temps, une fraction de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie du Golfe s’est retrouvée menacée de ruine ou incapable de trouver un emploi dans des pays où les emplois subalternes sont entièrement occupés par des immigrés très exploités. Ce sont de ces couches sociales autrefois aisées, cultivées, ayant souvent fait leurs études en occident, mais craignant désormais pour leur avenir qu’est issue une quantité de jeunes prêts à tout pour faire payer cher aux USA leurs espoirs déçus, leurs ambitions cassées.

Ce sont des hommes de ce profil social qui ont été les recrues de l’organisation Al Qaida de Ben Laden. Ils ne ressemblent nullement aux recrues islamistes telles qu’on les imagine souvent et tels que sont les talibans afghans : des fils de paysans pauvres fanatisés dans les madrasa, ces écoles coraniques formant des misérables à la djihad. Les hommes de Ben Laden sont au contraire des membres des milieux favorisés, cultivés et éduqués à l’occidentale, ayant réussi dans leurs études, souvent fils de grandes familles, et se tournant vers le « fascisme vert » par hargne et par vengeance. Ainsi, l’attentat de 1998 à Nairobi a été organisé par Mohamad Al-Owhaliissu d’une famille saoudienne riche et puissante.

Le pouvoir saoudien est d’autant plus déstabilisé que la querelle de succession dure depuis 1996, date à laquelle le roi, devenu impotent, a dû céder les rênes au prince héritier Abdallah. Le clan Soudeiri, qui aurait plusieurs fois soutenu Ben Laden par hostilité au clan Abdallah, détenait encore récemment deux postes clefs de l’Etat : celui des services secrets avec le Prince Turki al-Fayçal, fils de l’ex-roi Fayçal (un fidèle de Ben Laden, démis de son poste en août dernier, peu avant les attentats, sur pression américaine), le poste de gouverneur de Riyad détenu par le prince Salman et celui du Prince Sultan, ministre de la défense et président du conseil suprême pour les affaires islamiques (second dans l’ordre de succession à la royauté, après Abdallah). Le clan Soudeiri se donne comme drapeau la défense des traditions aux côtés des oulémas réactionnaires parce qu’Abdallah s’est prétendu moderniste : plus pro-occidental, ouvert aux évolutions de la société comme la place des femmes, à l’ouverture du pays aux capitaux étrangers.

La lutte pour la succession se double d’une lutte politique pour l’avenir du pays. Les princes et la classe dirigeante sont divisés sur l’orientation vis-à-vis des USA. La lutte se fait au nom des principes de l’Islam mais le pouvoir et le pétrole sont en jeu. Alors, l’attaque et la destruction du World Trade Center serait-elle un dégât collatéral de la lutte entre deux princes saoudiens ? Qui sait ? L’éditorial du 25 octobre 2001 de Courrier International l’affirme : « L’Arabie saoudite est à présent le théâtre d’un conflit, d’une ampleur et d’une intensité comme on n’en avait jamais connu : ce conflit oppose le prince régent Abdallah à Oussama Ben Laden devenu depuis le 11 septembre le plus connu de ses sujets.. »

Pourquoi l’Arabie saoudite est-elle tabou ?

Que l’attentat du 11 septembre ait des origines dans le Golfe, il y a bien des raisons de le croire. Seize des dix neuf pirates de l’air présumés seraient saoudiens. Leurs familles auraient reçu des chèques provenant de banques du Golfe. Officiellement, il n’y a aucune demande d’enquête américaine en Arabie saoudite depuis le refus du pouvoir lors des attentats de 1998. Selon le journaliste du Nouvel Observateur du 27 septembre 2001, déjà cité, l’attentat du 11 septembre visaient autant le pouvoir de Riyad que les USA : « Frapper l’Amérique au coeur, c’était aussi pour les organisateurs des attentats, mettre au pied du mur les dirigeants de l’Arabie saoudite : les obliger à choisir clairement leur camp. Difficile de ne pas se ranger derrière Bush, le protecteur tout-puissant, dans sa lutte contre le terrorisme. Mais impossible de ne pas prendre en compte le fait que Ben Laden, saoudien de nationalité, est en ce moment l’homme le plus populaire du royaume. »

L’Arabie saoudite a refusé cette fois l’utilisation de ses bases pour les opérations américaines contre l’Afghanistan. Le prince Sultan a déclaré : « Aucun soldat en guerre contre un pays arabe ou musulman ne sera autorisé à opérer à partir de l’Arabie saoudite ». Les émirats ont pris la même position et le Conseil de Coopération du Golfe a déclaré : « Le CCG refuse de participer à une nouvelle alliance avec les Etats-Unis ». Les USA, loin de faire pression publiquement, ont une fois de plus fait semblant de ne pas entendre.Le 6 octobre, un civil Américaintravaillant en Arabie saoudite a été assassiné et un autre Américain blessé à Khobar dans un attentat qui a fait deux morts et quatre blessés, sans que les USA fassent la moindre déclaration officielle. Un responsable gouvernemental de Washington s’est contenté de déclarer que c’était « un incident isolé » (cité par Le Figaro du 8 octobre). Toute la presse a abandonné ensuite l’information. Le 11 octobre 2001, Tony Blair en visite dans la région a dû annuler sa visite dans le pays, le régime saoudien la déclarant inopportune.

Difficile pour les USA d’intervenir directement contre ce pays, militairement ou financièrement, sans provoquer la rupture avec une bonne partie des classes dirigeantes du Golfe, risquer la chute du régime saoudien et l’effondrement des investissements des pétrodollars dans les entreprises américaines. Si bien qu’ils préfèrent faire silence sur lesattentats en Arabie saoudite et accepter de ne pas pouvoir y enquêter. Il est clair en effet que certains princes eux-mêmes semblent impliqués dans certains attentats et que le pouvoir saoudien exige des Américains de ne pas mettre leur nez dans ces « affaires de famille ». La monarchie saoudienne, craignant d’être accusée de trop se soumettre aux Américains, a interdit toute enquête américaine sur les attentats anti-US sur son sol (les plus nombreux) et l’ambassadeur des Etats-Unis n’a toujours pas pris ses fonctions en Arabie saoudite.

Quels sont les objectifs politiques de Ben Laden ?

Ben Laden n’est jamais, depuis plusieurs années, que l’émissaire financier et le bras armé d’une fraction de la bourgeoisie du Golfe qui s’oppose à la présence américaine et veut en limiter l’influence. Bien entendu, il n’avait nullement créé l’organisation terroriste Al Qaida pour contrer la domination américaine. Al Quaida avait été fondée avec les fonds et les bons conseils de la CIA, en vue d’intervenir en Afghanistan dans le sens des intérêts des Américains contre les Russes. Le revirement de Ben Laden vis-à-vis des Etats-Unis ne s’explique pas uniquement par le fanatisme religieux. Ce n’est pas non plus la misère des peuples qui l’a inspiré.

C’est en 1993 que Ben Laden s’attaque politiquement aux dirigeants saoudiens en les dénonçant pour avoir accepté de laisser les troupes américaines (plus de 20 000 hommes) sur le sol saoudien après la guerre du Golfe. La première fatwa de Ben Laden déclare en 1993 : « nous ne pouvons laisser l’armée américaine rester dans la région du Golfe et nous prendre notre pétrole, notre argent » (cité par Le Nouvel Observateur du 20 septembre 2001). L’axe de Ben Laden est uniquement l’expulsion des troupes américaines de la péninsule arabique (notons qu’à l’époque il ne parlait pas des Palestiniens ni des peuples musulmans opprimés). Lié à un clan très puissant, il n’est pas inquiété par le pouvoir. La lutte des terroristes islamistes avait déjà commencé contre les USA. Décembre 1992, attentat dans un hôtel d’Aden (2 morts). Février 1993, attentat à l’explosif au World Trade Center (six morts et un millier de blessés). Avril 1994, Ben Laden fonde en Arabie saoudite un groupe politique qui ne fait encore aucune référence à l’action violente, l’Organisation pour le conseil et la défense des droits légitimes, laquelle inonde le pays de tracts contre la gestion calamiteuse des richesses du pays par la royauté. Ben Laden est alors déchu de sa citoyenneté saoudienne et sa famille rompt officiellement avec lui. Novembre1995, début des attentats sur le sol saoudien : contre les conseillers américains de la Garde Nationale à Riyad puis en juin 1996, de nouveau en Arabie saoudite, à El Khobar (19 morts). 1996 : du fait de nouvelle frappes américaines contre l’Irak, l’Arabie saoudite est contrainte de se démarquer de la politique des USA. Ben Laden arrive en Afghanistan (il a contourné son interdiction de sortie du territoire saoudien grâce à ses amis princes) et lance son premier appel aux musulmans du monde pour la « djihad contre l’Amérique » : « depuis plus de sept ans, les Etats-Unis occupent les terres de l’Islam au coeur même de son territoire, l’Arabie (saoudite), pillant ses richesses, dominant ses dirigeants, humiliant son peuple, attaquant ses voisins et utilisant les bases de sa péninsule comme point de départ d’attaques contre les peuples islamiques voisins. ». 1998 : attentats contre deux ambassades américaines de Dar es-Salam en Tanzanie et de Nairobi au Kenya, faisant 224 morts et entraînant les frappes de Clinton contre le Soudan et l’Afghanistan. Octobre 2000 : attentat contre le destroyer « USS Cole » dans le port d’Aden. A l’époque Clinton avait même déclaré : « nos soldats montent la garde dans une région qui peut faire basculer le monde dans la guerre. ». Il ne s’agissait pas de l’Afghanistan mais du Golfe.

31 août 2001, quelques jours avant les attentats, le principal soutien de Ben Laden au sein du pouvoir saoudien, le prince Turki al-Fayçal, fils du roi Fayçal, est démis de son poste de responsable des services secrets sur des pressions américaines l’accusant de bloquer toutes les enquêtes qui se rapportant aux terroristes de Ben Laden.

Le 19 septembre 2001, devait se tenir le procès à Manhattan des terroristes présumés des ambassades américaines en 1998, procès intitulé « Etats Unis d’Amérique contre Oussama Ben Laden et autres ». Le 11 septembre, le peuple américain a été abasourdi. Pas l’Etat américain ni de ses services secrets ou militaires qui savaient qu’un attentat d’envergure commis par l’organisation de Ben Laden les attendait d’un moment à l’autre. « Mr Clinton annonce « une lutte de longue haleine » contre le terrorisme ». C’était il y a trois ans !

Le bras de fer entre les réseaux Ben Laden et la puissance américaine, est en somme une sale affaire de famille, où les comparses se tiennent par pétrodollars interposés. Une large fraction de la grande bourgeoisie des pétromonarchies dispute sa part à l’impérialisme en misant sur une solution politique de type fasciste, incarnée par la figure, les moyens et les méthodes d’un Ben Laden, lui-même un sous-produit direct de la politique américaine. Mais l’extrémisme des moyens n’exclut pas les ententes tacites. La guerre actuelle n’est pas celle de Bush contre les commanditaires de Ben Laden, contre le clan qui le soutient en Arabie Saoudite. Les affaires continuent. La guerre actuelle, c’est celle de l’impérialisme contre le peuple afghan. En fait une guerre impérialiste contre tous les peuples, pour l’exemple.

A quoi sert la « mobilisation patriotique » ?

«  Il n’y a plus de riches et plus de pauvres, plus de Noirs et plus de Blancs, il n’y a que des Américains », clamait un commentateur radio américain cité par France Info le 12 septembre dernier.

En un sens, Bush peut dire merci à Ben Laden qui lui a permis d’accréditer l’idée que, riches ou pauvres, tous les Américains doivent s’unir pour défendre le pays, défendre l’économie et accepter des sacrifices pour défendre leur sécurité. Finie la lutte de classe, vive l’union nationale patriotique. Ben Laden tient de son côté à peu près le même discours, lui qui voudrait faire croire aux peuples musulmans que tous, riches ou pauvres, doivent se ranger derrière son organisation fasciste à la solde d’une bande de financiers, de princes du pétrole et de tueurs formés à l’école de la CIA.

L’objectif est d’inciter les populations à se ranger dans l’un ou l’autre des deux camps, dont aucun n’est le leur. Mais cette image est mensongère : le monde ne se résume pas à la lutte entre Ben Laden et Bush. Ben Laden ne menace d’aucune façon l’ordre impérialiste.

Bien des commentateurs avaient prédit que le 11 septembre allait plomber l’économie capitaliste mondiale, déjà malade, mais, dans le mois qui a suivi, on ne peut pas dire que le pronostic se soit confirmé. Si le Dow Jones a connu à l’ouverture de Wall Street le 17 septembre la plus forte baisse de son histoire (684,8 points), depuis elle s’est relevée et toutes les bourses du monde en ont fait autant, retrouvant en gros exactement le même cours qu’avant le 11 septembre. Mis à part des secteurs très particuliers psychologiquement liés aux attentats comme les compagnies aériennes qui ont connu une forte baisse et des secteurs liés aux armements qui ont connu une hausse, le 11 septembre ne semble pas avoir changé grand chose à la morosité économique qui prévalait avant le 11 septembre. Olivier Blanchard, président du département d’économie du Massachusetts Institute of Technology déclarait : « Il s’agit d’une catastrophe gigantesque à l’échelle humaine, mais ses répercussions seront sans doute très réduites à l’échelle macroscopique. (..) Le coût estimé des dégâts représente la moitié du budget nécessaire après l’ouragan Andrews.(..) L’impact sur le produit intérieur brut ne sera pas significatif : tout au plus une perte de 0,5% sur un an. » Bien sûr, le prétendu élan de patriotisme et de solidarité américaine n’a existé qu’en paroles du côté des capitalistes. Les compagnies aériennes ont montré l’exemple en n’attendant pas plus de trois heures après les attentats pour annoncer des licenciements massifs. Mais, même dans ce secteur, ce n’était rien de vraiment neuf puisque quinze jours auparavant ces mêmes compagnies avaient sans succès, menacé de lourdes sanctions contre les salariés si l’Etat américain ne venait pas à leur aide.

Quelle guerre mènent les USA... dans leur propre pays ?

Depuis, c’est toute l’économie qui a connu une vague sans précédent de licenciements mais cette vague avait en réalité commencé bien avant le 11 septembre. Il est donc tout à fait mensonger d’attribuer à Ben Laden les sacrifices que le capitalisme impose aux travailleurs américains. La récession américaine ne doit rien au 11 septembre. Par contre, la réaction de l’Etat américain et des grandes firmes capitalistes a été rendue possible par le choc suscité par les attentats.

Les Etats-Unis ont, grâce à l’émotion populaire, fait accepter des dizaines de milliards d’aide de l’Etat aux capitalistes sous prétexte de défense de la population contre le terrorisme. Ils ont fait accepter aussi des centaines de milliers de licenciements qui seraient sûrement passés bien plus difficilement sans le prétexte des attentats. Ils anticipent sur la baisse des affaires, désinvestissent et licencient. Autant dire qu’ils ont l’intention de faire payer les sacrifices aux travailleurs, et d’abord aux travailleurs américains. Et ils ont bien l’intention de faire en sorte que le climat de mobilisation et d’unité nationale créé par les attentats les y aide.

Derrière la guerre en Afghanistan, se mène une deuxième guerre des capitalistes américains contre leur classe ouvrière. Pour les travailleurs, la lutte contre les licenciements et autres attaques contre les salaires et conditions de travail sera rendue encore plus difficile par l’ambiance entretenue depuis les attentats. C’est ce qu’ont voulu exprimer les travailleurs d’un Etat, le Minnesota, où les employés ont fait la grève et manifesté massivement pour affirmer : « les attentats ne signifient pas que l’on n’a plus le droit de faire grève ! » Le succès de leur démonstration est plutôt encourageant pour la suite des luttes, en dépit de l’ambiance d’union nationale. Malgré le climat anti-grève, des travailleurs ont commencé à lutter contre les vagues de licenciements. Des travailleurs d’A.Tet T, de Lucent et d’autres entreprises qui jettent à la rue des milliers de salariés, ont manifesté et organisé des meetings.

Refuser tout discours d’union nationale

En tout cas, c’est bien de côté qu’il faut s’orienter. Par delà les manifestations qui sont bien sûr nécessaires contre la guerre impérialiste, ce qui importe c’est que les travailleurs ne se laissent pas emporter par l’ambiance d’unité nationale, qu’ils défendent et développent leurs propres luttes de classe. Et ce qui vaut pour l’Amérique vaut pour la France, comme pour les autres pays d’Europe. Dans les pays riches, la classe ouvrière doit refuser de se solidariser avec sa classe dirigeante. Elle doit non seulement dénoncer la guerre mais souhaiter que sa classe dirigeante soit vaincue dans cette guerre contre le peuple afghan, et mener son propre combat contre les dirigeants impérialistes. Dans ces conditions, il est indispensable que les révolutionnaires se démarquent clairement de toute cette gauche qui se dit pacifiste tout en acceptant la guerre et ses objectifs « sous contrôle de l’ONU », autrement dit qui, sous un langage humanitaire, enrobe la même marchandise impérialiste. Il est indispensable de dénoncer l’enjeu de cette nouvelle entreprise guerrière, en refusant toute union sacrée et tout patriotisme, ouverts ou par la bande, dont le seul objectif est d’étouffer la lutte de classe.

REFERENCES

Sur les responsabilités de l’impérialisme américain dans la mise sur pied des réseaux islamistes :

  • Les dollars de la terreur, Richard labévière, Editions Grasset

Sur Ben Laden

-Ben Laden et l’Amérique, Florent Blanc, Editions Bayard

  • Au nom d’Oussama Ben Laden, Roland Jacquard, Editions Jean Picollec
  • Le Monde diplomatique d’avril 2000, septembre 1997 et août 1995
  • Biographie de Ben Laden (sur internet : frontline)

Sur les financiers de Ben Laden

Rapport financier pour le service des impôts américain mis à jour en 2001 sur internet (Intelligence Online) et intégralement publié par le journal algérien El Watan (également disponible sur internet)

Rapport du Département d’Etat américain d’août 1996 (sur internet : outpost-of-freedom.com)

Le Monde du 18 septembre 2001

Sur l’Arabie saoudite

La dictature protégée, Jean-Michel Foulquier, Albin Michel

Rapport d’Amnesty International : Campagne sur l’Arabie saoudite et Rapport annuel de 2000

Courrier International du 11 octobre 2001

Le Monde du 12 octobre 2001

Jeune Afrique du 19 octobre 1989

Afrique-Asie n° 122 de novembre 1999

Sur les Emirats

Les Etats du Golfe, de la prospérité à l’implosion, Ferhad Rad-Serecht, Editions ESKA


[1Dans son n° 61 de novembre 2001, Lutte de Classe a publié cet article évoquant les liens d’Oussama Ben Laden et de Khaled Ben Mahfouz avec certaines institutions financières. Sur la foi de rapports publiés précédemment dans la presse, cet article met en cause notamment la banque SBA, Société Bancaire Arabe, et la London Trust Bank. Il s’agit cependant d’une confusion, et les organismes ayant diffusé ces informations, ainsi que l’Assemblée nationale qui les avait reprises dans une note, les ont démenties par la suite.

Nous précisons donc, sur requête des sociétés mises en cause, que la London Trust Bank et la banque SBA, Société Bancaire Arabe, n’ont aucun rapport avec Khaled Ben Mahfouz et Oussama Ben Laden, contrairement à ce qui est écrit dans cet article.

[2Au sujet de la légende entretenue en France sur le commandant Massoud, Le Monde Diplomatique rappelle quelques faits : « Les exactions de l’Alliance du Nord qu’il dirigeait sont pourtant innombrables. Parmi les plus notables, l’exécution de 3000 prisonniers talibans en mai 1997, lors des combats autour de Mazar e-Charif et le pillage ainsi que le viol systématique des femmes hazaras (minorité chiite) lors de la prise d’un quartier de Kaboul en mars 1995. Ce dernier exploit fut alors dénoncé par le département d’Etat américain. Mais les Etats-Unis non plus n’ont pas de mémoire. » (numéro de novembre 2001, p 23, sous le titre « légende »).

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