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DOSSIER : Europe : la conquête de l’Est par le capital de l’Ouest, mythes, réalités et conséquences

Une classe ouvrière plus forte

Mis en ligne le 2 mai 2005 Convergences Politique

Faut-il avoir peur de l’élargissement de l’Union européenne à de nouveaux membres ? Les travailleurs polonais, baltes, hongrois, slovaques et autres, sont-ils nos concurrents ? Ce type de questions se pose depuis que la classe ouvrière existe. Et les peurs sont entretenues par nombre de politiciens car, c’est bien connu, moins les travailleurs sont unis, mieux les exploiteurs se portent.

Les révolutionnaires ont toujours pris le contre-pied de ces méfiances. Car l’abolition des frontières est en soi une bonne chose pour la classe ouvrière qui ne peut en sortir que renforcée à terme. La recherche de profit pousse les capitalistes à mettre à bas tous les obstacles à la circulation des marchandises, dont les frontières. Les capitaux de Renault, Saint-Gobain, Alcatel et tant d’autres s’investissent là où les perspectives de profits sont attractives. Ce faisant, ils contribuent, bien malgré eux, à unifier les économies, les peuples... et les classes.

Ainsi l’élargissement de l’Europe à l’est signifie-t-elle, en même temps que de nouvelles perspectives d’exploitation pour le patronat de l’Ouest, la possibilité pour des dizaines de millions de travailleurs de prendre conscience d’intérêts toujours plus communs. Les salariés de France Télécom, la Lyonnaise des Eaux, Dim, Carrefour ou la Société Générale, pour ne prendre que ces quelques exemples d’entreprises françaises solidement implantées dans les Peco, ont les mêmes patrons, qu’ils travaillent à Varsovie, Prague, Bucarest ou Paris. Un ouvrier slovène de Renault a le même exploiteur qu’un ouvrier français de cette entreprise. Et lorsque Renault annonce les plus gros profits de son histoire, comme il l’a fait récemment, nul doute que cela suscite des aspirations salariales identiques en Roumanie, en Slovénie comme en France !

Mêmes aspirations et donc, si nous prenons conscience de ce fait, peut-être mêmes luttes. Car les classes ouvrières des pays de l’Est sont aussi des classes qui se battent, malgré la confusion politique qui règne dans ces pays prétendument « ex-communistes », malgré l’extrême faiblesse du mouvement ouvrier politique, voire l’extrême désorganisation du mouvement syndical. On assiste d’ailleurs parfois, face à des politiques anti-ouvrières identiques, à une convergence des luttes entre Est et Ouest. L’exemple de l’année 2003 est frappant : d’importants mouvements sociaux ont eu lieu parmi les cheminots tchèques, qui ont fait reculer leur gouvernement sur la cure d’amaigrissement qu’il voulait leur faire subir. Dans le même pays, le gouvernement a également dû reculer sur son plan de décentralisation de l’éducation. Il ne reste certes plus grand-chose de Solidarnosc, l’organisation qui avait pris la direction du puissant mouvement des années 1980 qui avait fortement contribué à ébranler la dictature stalinienne - à part un ancien leader syndical devenu ex-président libéral et réactionnaire... Mais cela n’empêche pas la Pologne de connaître ces dernières années des mouvements de grèves pour les salaires ou les emplois.

Car les licenciements dont sont victimes les travailleurs français n’épargnent pas ceux de l’Est, souvent du fait des mêmes groupes d’ailleurs. C’est ainsi qu’à l’instar des « Lu » français en 2001, les ouvriers polonais de Danone ont organisé une campagne de boycott de la firme pour protester contre la fermeture de l’usine de Jaroslaw. Ils ont été imités par ceux du groupe suisse Nestlé, en grève contre la fermeture d’un site de Poznan. Ce mois d’avril encore, une délégation de Solidarnosc est venue au siège parisien de France Télécom se faire écho de la protestation des salariés de l’opérateur de téléphone TPSA, détenu à 47,5 % par France Télécom, contre la suppression de 3 500 postes sur un effectif de 30 450.  [1]

Les ripostes des travailleurs européens sont encore très partielles et fragmentées. Mais elles répondent à des problèmes semblables - toujours plus semblables. Au point que des syndicats, souvent pourtant loin d’être des tenants de la lutte de classe internationale, se sont senti ces dernières années tenu d’organiser des « euromanifs » : de celle du 6 décembre 2000 à Nice qui regroupa 50 000 participants à la dernière en date du 19 mars 2005, où des dizaines de syndicats belges, allemands, français, italiens, espagnols et polonais, ont manifesté ensemble pour la défense des services publics.

Certes ces « euromanifs » ont plus été un geste symbolique qu’une action destinée à entamer un combat uni par-delà les frontières. Elles montrent tout de même que parmi les militants ouvriers européens il y a bien une certaine conscience que ce combat serait nécessaire [2].

C’est pour unifier les différentes classes ouvrières que s’est créée à la fin du XIXe siècle la Première internationale, dont Marx a écrit le programme. À cette époque d’expansion du capitalisme industriel européen, les travailleurs français et anglais avaient ressenti le besoin de s’unir contre des briseurs de grève que leurs bourgeoisies respectives importaient pour casser leurs luttes. La réunion de fondation, en 1864, comprenait des travailleurs anglais, français, allemands, italiens, irlandais, suisses et polonais.

Une telle union internationale des travailleurs fait aujourd’hui cruellement défaut. Si l’élargissement européen, et l’invasion - avec toute sa brutalité - de l’Est par le capital de l’Ouest, contribuent tant soit peu à la remettre en route, ce sera un immense progrès pour les luttes à venir.

Laurence VINON


[1Depuis la prise de participation de l’opérateur français, les effectifs ont fondu, passant de 70 000 en 2000 à 36 170 en 2003. Et en 2004, 6 000 nouveaux emplois étaient supprimés...

[2Les opinions populaires de l’Est sont souvent en désaccord profond avec les politiques réactionnaires de leurs dirigeants, y compris sur le plan international. Lors du soutien général des chefs des Peco à la guerre américaine en Irak, 70 % des Polonais s’y déclaraient hostiles. Des manifestations contre la guerre ont rassemblé 50 000 personnes à Budapest. Et un journaliste tchèque notait que « la guerre en Irak a fait émerger les liens entre les populations d’Europe de l’Est et de l’Ouest ».

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