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Un pays qui se tient sage, un film de David Dufresne

30 septembre 2020 Article Culture

Pour son film, le journaliste David Dufresne, qui a enquêté sur les violences policières lors du mouvement des Gilets jaunes [1], a imaginé un dispositif assez original. Il a invité des universitaires, écrivains, manifestants, journalistes, avocats et policiers à confronter en tête-à-tête – toujours à deux, sans intervention du réalisateur – leur avis sur « le monopole de la violence physique légitime » de l’État. Cette formule du sociologue Max Weber est régulièrement revendiquée par des hommes d’État de tous bords, notamment par le ministre de l’Intérieur Darmanin il n’y a pas longtemps. Les invités visionnent en outre des extraits vidéo des violences policières perpétrées lors des manifestations des Gilets jaunes. S’amorce alors sous nos yeux toute une réflexion sur la violence d’État, y compris par ses principaux protagonistes.

Les interventions les plus pertinentes viennent de celles et ceux qui ont participé au mouvement et qui justifient les soulèvements par la violence du capitalisme et d’un État qui assure le maintien d’un système de domination. « Quel ordre les forces de l’ordre protègent-elles ? » On peut néanmoins regretter que certains aspects importants soient tout juste esquissés, comme les violences institutionnelles et notamment l’action de la justice – violence feutrée mais réelle – qui complète l’arsenal répressif de l’État. Une autre limite est le trop grand nombre d’interventions qui s’en tiennent à une idéalisation de la démocratie bourgeoise. Un État qui ne protège pas ses citoyens, qui ne respecte pas le contrat social ne peut exercer de violence légitime, nous dit ainsi en substance un avocat. Comme si l’État pouvait servir à autre chose que protéger les riches contre la masse des pauvres… La dernière partie du film, consacrée à une réflexion sur la démocratie, peut laisser penser qu’un régime où chacun a le droit de manifester et d’exprimer ses désaccords dans des débats est une démocratie réelle et qu’« une police républicaine au service du peuple » est possible. C’est certainement là qu’on entre dans le débat « de classe » : démocratie, mais laquelle, bourgeoise ou prolétarienne ?

Pas de vrai pouvoir sans pouvoir de décision, selon nous. Qu’on puisse s’exprimer est une chose. Décider de l’organisation sociale et la mettre en place en est une autre ! « Un pays qui se tient sage », tel est le rêve de tout État bourgeois qu’il prenne la forme d’une démocratie – bourgeoise s’entend – ou d’une dictature. Le film s’en tient ainsi globalement à une dénonciation d’une dérive répressive de l’État français ces dernières années, sans aborder la fonction de l’État dans la société capitaliste et sa division en classes sociales antagonistes. Les questions sur le contrôle éventuel de la police (comment ? jusqu’où ?) sont cependant très intéressantes, d’autant plus au regard de l’actualité des derniers mois. Et surtout, ce film réveille en cette rentrée un peu morose le sentiment d’urgence d’en découdre avec un ordre social par trop injuste, y compris et surtout par ces images où les violences policières prennent tout l’écran.

Barbara Kazan


[1Il est notamment à l’origine de la plate-forme internet « Allô Place Beauvau » relayée par Mediapart, qui recensait et documentait les cas de violences policières.

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