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Un aperçu sur l’actualité politique en Algérie

24 mars 2022 Article Monde

Nous publions ci-dessous quelques informations et points de vue militants qui nous viennent d’Algérie, sur la situation politique et sociale dans ce pays, et les réactions face à la guerre d’Ukraine.

Sur le plan des attaques antisociales, le président Tebboune marque le pas

Le président Abdelmadjid Tebboune semble marquer une pause dans son élan de démantèlement des acquis sociaux. Après une batterie de mesures d’inspiration libérales : dévaluation du dinar, fermeture d’entreprises, licenciements et relance des privatisations… pilotées par son Premier ministre Aïmene Benabderrahmane, et le vote dans la loi de finance de la suppression des subventions des produits alimentaires, Tebboune procède au gel temporaire de cette dernière décision. Dans la foulée, il promet une allocation chômage pour primo demandeurs d’emploi, et une réévaluation du point indiciaire qui pourrait générer des augmentations de salaire.

Pour le moment, ce ne sont que des annonces, qui suscitent de l’attente, même si travailleurs et chômeurs sont bien conscients que de telles mesures ne sont guère suffisantes pour rattraper le pouvoir d’achat en baisse, grignoté par l’inflation galopante couplée à une rareté sur le marché de certains produits alimentaires, objets de spéculation comme le sachet de lait et l’huile de table.

Pénuries organisées

Cette situation de pénurie et de renchérissement est notamment causée par le diktat des grossistes, qui ont le monopole sur les circuits de distribution et refusent d’alimenter le marché : une façon pour eux de contester la décision de l’État d’exiger d’eux le payement par chèque des gros achats. C’est par ailleurs le détournement de la poudre de lait afin de fabriquer d’autres produits dérivés (fromages, yaourts…) plus rentables pour les patrons.

Des pénuries savamment organisées qui perdureront tant qu’aucun contrôle des circuits de distribution ne sera institué par les masses : les grossistes continuent à dicter leur loi, souvent rassurés par les décisions de l’État, qui finit toujours par leur céder, et ils font passer leurs profits avant nos besoins. Et c’est la population qui en subit de plein fouet les conséquences ; en plus des prix élevés de ces produits, il faut faire la queue pour en acquérir.

Cette situation risque malheureusement de se compliquer à l’approche du ramadan (début avril) ce mois de « jeûne » qui est aussi mois de spéculation par excellence. Et cela risque de s’accentuer avec le renchérissement des prix du blé sur le marché international, conséquence directe de la guerre en Ukraine, sachant que l’Algérie reste un gros pays importateur de blé.

Un mécontentement social toujours présent

Cependant, l’Algérie détient encore une marge de manœuvre, surtout avec les prix du gaz et du pétrole qui connaissent une augmentation vertigineuse, dépassant parfois la barre des 130 dollars le baril, permettant à l’État d’absorber en partie le choc des hausses de prix à la consommation. Mais ne soyons pas naïfs : l’inflation et les pénuries ne sont pas dues à des facteurs externes seulement, bien qu’ils puissent y être pour quelque chose. Elles sont surtout la conséquence de la spéculation et du monopole sur les circuits de commercialisation et de distribution des grands marchands. Et ceux-ci obtiennent leurs licences grâce à leurs relais au sein de l’appareil d’État. Sinon comment expliquer l’envolée du prix de la pomme de terre dans un pays qui en produit pourtant suffisamment ? Les grossistes qui détiennent le marché disposent des capacités de stockage dans des chambres froides qui leur permettent ensuite d’écouler les denrées alimentaires au prix qu’ils veulent, au grand dam des consommateurs.

Cette situation perdure et alimente la colère de la population, qui s’exprime à travers certaines luttes de travailleurs ou par le désespoir qui alimente le phénomène des harragas (ceux qui tentent d’émigrer par tous les moyens de fortune). Et bien souvent aussi, simplement dans une sorte de repli, d’attentisme, après deux années de Hirak et de mobilisations populaires qui ont fini par s’éteindre.

C’est de cet attentisme que le gouvernement actuel, pourtant en déficit de légitimité (un président et un parlement élus avec si peu de votants), sans grande base sociale, puise sa force. C’est ce qui lui offre une marge de manœuvre pour dérouler sa « feuille de route », mais une feuille hésitante, alternant quelques promesses qui tempèrent ses objectifs de politique d’austérité, et répression ciblant notamment certaines figures ou militants du Hirak, maintenant que le mouvement est retombé. Depuis la fin de celui-ci, les masses ont repris leur vie ordinaire, mais sans pour autant se résigner. Ce qui pourrait réserver quelques nouveaux sursauts. D’où la prudence de Tebboune dans ses attaques.

Fin du Hirak, mais pas de l’intérêt porté aux questions politiques

Les gens discutent politique, s’intéressent y compris aux questions internationales. Et en ce moment commentent l’intervention russe en Ukraine.

Sur ce point précis, on assiste plutôt à un soutien tacite à la Russie par détestation, fort légitime, des grandes puissances occidentales ex-coloniales, de l’Otan, et de leurs interventions militaires. La dénonciation de la politique du « deux poids deux mesures » est quasi générale, et chacun cite des exemples d’agressions, de colonisation (Palestine, Irak, Libye, Yémen) qui n’ont pas fait sursauter d’indignation l’Occident impérialiste qui en est complice ou en est carrément responsable. Les voix qui habituellement s’alignent sur la propagande atlantiste se font moins bruyantes que d’habitude tandis que Tebboune se mure dans une neutralité qui penche du côté de la Russie.

Mais un chien mouillé n’en sèche pas un autre, et on a trop tendance à oublier que, question oppression des peuples, la Russie n’a rien à envier aux vieilles puissances impérialistes occidentales.

Le gouvernement algérien entre deux feux

Le gouvernement algérien, lui, fait le grand écart.

D’un côté, il reçoit à Alger la vice-ministre des Affaires étrangères américaine puis le ministre des Affaires étrangères italien, Di Maio, avec lesquels les discussions ont fait la part belle aux questions gazières. Car l’intervention militaire russe en Ukraine et les sanctions américano-européennes qui en ont découlé font planer la menace de la pénurie du gaz en Europe – le continent dépendant des approvisionnements russes. Ce qui incite ces pays à chercher des sources de rechange et à se tourner vers l’Algérie, comme ils se tournent vers le Venezuela et l’Iran, jusque-là considérés comme États parias soumis à embargo. Et l’Algérie peut dès maintenant profiter de la hausse des prix sur le marché mondial, même si la perspective d’augmenter les quantités de gaz vers l’Europe n’est pas envisageable à court terme. De l’autre, il ne va pas jusqu’à fâcher son allié russe avec lequel il est lié par bien d’autres aspects (dont l’armement).

Le bourbier dans lequel s’enfonce le Sahel est pour le gouvernement algérien à double tranchant. La situation sécuritaire y est de plus en plus préoccupante, donnant aux frontières de l’Algérie une région de terrorisme et de trafics en tous genres. L’enlisement de la France et son retrait du Mali sous la pression de la rue ouvrent le champ à l’intervention de nouvelles puissances et dessinent de nouvelles alliances. Le Mali se rapproche de la Russie et prône le retour à « l’accord d’Alger » tandis que les populations du Niger et du Tchad contestent la présence française sur leur sol.

L’Algérie, qui jusque-là s’était abstenue de toute intervention, lorsque la France aurait bien voulu qu’elle lui offre des troupes supplétives dans la région, s’efforce de promouvoir son rôle de puissance régionale se proposant d’œuvrer contre le terrorisme, pour la paix et la stabilité de la région. Tout en ménageant là aussi la chèvre et le chou : après avoir fermé son espace aérien aux militaires français en réponse aux propos hostiles de Macron, les deux États semblent se diriger vers un rapprochement et l’Algérie ouvre à nouveau son espace aérien tout en exigeant plus de respect de la part de son partenaire français.

Difficile de comprendre tous les calculs et enjeux, les alliances qui se font et se défont au gré des circonstances. Mais il va sans dire que bien des événements au niveau international ou régional bousculent en ce moment les puissances déjà établies, au profit d’autres puissances qui veulent se faire elles aussi une place au soleil.

Il n’y a rien de bon à attendre pour les peuples dans ces jeux de bascule, quelles que soient les démagogies qu’utilisent les gouvernants pour parer leurs calculs de vertus humanitaires ou nationales.

Reste la voix des travailleurs et des peuples qui peuvent se faire entendre au-delà des frontières pour stopper les guerres, les interventions impérialistes et rétablir le contrôle sur leurs richesses spoliées par les multinationales et leurs relais locaux. D’où la nécessité de réaffirmer haut et fort nos principes anti impérialistes, internationalistes de solidarité entre les peuples souvent soumis aux mêmes problèmes et victimes des mêmes politiques capitalistes qui créent les inégalités, la misère et aiguisent les conflits et les guerres.

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