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Sur un piquet de Transdev, vendredi 17 septembre 2021

20 septembre 2021 Article Entreprises

Semaine 2, J5 :

Alors que la brume matinale couvre encore un pâle soleil, une vingtaine de grévistes est déjà sur le piquet ce vendredi. Est-il nécessaire de redonner les chiffres de la grève ? C’est du 100 % chez les roulants, encore et toujours. Un gréviste annonce avec fierté : « On va vers notre troisième semaine de grève. » Il a raison d’être fier. Avec ses collègues, ils tiennent tête à ces patrons qui les méprisaient tellement qu’ils ne les imaginaient pas capables d’une telle réaction. Le moral aussi est haut, et les vannes fusent. Un gréviste arrivé un peu après les autres se justifie : « Je dois amener ma gosse à l’école à huit heures, il n’y a pas de bus ! – Salauds de grévistes ! »

Ce matin, un conducteur de métro de la ligne 3 est venu apporter son soutien. « On ne s’attendait pas à être vus comme ça. Tous ces collègues qui viennent, ça fait plaisir ! » Des militants du NPA aussi sont venus, et font remarquer qu’un article sur la grève est même paru aux États-Unis, dans un journal militant [https://speakoutsocialists.org/pari...]. Un petit journal, certes. Mais outre-Atlantique aussi un bus est un bus, et partout dans le monde les patrons essaient de raboter les conditions de travail des salariés pour augmenter leurs profits. Qui sait combien de travailleurs la grève de Transdev pourra inspirer ?

Tout en observant d’un œil expert la manœuvre d’arrimage d’un semi-remorque, les grévistes discutent entre eux de se projeter vers l’extérieur. « Lundi on va à Cesson ou à Marne-la-Vallée ? – À Cesson j’ai entendu qu’ils avaient besoin de soutien, mais à Marne-la-Vallée leur grève va commencer donc ça pourrait marquer le coup. » La question reste en suspens, et il faudra attendre le piquet de lundi pour se décider. Certains des grévistes parlent de faire des vidéos pour populariser leur grève. « Moi je ne me mets pas en avant, je ne suis pas couvert comme les délégués. Après la fin de la grève, la direction va faire la chasse, et je ne veux pas que ça me tombe dessus. – Mais moi non plus je ne suis pas couverte ! Mais regarde : si la direction vient m’emmerder après la grève, est-ce que tu viendras me défendre ? – Bah oui, bien sûr ! – Alors tu vois, ça vaut mieux qu’une couverture ! »

Vaux-le-Pénil, Ponthierry : même combat !

De même qu’hier un convoi de grévistes s’était déplacé à Lieusaint, c’est Ponthierry qu’on va soutenir aujourd’hui. Les collègues sont contents de la visite. La particularité de ce dépôt est qu’il rassemble deux DSP (délégations de service public), la 16 et la 18. Cette division administrative cache mal que dans l’une ou l’autre, c’est le même boulot que font les conducteurs et mécaniciens. Et les mêmes conditions de travail inhumaines que veulent imposer les patrons. Un gréviste avait fait remarquer à la directrice qu’avec les changements de feuille de service et les amplitudes, il ne voyait presque plus sa famille. Réponse : « Moi j’ai une boîte à gérer, je ne suis pas assistante sociale. » Mais la division en deux DSP a comme effet que la no 16 n’est pas en grève. C’est la stratégie patronale de diviser pour mieux régner. Peut-être cette visite de la 18 à la 16 pourra-t-elle motiver les collègues ? En tout cas, elle change l’ambiance du dépôt – un gréviste a de nouveau tiré des feux d’artifice.

Un peu de sucre dans votre TI ?

De retour à Vaux-le-Pénil, le barbecue s’organise tranquillement, autour de discussions sur les revendications. Un gréviste interroge un collègue de Lieusaint : « On m’a dit qu’hier ils vous avaient proposé des trucs ? – Oui, ils veulent qu’on reprenne, et ils disent que dans deux semaines ils nous donneront ce qu’on veut. – Mais c’est quoi vos revendications ? – Nous on ne lâchera pas sur le TI. Enfin moi c’est ce que je pense, mais je ne sais pas s’il y a des revendications officielles. [1] » À Lieusaint, c’est depuis janvier qu’ils expérimentent les nouvelles combines patronales. Autant dire qu’ils les connaissent dans leur chair. « En fait c’est le TI qui fait qu’on travaille neuf heures payées sept, et les deux autres indemnisées à 50 %. En fin de compte, ce qui se passe, c’est que le TI c’est l’attaque des patrons. Il faut du TTE. Pas la peine de chercher plus loin. »

Comme prévu, à 14 heures 30, les délégués montent. « Tu penses qu’il y aura des avancées ? – Non, franchement ils nous font mariner, c’est tout ce qu’ils font. – À Lieusaint ils n’ont rien lâché non ? Alors ici non plus. – Oui j’ai vu, il y a une vidéo qui tourne sur les réseaux sociaux, on voit le RH bégayer devant les grévistes. » La police est arrivée depuis peu. Un policier demande : « Vous êtes en grève jusqu’à quand ? – On ne peut pas vous dire, on a mis une date de début, mais pas de fin ! »

Après 45 minutes de négociations, les délégués redescendent. L’un d’entre eux prend la parole devant 70 grévistes, avec un micro qui marche mal. « Il n’y a pas trop d’avancement sur le TI… ils ont retiré cinq minutes. » Les grévistes n’ont pas l’air convaincu. « Après il ne faut pas se mentir, ‘‘avant c’était avant’’. Nous on représente les grévistes, on a une responsabilité, on doit négocier. On veut bien avoir du TI... mais seulement sur les pauses ! Seulement quand je mange mon grec ! On veut bien faire un geste. » Quelques grévistes secouent la tête. « Il y a un grand avancement. La direction nous prend au sérieux, dû au 100 % pendant deux semaines. Et c’est pas fini ! » Les délégués doivent remonter pour discuter d’autres sujets. Un gréviste de Ponthierry les interpelle. Est-ce qu’ils parlent de ce dépôt dans les négociations ? « On n’en parle pas, parce que c’est la DSP 18. Donc les conditions qu’on aura à Vaux-le-Pénil, on les aura aussi à Ponthierry. » Mais ces accords concerneront-ils les collègues de la DSP 16 ?

Les conversations continuent dans l’après-midi. Les réactions sont mitigées. « Moi je voudrais qu’on se tienne à huit heures de travail payées huit heures de travail. Mon bus c’est pas un mobil home, je ne suis pas chez moi pendant ma pause. – En tout cas ce qu’ils proposent ça ne vaut pas deux semaines de grève. On peut aller chercher bien plus ! » En commençant par aller chercher leurs collègues de Lieusaint, Cesson, Bailly-Romainvilliers, Gagny, Chelles, ceux du réseau Marne-et-Morin, ou encore ceux de la RATP, Keolis, et bien d’autres encore, les grévistes de chez Transdev Melun Val de Seine pourraient en effet passer à la vitesse supérieure et laisser sur place le patronat des transports.

Simon Vries


[1« Temps indemnisé ». Pour une explication de cette novlangue patronale, voir l’article https://www.convergencesrevolutionn.... On trouvera dans cet article non pas les revendications de Lieusaint, mais une proposition pour des revendications qui pourraient fédérer le monde du transport, de sorte à amener dans la grève contre l’attaque patronale actuelle les différents métiers des différentes entreprises et des différentes branches du secteur.

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