Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Accueil > Les articles du site

Sur un piquet de Transdev, à Vaux-le-Pénil, lundi 13 septembre 2021

13 septembre 2021 Article Entreprises

Semaine 2, J1 : Mission extension

« Tu peux marquer dans ton journal qu’on est déterminé à ne rien lâcher. » La grève à Vaux-le-Pénil a tourné la page de sa première semaine : détermination intacte. « Aujourd’hui je suis en vacances, mais je viens quand même au piquet. Et lundi je reprends le travail. Enfin, je veux dire, je me remets en grève. » Pour lutter contre le froid des premières heures, un deuxième fût est installé, pour brûler des palettes. « deuxième semaine de grève, deuxième fût. On installera le troisième lundi prochain ! » Désormais, les grévistes entrent et sortent comme ils veulent du dépôt. Une petite pierre empêche le verrou magnétique de la porte de se sceller. Ce n’est pas la directrice qui fait la loi ici. Et c’est bien plus qu’un caillou dans la chaussure du patronat des transports.

Discussions sur les conditions de travail : « Tu savais qu’en trois mois, sur les 300 salariés du dépôt, il y a eu 245 arrêts maladie ? Ce n’était jamais arrivé avant. Même moi, dans ces conditions, je ne sais pas si je ne vais pas en faire un. » Un gréviste imagine un échange avec la directrice : « Quand vous fumez vos clopes au balcon, vous êtes payée à 100 %, non ? Bah nous aussi on veut ça. »

Spontanément, des grévistes se rassemblent en cercle et écoutent un délégué venu d’un autre dépôt. Il parle de ce qu’il connaît, les autres écoutent attentivement. C’est la grève, beaucoup cherchent comment la construire. Un gréviste lance : « J’ai appelé RMC ce matin, j’ai tout expliqué, et laissé mes coordonnées... Mais rien. – C’est bizarre, ça fait une semaine qu’il n’y a plus un seul bus à Melun, pourquoi personne n’en parle dans les médias ? – Quand tu sais que les grands médias sont possédés par les grands patrons, tu comprends qu’ils ne veulent pas donner des idées de grève à d’autres salariés... Il faut être son propre média. – Exactement ! » De fait, quand les médias ont parlé de Transdev, c’était pour se réjouir de l’appel d’offre remporté à Marseille.

« …si tout le monde vient, on pourrait être six dépôts du 77, et sept dépôts du 95 ! »

Certains grévistes se préoccupent de l’extension de la grève. « Transdev Setra, à Brie-Comte-Robert, j’ai entendu que les conditions sont tellement pourries que les collègues changent tout le temps. Personne ne reste longtemps. Pourquoi ils ne nous rejoignent pas ? Pourtant s’ils faisaient grève en même temps que nous, ça nous renforcerait et ils pourraient aussi profiter du mouvement général ! » Un gréviste appelle Saint-Gratien (95), où un autre dépôt Transdev a commencé une grève. Il met l’appel sur haut-parleur, et évoque le rassemblement du lendemain à Saint-Ouen : « À partir de 8 heures 30, si tout le monde vient, on pourrait être six dépôts du 77, et sept dépôts du 95 ! Si tout le monde venait, ça ferait du monde ! » Dans un tract signé « La CGT, RATP bus », un gréviste remarque la phrase : « L’extension de la grève aux dépôts de bus de la RATP modifierait le rapport de force en notre faveur. » Il souligne : « C’est bien dit ! » « Plus on est nombreux à demander pareil, plus ça a de chances d’aboutir ! » Refuser l’augmentation de la durée des journées de travail, la réduction des temps de pause ou de préparation, ou encore que le planning change d’une semaine sur l’autre : il y aurait bien des revendications communes entre les grévistes de Transdev et les salariés de la RATP.

Un autre petit groupe discute peu après : « Tu penses quoi de faire une seule table de négociation avec la direction ? Il faudrait que les représentants des grévistes de tous les dépôts se retrouvent pour faire des revendications ensemble. Sinon le DRH va aller de dépôt en dépôt et essayer de les faire reprendre un par un. – Le problème, c’est que les dépôts n’ont pas les mêmes activités. Par exemple Ponthierry c’est beaucoup de scolaire, les vacations en deux fois ça les arrange. – C’est sûr qu’il y a des particularités, mais il y a aussi une base commune. Par exemple sur le temps de travail par jour... – Oui mais eux demandent 8 heures à ce que j’ai compris, nous on veut 7 heures 30. – Peut-être qu’on pourrait les pousser à demander 7 heures 30 ? Ils ne doivent pas être contre. »

Survol des avions de chasse… et prise de parole d’Olivier Besancenot

L’événement de la matinée, c’est la venue d’Olivier Besancenot. Alors qu’un délégué annonce qu’il va prendre la parole, des avions de chasse survolent le piquet. « C’est pour nous ça ! Première sommation ! » Mais le micro passe quand même à Besancenot, qui commence modestement, devant 120 grévistes. « Vous savez mieux que moi les raisons que vous avez d’être en grève. Je suis là pour voir comment on peut vous aider. Au NPA, on est des militants révolutionnaires, on est là pour aider les grèves à s’étendre et aller jusqu’au bout. » Il enchaîne : « Les patrons vous ont mis dans un laboratoire, celui de la mise en concurrence. Ce qu’ils vous proposent comme nouvelles conditions de travail, il faut un GPS pour comprendre où ça va. Mais le vrai, c’est que vos conditions se sont radicalement dégradées. Ce qui est net, c’est que quand on bosse 45 heures, il faut être payé 45 heures ! » Il connaît la dégradation des conditions de travail : « Moi je bosse à La Poste. Comme beaucoup d’entre vous, j’aime mon métier. Mais quand on te donne plus les moyens de faire ton taff correctement, au bout d’un moment tout le monde a son seuil de saturation. Donc le fait que vous soyez à 100 % en grève c’est pas anodin. » Puis il propose un objectif et une stratégie, qui étaient déjà discutés par des grévistes plus tôt. « En fait, il faudrait un seul secteur des transports publics, basé sur les accords les plus hauts en termes de salaires mais aussi de conditions de travail, c’est-à-dire les accords qui ont été arrachés dans les mobilisations. » Mais comment les contraindre à plier ? « Dans les trucs qui les inquiètent, je vous dis juste d’expérience de gréviste : d’abord c’est l’argent, parce que mine de rien ça rentre pas pour eux. Même s’ils ont des cagnottes, mine de rien, ça compte. Mais c’est le risque d’extension surtout qu’ils n’aiment pas. Parce que pour eux c’est stratégique, il faut négocier dépôt par dépôt. La simple volonté d’extension, ça les inquiète, ayez le bien en tête. » Il termine en citant les paroles d’un gréviste : « En fait, vous avez déjà gagné, parce que vous ne vous regardez déjà plus pareil. Ils essaient qu’on ne fasse rien d’autre que bosser et regarder nos pompes. Mais vous avez relevé la tête. Et quand vous rentrerez ici, avec vos victoires, il y aura des gens qui regarderont leurs pompes, et ce ne sera pas vous ! Donc force à vous et plein de courage. » Les applaudissements sont nourris. « Merci d’être venu ! »

Un tract en vue sur les revendications ?

Un gréviste prend ensuite le micro. Il enchaîne sur l’idée d’extension : « Il faudrait peut-être faire un tract, qui donne nos revendications. Pour les usagers, pour qu’ils sachent pourquoi on fait grève, mais aussi pour les collègues. À Saint-Gratien, ils sont en train de reprendre. Il faudrait réussir à éviter ça, en leur montrant qu’on est la même grève ! » Un autre lui répond : « Ici à Vaux-le-Pénil, la grève est forte et on a des revendications hautes. On ne peut pas s’aligner sur les revendications des autres dépôts, parce que sinon ça va nous tirer vers le bas. Il faut qu’on reste déterminés ici, on lâche rien ! » Il est applaudi. Les grévistes ont l’après-midi pour s’emparer de la question posée : vaut-il mieux se replier sur un bastion solide, ou tendre la main à d’autres dépôts en difficulté ?

Transdev, la SNCF, Keolis, la RATP, etc., font une chaîne. « Ça pourrait même faire “effet boule de feu” » lâche un gréviste…

En attendant, un conducteur SNCF du RER D raconte comment la SNCF aussi est touchée par les appels d’offre. Un gréviste commente : « On est dans un système capitaliste où on presse les salariés pour faire du fric, c’est pas bon. Ils nous pressent comme des jus de citron, et ils font tout pour éviter une réaction en chaîne. » L’idée est bien que Transdev, la SNCF, Keolis, la RATP, etc., font une chaîne. Ça pourrait même faire « effet boule de feu », lâche un gréviste.

Un délégué termine la prise de parole en rappelant l’événement du lendemain. « 5 heures sur le piquet, on monte en car ! ». Un gréviste confie : « J’ai jamais fait de manif de ma vie. Enfin demain c’est un rassemblement, mais ce sera ma première fois. » Le rendez-vous est donné, les grévistes comptent bien l’honorer. Demain, ça sera la première fois que les grévistes des trois lots pourront se compter, et voir de leurs propres yeux qu’ils sont dans la même grève. Même endroit, mêmes revendications, même grève.

Simon Vries

Mots-clés : | |

Imprimer Imprimer cet article Réagir Réagir à cet article