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Sur un piquet de Transdev, à Vaux-le-Pénil, lundi 6 septembre 2021

6 septembre 2021 Article Entreprises

Premier round : victoire par KO

Il est 4 heures 30 à Vaux-le-Pénil, et les premiers conducteurs arrivent comme d’habitude sous les étoiles. Mais cette fois, ce n’est pas pour prendre leur service : c’est pour installer le piquet de grève. « Salariés en colère, chauffeurs à l’arrêt », autant dire que ça ne va pas beaucoup rouler aujourd’hui. On annonce un quasi 100 % de grévistes. L’un d’entre eux résume l’ambiance : « En dix ans de boîte, c’est la première fois que je vois autant de détermination. » « Ils ne pensaient pas qu’on pourrait réagir comme ça, mais là c’était un manque de respect. »

Les nouvelles conditions de travail sont à « dégoûter de travailler ». Avant, l’emploi du temps était à l’année, maintenant il peut changer d’une semaine sur l’autre. « Ils s’en foutent si ça chamboule notre vie. » Ils ont décidé aussi d’augmenter l’amplitude horaire, et de ne pas payer les pauses dans la journée, même si la pause dure plusieurs heures, qu’elle est loin de la maison, même s’il n’y a rien à faire dans le coin où elle arrive, parfois même pas de toilettes. Enfin pour être juste, ils paient... les sept premières minutes. À côté, Transdev c’est sept milliards de chiffre d’affaires. Mais ils font parfois travailler 45 heures, payées seulement 35. Ce n’est pas seulement mesquin de leur part. C’est en grattant sur chaque salarié qu’ils font ces fortunes. Sauf que cette fois, ils sont tombés sur un os.

« C’est ma première grève. À la télé j’en avais déjà vu, mais j’imaginais pas ça comme ça, je la voyais avec des 100 000 personnes. Là on est moins, mais on est déterminés, ça va durer jusqu’à ce que la direction nous donne ce qu’on veut. » Il y a bien 100 grévistes sur le piquet quand le soleil commence à monter. La majorité d’entre eux sont du dépôt, mais certains viennent de Ponthierry qui y est rattaché, et quelques-uns sont venus d’autres piquets de la région – Moissy et Lieusaint entre autres. Car il n’y a pas qu’à Vaux-le-Pénil que ça se bagarre. Et s’ils se réunissaient toutes et tous, il faudrait plusieurs bus bien tassés pour les transporter.

Les grévistes se rassemblent, un délégué annonce : « vu qu’on est tous là, la directrice va sortir. » Les avis sont partagés : à quoi ça sert de lui parler, vu qu’elle connaît déjà nos revendications, et que c’est sûr qu’elle ne va pas changer d’avis ? « C’est un cyborg », à part qu’elle et le reste de la direction se sont quand même installés un balcon avec vue, donc un cyborg qui tient à son confort. Mais quand même, que les grévistes soient en bas, ça la force à descendre, et c’est déjà une démonstration de force qui fait plaisir.

La directrice descend donc bien contrainte de ses hauteurs. Elle se met d’abord au milieu de la route, et tente une blague : « Je compte sur vous pour me prévenir si une voiture arrive derrière ! » Personne ne se marre. Si elle vit dangereusement, c’est son problème. Finalement, elle va se mettre devant l’entrée et commence son discours. Plusieurs fois elle promet que ce ne sera pas long. Mais dans tous les sens du terme, elle ne tient pas sa parole. Elle essaie vraiment d’endormir les grévistes qu’elle traite comme des enfants : « Un peu de silence, je vous donnerai la parole après. » Comme si ce n’était pas l’assemblée qui l’autorisait à prendre la parole ! Mais elle comprend bien vite que dans la grève, ce n’est pas elle qui commande. Elle parle, elle parle, puis l’indignation éclate. Après tout son couplet moralisateur sur le respect qu’on se doit les uns les autres (« elle dit ça parce qu’elle a peur qu’on casse le matériel, mais c’est notre outil de travail, on n’est pas des sauvages »), un gars prend le micro : « Vous parlez de respect, mais c’est vous qui nous manquez de respect avec les conditions de travail que vous voulez nous mettre ! Ça veut dire quoi ne pas payer des heures de travail ? Et quand ma femme me demande quand est-ce que je travaille la semaine prochaine et que je ne peux pas lui répondre, c’est pas ça nous manquer de respect ? » L’assemblée applaudit, la directrice transpire. Elle veut arrêter la discussion, en répétant encore une fois qu’elle négociera avec les délégués. « Ça concerne pas que les délégués, vous avez un micro, parlez-nous ! » Elle qui avait commencé en disant que la grève était « un échec des deux côtés », elle commence à comprendre que c’est surtout elle qui est en position d’échec, et les grévistes en position de force, et ça se voit qu’elle a peur. La peur se voit aussi dans la réaction des directions des autres dépôts. Ils ont peur que tous ces travailleurs qui ont « les mêmes revendications » joignent leurs forces et deviennent impossibles à contenir. Alors ils ont déjà proposé à Moissy des revendications partielles, et le paiement de deux jours de grève. C’est dire ce qu’ils flippent ! Mais les grévistes ont refusé. C’est dire comme cette grève pourrait aller loin !

« Au départ je pensais pas faire plus d’un jour, j’avais jamais fait grève, je suis arrivée il n’y a pas longtemps. Mais les autres m’ont dit, alors... Et là c’est bien, sauf la directrice qui parle trop. – Il faudrait lui dire : vous allez nous donner ce qu’on veut ? Non ? Alors vous pouvez remonter. » Finalement, elle est remontée. Aux grévistes d’aller chercher leurs collègues sur les autres dépôts pour aller prendre ce qu’ils veulent.

Simon Vries

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