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Sur un piquet de Transdev, à Vaux-le-Pénil, mardi 7 septembre 2021

7 septembre 2021 Article Entreprises

Demain on sera là !

Le collègue intérimaire qui a tenté cinq fois de sortir un bus était attendu au tournant, avec un stock d’œufs bien frais pour brouiller le pare-brise. « C’est pas contre lui », bien au contraire. À la sortie du dépôt, il se colle au braséro, et les grévistes lui offrent des viennoiseries. « Solidarité », c’est le mot important, parce qu’il a fait 18 mois en CDD avec Transdev, promesse d’embauche au bout. Mais leurs promesses, on sait ce qu’elles valent. « Aujourd’hui s’il est rappelé, c’est seulement parce que ses anciens collègues font grève. » Pour lui ce sera un droit de retrait.

Pour les autres, la grève continue. Elle a commencé de nouveau à la fraîche, preuve s’il en fallait que la détermination est toujours là. Les discussions portent d’abord sur les conditions de travail. « En été, même s’il fait chaud, parfois on n’ose pas boire parce qu’on sait que ça va tomber dans la vessie, et qu’on n’a que trois-quatre minutes de pause. On ne peut pas laisser le bus n’importe où, donc parfois c’est impossible. Et la direction va directement sur de la sanction. » Le braséro devant nous fait des panaches de fumée. « L’autre fois, un collègue a fumé une clope dans le dépôt. C’est vrai qu’on n’a pas le droit. Mais après un service de neuf heures, il faut comprendre. – C’est les services de neuf heures qui devraient être interdits ! – Ouais, mais c’est à lui qu’on a dit que c’était un motif de licenciement. »

Petit à petit, le soleil se pointe et les doudounes siglées Transdev tombent. La discussion continue : « 43 heures par semaine, je ne sais pas faire. Quand on conduit aussi longtemps, c’est une vraie fatigue psychique. Ça peut même devenir dangereux. Quand on est fatigué, le bus c’est une arme qu’on a entre les mains. – Surtout quand on est du matin. On commence à 4 heures 30, ça veut dire lever à 3 heures 30 pour ceux qui n’habitent pas à côté. L’heure qu’ils ont rajouté là, c’est pile l’heure à laquelle tu piques du nez. Même moi, je suis sportif, je m’endors. C’est trop dangereux, mais ça ne les intéresse pas. »

Sur le coup de 10 heures 30, les grévistes essaient de rentrer dans le dépôt avec une élue d’opposition au conseil régional, à qui la directrice avait promis une entrevue. Mais cinq agents de sécurité barrent le passage. « C’est nôtre dépôt ! Regardez comment ils négocient, ils ne nous laissent même pas rentrer ! » « La directrice a embauché un commando. – C’est ça le dialogue social ! » « Elle ramène 40 gars de la sécu, pourquoi ? C’est pour provoquer les gens. » Un gréviste lance aux agents de sécurité : « On est comme vous on est des prolétaires ! On vous file des cannettes et vous, vous fermez les portes. » Il n’y a rien à négocier avec la direction. Les grévistes ressortent finalement et recommencent à discuter entre eux, avant de se rendre compte que la directrice a appelé la police. Pour elle, c’est plus économique que la sécurité, ils font le travail pour rien.

Plusieurs grévistes sont bien remontés par tout ça, et il y a une prise de parole devant 80 personnes. Ce sont surtout les élus qui parlent, rappelant que pendant la pandémie, les conducteurs étaient en première ligne. « Et on n’a rien obtenu pour ça ! » lance un gréviste. Tous applaudissent le ton combattif, et le slogan « Flamant, démission ! » résonne sous les vitres de la directrice. Une discussion était prévue entre elle et les délégués, mais après ça, ce n’est plus l’ambiance. Mais on reste sous ses fenêtres, avec du son et bien visibles pour qu’elle voie qu’on discute, pour maintenir la pression, « qu’elle claque des dents là-haut ».

Il n’y a pas que les conducteurs dans la grève. Les contrôleurs, qui ont gagné une bagarre il y a six mois, sont aussi de la partie, on comprend pourquoi. « C’est la politique du chiffre. En plus à Melun, beaucoup de gens sont dans la galère. On flingue de la misère. » Un autre ajoute : « Moi les quotas, j’en ai rien à foutre. Je ne suis pas un vendeur. Mon métier c’est renseigner et faire descendre la fraude, en renseignant les gens. Là ils nous demandent des 7 PV par jour et 120 validations. » « Travailler plus pour gagner moins », et dans de pires conditions, c’est ça la politique de Transdev.

L’après-midi se poursuit dans une ambiance décontractée. Le premier barbecue de grève est lancé. Pour le compléter, tout le monde apprécie le geste du kebab au bout de la rue : ils ont apporté un caddie entier de boissons et de chips, en solidarité. Une voiture d’auto-école passe. La monitrice s’arrête pour demander les revendications des grévistes, et reconnaît parmi eux deux anciens élèves. « C’est grâce à vous que je conduis Madame. – On voit où ça amène ! Vive la grève ! » On espère que les clients aussi auront des gestes de solidarité comme ça. Après tout, la plupart ont des conditions de travail aussi lamentables. Peut-être que la grève pourrait leur donner des idées ? Un gréviste conclut : « La journée d’aujourd’hui ? Je la trouve très satisfaisante. On reste tous déterminés. Ils pensent qu’on va céder sur des miettes. Mais demain on sera là. »

Simon Vries

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