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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 91, janvier-février 2014 > DOSSIER : Centrafrique, Françafrique : la spirale guerrière

DOSSIER : Centrafrique, Françafrique : la spirale guerrière

Sud-Soudan : L’ONU veille à la sécurité pétrolière

Mis en ligne le 14 janvier 2014 Convergences Monde

Voisin de la Centrafrique, le Sud-Soudan connaît aussi la guerre. Depuis quelques semaines s’affrontent les milices et les fractions de l’armée fidèles à l’ancien vice-président Riek Machar, originaire d’une communauté d’éleveurs (les Nuers), et les troupes officielles du président en place, Salva Kiir, l’homme au chapeau de cow-boy originaire de la communauté Dinka. L’un et l’autre avivent les rivalités communautaires et régionales pour resserrer autour d’eux leurs troupes. Mais, si le président en place se pose en chef de file de la communauté majoritaire dans la population et qui monopolise les postes de commandement, son rival a sa base dans la principale région pétrolière du pays. Et les rivalités qu’on nous présente comme « ethniques » ont une forte odeur de pétrole.

Là, ce n’est pas la France qui est maîtresse du maintien de l’ordre. Ce sont les USA, sous couvert de mission de l’ONU, comme il se doit. Mais les causes et les recettes se ressemblent. Tout en appelant à un renfort des troupes de l’ONU sur place (elles sont de 7 000 hommes et il en veut 5 500 de plus) le secrétaire général de l’ONU, Ban Kimoun, s’est adressé pompeusement au peuple sud-soudanais : « Les Nations Unies se sont tenues à vos côtés dans la voie de l’indépendance. Nous resterons à vos côtés aujourd’hui ».

C’est vrai, toutes les grandes puissances avaient salué comme une victoire, en juillet 2011, la coupure du Soudan en deux, et l’accession à l’indépendance du Sud après une guerre de 22 ans qui aurait fait plus de 2 millions de morts et 4 millions de réfugiés. Au nom de la liberté des peuples du sud ? Plutôt au nom du pétrole, puisque c’est dans ce Sud-Soudan, qui compte 11 millions d’habitants (contre 35 millions dans le nord), que se trouve la quasi-totalité des ressources pétrolières de l’ancien Soudan.

Est-ce à dire que la population du Sud-Soudan, libérée de la tutelle de Khartoum, allait devenir riche ? Ou même simplement moins pauvre ? Non. Un petit reportage d’un journal américain (cité par Courrier International) décrivait en juin dernier la capitale du Sud-Soudan, Jouba, ville de 350 000 habitants sur les bords du Nil blanc : dans les rues, on blanchit l’argent sale ; une flopée de petits affairistes du monde entier affluent, bercés par des rêves de fortune dans une économie qui « pourrait croître de 70 % en un an » selon des experts occidentaux ; et où « les banques poussent aujourd’hui comme des champignons ». Il est vrai que celles-ci prennent leurs précautions, comme explique le reportage : lorsqu’une banque « accorde un prêt à une épicerie, par exemple, il lui arrive d’envoyer des responsables sur place quatre fois par jour pour prélever de l’argent directement dans la caisse ». Et la population de Jouba regarderait avec quelque rancœur les petits affairistes indiens, éthiopiens, voire hongrois qui tiennent une bonne partie des commerces et « n’embauchent pas de gens du pays ».

Mais les vrais prédateurs, les grands, ne se risquent pas dans les rues peu sûres de Jouba. Ils sont à la Défense, dans la tour de Total qui contrôle la plus grande concession pétrolière du Sud-Soudan, 120 000 km2 (le cinquième de la surface totale de la France) ; aux USA, véritables parrains du jeune Sud-Soudan indépendant, et même en Chine dont la National Petroleum Company est la première exportatrice de pétrole soudanais.

Après avoir créé la situation d’aujourd’hui, on comprend la préoccupation de la « communauté internationale », comme on dit, représentée ici par les USA et l’ONU, à ne pas laisser exploser ce nouvel État qu’elle a aidé à mettre au monde, et même à ménager maintenant ses relations avec le Soudan du nord sans les pipe-lines duquel le pétrole du sud n’atteindrait pas la mer Rouge.

O.B.

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