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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 91, janvier-février 2014

« Révolution fiscale » ou « Révolution sociale » ?

Mis en ligne le 14 janvier 2014 Convergences Politique

« Révolution fiscale », c’est le cri de guerre lancé par le Front de Gauche pour appeler à sa manifestation du 1er décembre contre la hausse de la TVA et par son orateur Mélenchon qui, tout en s’en désolidarisant, se voulait plus rouge que les Bonnets rouges protestant contre l’écotaxe. Certes, l’injustice fiscale avec l’augmentation de la TVA d’un côté, les cadeaux aux patrons de l’autre, ne se réduit pas, et de loin, à l’écotaxe. Et elle a de quoi révolter. Mais la « révolution fiscale » qu’il faudrait lui opposer, selon cette « gauche de la gauche », n’est qu’un simple emprunt au Parti socialiste.

Du programme électoral du PS…

C’est l’économiste Thomas Piketty, conseiller du PS, qui l’avait mis en titre de son livre, « Pour une révolution fiscale », paru en 2011 (écrit avec deux collègues, Camille Landais, Emmanuel Saez). Hollande avait repris la formule à son compte. C’était la campagne électorale.

Piketty et ses collègues dénonçaient dans leur livre, bien documenté, le fait que « Les patrimoines ne se sont jamais aussi bien portés depuis un siècle. Le patrimoine privé représente actuellement l’équivalent de près de six années de revenu national, contre moins de quatre années dans les années 1980, et moins de trois années dans les années 1950 » [1]. Mais ils n’en cachaient pas moins le but, fort limité, de la « révolution » qu’ils proposaient : rétablir « le lien de confiance entre les citoyens et l’impôt », pour une meilleure « acceptation des réformes et des efforts à partager » et une meilleure « équité, en particulier entre revenus du travail et revenus du capital ».

Notre économiste avait même sa méthode, expliquée dans un autre livre : « En l’absence de toute action publique de redistribution, le partage effectif du revenu entre capital et travail dépendra (...) de l’état présent des rapports de force entre capitalistes et travailleurs. » Il ajoute : « Historiquement, ce type de conflit est la raison d’être des syndicats ». Et voilà les travailleurs réduits à lutter pour rétablir l’équilibre entre le capital et le travail.

Élu, Hollande n’est évidemment même pas allé jusque-là. Il a fait le contraire.

… au leurre du Front de gauche

Et ce serait maintenant aux déçus du PS, sous la houlette de Jean-Luc Mélenchon et de Pierre Laurent, de reprendre au PS son programme électoral. Belle perspective !

Pour une « fiscalité juste » soumise au contrôle « démocratique »  ? Mais ce contrôle prétendument « démocratique » qu’ils nous proposent n’est en fait qu’un contrôle bureaucratique, exercé par des agents institutionnels congénitalement liés et subordonnés au patronat et aux banquiers qu’ils sont censés contrôler. Et, s’il y a des impôts encore plus injustes que d’autres (la TVA notamment) il n’y a pas d’impôt juste tant que le capitalisme domine la société. D’autant que les capitalistes et les entreprises qu’ils possèdent répercutent tout ce qu’ils paient (y compris les impôts) sur ceux qui travaillent (par des baisses de salaires) et sur nous tous, par la hausse des prix.

C’est bien là d’ailleurs que se place la supercherie consistant à prétendre faire de la lutte contre la fiscalité injuste la nouvelle perspective des luttes sociales : chanter les perspectives d’une meilleure gestion de l’État, en épargnant les patrons de revendications salariales qui handicaperaient la « compétitivité de la France » aussi chère à Mélenchon qu’à Montebourg.

L’effet immédiat de l’actuelle hausse de la TVA sera une nouvelle hausse des prix qui s’ajoute à la baisse du pouvoir d’achat des salaires que nous connaissons depuis des années. Et, s’il faut dénoncer l’injustice fiscale, la lutte à l’ordre du jour est contre les licenciements et pour la hausse des salaires.

L.B.


[1Thomas Piketty, Camille Landais, Emmanuel Saez, Pour une révolution fiscale, éd. Seuil, 2011, p. 23

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