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Sharon, le pire ennemi des israéliens

1er mars 2002

Arafat ressemble de plus en plus à l’âne qui court après la carotte... que lui tend Sharon juché sur son dos. Voulant donner des gages de « bonne volonté », il a fait arrêter la semaine dernière des assassins présumés du ministre israélien du tourisme Zeevi (une sorte de Le Pen local, prônant l’expulsion manu militari de tous les Arabes au-delà du Jourdain !). Il n’a reçu pour récompense qu’une nouvelle rebuffade : le gouvernement israélien l’a autorisé à circuler librement dans Ramallah, mais s’il veut sortir de la ville, il devra en « faire la demande personnellement au premier ministre Ariel Sharon ».

Sharon, lui, continue l’escalade de la terreur, les bombardements, les destructions de maisons, les expulsions, les vexations en tout genre, l’asphyxie de l’économie palestinienne. Il se propose maintenant la création de « zones tampons » le long des frontières des territoires occupés et autour des colonies, « partout où vivent des citoyens d’Israël ».

Les accords d’Oslo de 1993 étaient une concession d’Israël face à l’ampleur de la révolte de la population palestinienne. Mais aussi une concession bien plus grande d’Arafat et de l’OLP. Ceux-ci s’engageaient à faire se tenir tranquilles les Palestiniens, à assurer la paix, en échange de quelques parcelles d’autorité sur des confettis de territoires. Les gouvernements israéliens n’en ont pas moins continué la colonisation, implanté de nouvelles colonies, grignoté toujours plus Jérusalem-Est, construit des routes de sécurité morcelant la Cisjordanie, capté l’essentiel des ressources en eau. Ils réservaient finalement à Arafat le rôle d’un dictateur dans quelques bantoustans palestiniens. Le dirigeant palestinien n’a pas rechigné à entrer dans ce rôle. Maintenant que Sharon dit vouloir le traiter en « terroriste » et le met au pied du mur, il ne lui reste plus qu’à zigzaguer entre de nouvelles concessions (mais lesquelles lui reste-t-il à faire ?) ou à appeler à l’aide la communauté internationale. Mais le gouvernement américain, renforcé par sa démonstration de force en Afghanistan, soutient à fond Sharon dans sa politique de répression, et l’ONU comme les puissances européennes s’alignent sur les volontés de Bush, malgré quelques petites et timides critiques.

Mais Sharon lui aussi mène son peuple dans une impasse tragique. Il prétendait il y a un an, quand il a pris le pouvoir , « tout faire, et même plus encore, pour apporter le calme, la paix et la sécurité ». Sa politique de terreur contre les Palestiniens ne parvient pas à mater leur révolte. Elle fabrique de plus en plus de désespérés, prêts à se faire exploser au milieu de civils israéliens sous la direction des intégristes du Hamas. Au total, depuis le début de cette nouvelle révolte, plus de 15 000 Palestiniens ont été blessés, 974 tués. Mais 276 Israéliens aussi sont morts, pour la plupart des civils fauchés par les attentats. Où sont la paix et la sécurité pour eux ?

Un espoir du côté israélien ?

Sharon n’a que la guerre à proposer aux Israéliens. Cela signifie une vie de plus en plus difficile, la crise (le PIB a reculé de 7 % en 2001), de plus en plus de chômeurs, toujours plus d’argent enlevé aux hôpitaux et aux écoles pour aller à l’effort de guerre. Cela veut dire aussi que l’engrenage de la violence va continuer et qu’il y aura de nouveaux attentats.

Il y a quand même quelques raisons d’espérer. Pas grâce à la gauche israélienne, car le parti travailliste, qui a lui-même continué la colonisation après les accords d’Oslo, s’accroche au char de Sharon et cautionne tous ses crimes. Mais Sharon et les faucons de son gouvernement, de gauche ou de droite, sont maintenant contestés en Israël même : il y a deux semaines, 15 000 personnes ont manifesté à Jérusalem contre la politique de guerre. Au sein de l’armée, une cinquantaine d’officiers et de soldats ont pétitionné pour dire qu’ils refusaient désormais de participer aux opérations dans les territoires occupés, « à la colonisation » et « aux exactions contre les Palestiniens ».

On est certes encore très loin du refus de la guerre du Liban, qui en 1982 avait mis dans la rue plus d’une centaine de milliers de manifestants. Les sentiments de ces contestataires sont certainement très variés et confus, mais c’est un début nécessaire pour prendre conscience qu’il n’y a qu’une solution pour sortir de la situation sanglante actuelle : l’armée d’Israël doit quitter les territoires occupés, abandonner les colonies et reconnaître les droits des Palestiniens, à commencer celui d’avoir leur propre Etat. Qu’il ne saurait y avoir de paix pour les Israéliens s’il n’y a pas de justice pour les Palestiniens.

Bernard RUDELLI

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