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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 93, avril-mai 2014

Se plaindre du Front national ou combattre sa politique ?

Le Front national est le seul parti à avoir connu une poussée significative aux élections municipales. S’il a avant tout reçu le renfort d’une frange de l’électorat traditionnel de la droite qui oscille régulièrement entre le FN et l’UMP, il a aussi fait des scores importants dans certains quartiers populaires.

Du neuf avec du vieux

Cela ne donne pas raison à tous ceux qui se complaisent à présenter le FN comme le « premier parti ouvrier », pleins de mépris envers les classes populaires. Rappelons que toute une partie des salariés, la plus exploitée, est étrangère et donc exclue du vote. Et que c’est l’abstention qui progresse de manière bien plus spectaculaire dans la classe ouvrière que dans les autres couches de la société. Mais la percée, même relative, des opinions d’extrême droite dans notre classe est préoccupante, tout comme le fait qu’une frange de la jeunesse, y compris dans les milieux populaires, se laisse prendre aux poses « anti-système » des leaders d’extrême droite et leurs affidés..

Il serait stupide d’évoquer aujourd’hui le danger fasciste. Car ni les ressorts du vote FN, ni l’ambition des dirigeants de ce parti n’ont à voir avec la montée de cette extrême droite que l’Europe a connue dans les années 1930, capable de faire le coup de poing contre les piquets de grève et les organisations ouvrières, dans un contexte où la bourgeoisie pouvait craindre une montée révolutionnaire.

Le Front national surfe sur le ras-le-bol de l’alternance entre une gauche et une droite qui mènent exactement la même politique. Mais il se garde bien d’en proposer une autre : il postule à être une « troisième force », capable de gouverner pour le compte de la bourgeoisie et il entend bien le démontrer dans les mairies conquises, avec les promesses habituelles de baisses d’impôts pour les plus riches, de subventions au patronat et d’économies sur les services publics.

Le FN au pouvoir

La démagogie nationaliste, sécuritaire et anti-immigrés (à laquelle s’ajoute la démagogie anti-euro et anti-Europe dans le contexte de préparation d’une nouvelle échéance électorale, européenne cette fois-ci), cette façon abjecte de détourner la colère des classes populaires et de monter les uns contre les autres au plus grand bénéfice du patronat, demeure le fond de commerce du parti d’extrême droite. Les deux mesures qu’il a mises en avant dans les mairies conquises sont le rétablissement du porc à la cantine (alors qu’il n’en avait jamais été banni) et la fin des subventions à la Ligue des droits de l’Homme.

Mais ce genre de coup d’éclat publicitaire raciste, le FN n’en a plus le monopole. C’est le gouvernement socialiste qui prend les mesures les plus xénophobes, qui vont bien au-delà du seul affichage démagogique. Valls se vante d’expulser plus de travailleurs sans papiers que Sarkozy. Il envoie sa police contre les bidonvilles roms et excite le racisme contre cette population pauvre parmi les pauvres. Il continue d’expulser de jeunes lycéens étrangers, même si régulièrement les mobilisations de leurs camarades de classe le forcent à reculer.

Ne pas laisser au FN le monopole de l’opposition

Ce qui permet à l’extrême droite de mordre sur l’électorat ouvrier, c’est le dégoût envers ce gouvernement socialiste honni pour ses mesures anti-populaires favorables au patronat. Alors que les gouvernements se succèdent et mettent en œuvre une politique de plus en plus proche de ses idées, c’est le FN qui profite du rejet des partis traditionnels, uniquement parce qu’il apparaît comme nouveau et « indépendant de l’UMP et du PS ». Un argument politicien puisque les programmes des trois partis sont semblables.

Aujourd’hui, combattre la progression des idées du FN, ce n’est pas se plaindre de ses scores électoraux. Ce n’est pas non plus, pas plus à l’occasion des municipales que des prochaines Européennes, axer sa campagne contre le « danger de l’extrême droite ».

Faire pièce au FN, c’est au contraire se présenter comme les vrais opposants de classe aux gouvernements anti-ouvriers, de France et d’ailleurs. Ce n’est ni d’appeler à un quelconque rassemblement électoral contre lui, ni de s’offrir le ridicule de vouloir interdire ses meetings pour mieux doper sa publicité. C’est avant tout proposer une politique pour notre classe, radicalement indépendante du PS et de ses alliés politiques comme syndicaux. Les organisations révolutionnaires, même faibles, ont tout à perdre à diluer leur programme et à s’accrocher à d’illusoires alliances du côté de cette gauche à vocation gouvernementale, même quand elle se prétend « à la gauche de la gauche ». Ce serait renoncer à notre existence politique, et à la possibilité, précisément, de représenter pour l’avenir la seule force politique prolétarienne susceptible de discréditer la démagogie d’extrême droite. La seule force ayant comme perspective une opposition ouvrière à ce gouvernement, sur le terrain de la lutte de classe.

12 avril 2014, Raphaël PRESTON

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