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Rentrée scolaire : le grand n’importe quoi

30 août 2020 Article Politique

Un protocole sanitaire allégé

Cette fois c’est bon, tout le monde revient en classe le 1er septembre alors que l’épidémie est en train de repartir à la hausse un peu partout dans le pays. Et pour que ce soit possible, le nouveau protocole sanitaire ne fait plus que six pages ! Finie la distanciation physique dans les espaces clos (salles de cours, cantines, internats et centres de documentation), bonjour le masque obligatoire à partir de la 6e et pour tous les adultes. Qui plus est, le masque devient « une fourniture scolaire » pour reprendre les mots de Blanquer : traduisez qu’il est donc à la charge des familles ! De quoi creuser un peu plus des inégalités déjà bien présentes… D’autant que des départements et des régions n’ont pas la même réaction, ou les mêmes finances, et que certains annoncent qu’ils fourniront des masques aux élèves quand d’autres ne le feront pas. Il n’y a bien sûr pas eu d’équipement de sanitaires dignes de ce nom, à hauteur des exigences nouvelles (et l’état actuel est parfois scandaleux), alors que partout il faudrait se laver les mains plusieurs fois par jour !

Méconnaissance des situations, ou baratin ?

Blanquer claironne dans les médias que le « brassage des élèves » sera limité : ainsi des élèves d’un niveau ne croiseront pas les autres. Ah bon ? S’est-on largement interrogé à propos d’une pareille annonce ? Serait-ce vraiment possible ? C’est bien sûr une vaste blague car de tels projets déambulatoires sont impossibles à mettre en place dans des établissements scolaires bondés, avec des emplois du temps chargés… Blanquer montre sa méconnaissance de la réalité, à moins qu’il ne mente ! Ne parlons pas des transports scolaires ou de la cantine où rien ne pourra empêcher les croisements d’élèves… sauf à les étaler sur trois ou quatre heures !

Bref, on l’a compris, ce qui compte c’est l’affichage d’une rentrée sous contrôle (comme le serait l’épidémie !) qui permettra enfin de décharger les parents de la garde de leurs enfants. Peu importe s’il y a des malades, et il y en aura, c’est certain, de l’aveu même du responsable de la Haute Autorité de santé… mais ce ne sera pas grave ! Ce dont on peut douter quand on sait que rien n’est prévu pour les personnels vulnérables (atteints de pathologies ou handicaps qui les rendent plus fragiles face à la Covid-19) qui n’ont plus droit au travail à distance, contrairement au reste de la fonction publique. Ils auront juste droit à des masques de protection de niveau 2 (pas des FFP2).

L’apparition de clusters dans les établissements scolaires n’est pas anticipée : les décisions seront locales : fermeture de classes, de l’établissement… le chef d’établissement décidera ! On imagine déjà le joyeux bazar de la mise en quarantaine, par classes seulement, qui imposerait à leurs profs confinés d’assurer l’enseignement à distance pour ces classes, mais aussi de le faire pour leurs classes non confinées – personne ne sait comment !

Des classes surchargées

La reprise partielle des cours en mai et juin derniers avait fortement mis en lumière le problème du nombre d’élèves par classe, bien trop élevé pour permettre la distanciation recommandée. Cela avait valu aux enseignants d’avoir – enfin ! – ces groupes à effectifs plus réduits qu’ils revendiquaient depuis longtemps. Il n’en est plus question aujourd’hui et les classes entre 28 et 30 élèves en collège, et entre 30 et 35 (quand ce n’est pas 36 ou 37 élèves) au lycée, vont redevenir la norme. Cela est dû aux suppressions de postes, et de classes, qui n’ont pas été abandonnées malgré la situation particulière et inédite. Là où en Italie des milliers d’emplois ont été créés dans l’éducation, rien n’a été prévu en France (si ce n’est l’abandon de certaines suppressions de postes du 1er degré annoncé au printemps dernier). Il est question de recruter 800 assistants d’éducation (nom actuel des surveillants ou « pions ») pour tout le pays. Autant dire que peu en sentiront vraiment les bénéfices quand on sait que les établissements sont largement sous-dotés !

Sur le fond, on continue droit dans le mur !

Dans ces conditions matérielles désastreuses, rien n’a été pensé non plus pour compenser les quasi six mois pendant lesquels les élèves sont restés sans cours. L’idée de reprendre comme si de rien n’était, avec des programmes et des exigences supposés prendre en compte les acquis des années précédentes, apparaît pourtant aberrante à n’importe qui… mais pas à Blanquer ! Non seulement il a refusé tout aménagement des programmes et des examens pour cette nouvelle année scolaire mais il affirme que ses réformes vont continuer à s’appliquer ! C’est le cas de la réforme du lycée, pourtant largement contestée l’an dernier. La réalité est que chaque enseignant va faire sa sauce dans son coin, aménager comme il peut ces exigences à la réalité des élèves. Et les inégalités scolaires et territoriales vont continuer à se creuser.

Pour Blanquer, entendre ce qui lui est demandé équivaudrait à reconnaître que l’étude à la maison a présenté de nombreuses failles et n’a pas remplacé l’école ; que les dispositifs de « vacances apprenantes » n’ont concerné que peu de monde et relèvent des opérations de communication dont il est coutumier. Et surtout, pourquoi se soucier des élèves qui seraient perdus dans la situation actuelle ? Pour le libéral qu’il est, le « marche ou crève » prime, les premiers de cordée, les enfants gâtés de la bourgeoisie s’en sortiront toujours. Ils ont leurs parents, des cours particuliers et un environnement socio-culturel favorable à leur épanouissement intellectuel… L’élève Macron et un certain nombre de futures fortunes du pays, ont ainsi fréquenté (pour exemple) ce lycée jésuite Saint-Louis-de-Gonzague des beaux quartiers parisiens, dit « Franklin », certes privé, mais sous contrat avec l’État ! Ce qui ne donne pas non plus que des bons résultats !

Liliane Lafargue

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