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Quand les sans-logis ébranlent la finance mondiale…

22 août 2007

Partie des Etats-Unis, la crise financière qui vient de secouer tous les continents révèle non seulement l’instabilité du système capitaliste, mais l’ampleur de la polarisation entre riches et pauvres, y compris dans le pays le plus puissant du monde.

Tout est parti du fait que des milliers de familles américaines, dans l’incapacité d’honorer les échéances de leur emprunt immobilier, ont été jetées à la rue. Du jour au lendemain, le rêve qu’on leur avait fait miroiter s’effondre : celui de pouvoir accéder, malgré leur pauvreté, à la propriété de leur maison grâce à des crédits dits « sub-prime ». Au début des années 2000, ces prêts avaient été consentis massivement à des pauvres, mais à la condition de taux variables et progressifs. Et les taux ont été revus à la hausse. Prévisible, la catastrophe était annoncée fin 2006 par une association américaine à but non lucratif qui estimait à 2,2 millions le nombre de foyers américains dans l’impossibilité de payer. Effectivement, au premier semestre 2007, en Californie – l’état le plus riche des USA – les saisies immobilières ont augmenté de 170% par rapport à la même période de l’année précédente.

Affirmant son « énorme empathie pour les gens qui ont perdu leur logement », le président américain G. Bush, s’est empressé « d’exclure toute idée de plan des sauvetage pour les victimes des expulsions ». Car ce qui préoccupe actuellement les dirigeants des Etats comme ceux des institutions financières, ce n’est nullement le sort des sans-logis, mais le déclenchement d’une crise qui ébranle le système bancaire et financier mondial. En effet, recyclés dans le système financier au travers de montages financiers sophistiqués, les emprunts des foyers américains surendettés ont fait l’objet d’une spéculation effrénée. Consentis au départ par les banques et d’autres organismes prêteurs, les créances de ces emprunts ont été cédées à des financiers sous forme de titres, puis revendues sur le marché obligataire et rachetées par des fonds de pension, des compagnies d’assurance, des « hedge funds » (c’est-à-dire des fonds non réglementés). Le surendettement de foyers américains touchés par la précarité est ainsi devenu un prétexte à spéculer. Car telle est bien une constante du capitalisme : bâtir des fortunes en exploitant la précarité des plus démunis !

Tant que c’était rentable, rien ni aucune autorité n’arrêtait le gonflement de cette bulle financière spéculative. Rien, jusqu’à ce que la crise éclate. La multiplication de défauts de paiement aux Etats-Unis, concrétisée par la mise en faillite d’établissements prêteurs spécialisés, a déclenché la réaction en chaîne de la panique financière. En effet, les montages financiers sont tellement opaques que personne ne peut savoir qui détient les titres adossés aux emprunts qui ne seront plus jamais remboursés, ni quelle est l’ampleur réelle des titres à risque. Et c’est ainsi que la mise en vente brutale par des investisseurs paniqués propage la perte de confiance dans l’ensemble du monde financier, bancaire et boursier, puisque tous ces mondes sont imbriqués. Suspendant les liquidités de trois de ses Sicav investies dans l’immobilier américain, la BNP- Paribas a attisé le vent de méfiance dans le monde de la banque, au risque de déclencher des cascades de faillites bancaires. Effrayées par la possibilité d’une interruption brutale des crédits aux entreprises, les bourses américaines, asiatiques, européennes, ont plongé dans la foulée.

Pour l’instant, l’éclatement de la bulle de l’immobilier américain a englouti des centaines de milliards de $, et continue de menacer l’économie réelle de récession. Pour juguler la crise en urgence et éviter qu’elle ne se transforme en krach mondial, les banques centrales européenne, américaine, japonaise ont injecté en 2 jours 150 à 200 milliards $ dans le circuit financier mondial. L’intervention massive et rapide des institutions étatiques pour faire face aux besoins de quelques dizaines de grandes banques est éloquente. Les besoins des peuples touchés par des catastrophes naturelles, humanitaires, ou même leurs besoins quotidiens, sanitaires et sociaux ne déclenchent pas autant de sollicitude !

Malgré les sommes colossales englouties, aucun des grands chefs d’Etat ou d’institutions financières ne peut prétendre que la crise est résolue. Et ce n’est pas le bla-bla d’hommes politiques comme Sarkozy prétendant « moraliser le capitalisme financier », ni celui de Lagarde affirmant le « système bancaire français solide » qui peut nous tromper.

Ce qui est sûr, c’est qu’aucune de ces mesures ne touchera à la spéculation et la course au profit. En réalité, les différentes interventions étatiques, ne visent pas tant à « sauver l’économie » qu’à défendre le taux de profit en nous le faisant payer. Le système sert par avance des revenus au capital financier. L’argent va à l’argent… mais à un moment, il faut payer avec des valeurs réelles. Et puisque le retour à la réalité se fait au travers de crises, tout leur problème, c’est de faire payer la note aux pauvres et aux travailleurs. Comme ils l’ont fait lors de précédentes crises en Amérique Latine, en Asie, en Russie. Mais aussi dans les pays riches par les licenciements, les expulsions de logement, et la remise en cause des droits sociaux.

Notre problème, c’est donc de nous organiser pour ne pas avoir à payer les crises de leur système. Et pour cela, nous n’avons rien à attendre des Etats préoccupés avant tout des intérêts des financiers et des plus riches. La réquisition des logements impayés, l’interdiction des licenciements, le maintien et l’amélioration de notre niveau de vie, voilà ce que nous devons avoir en tête. En attendant de renverser ce système dans lequel la production des richesses pour le profit de quelques-uns, se traduit par des catastrophes et la misère pour le plus grand nombre.

Simone CANETTI

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