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Accueil > Convergences révolutionnaires > Numéro 13, janvier-février 2001 > DOSSIER : La vache folle et les dérives de l’agriculture capitaliste

Quand le capitalisme investit les champs : Les surprises de la vache idéale

1er février 2001 Convergences Société

Alors, combien de morts ? Les experts sont divisés sur le nombre de victimes à venir de la forme humaine de la maladie de la vache folle en Grande-Bretagne. Quelques centaines « seulement » ? Plusieurs centaines de milliers ? Et il y a encore tous les autres pays, d’Europe et d’ailleurs (les plus pauvres en auront sûrement mangé plus longtemps), qui attendent leur tour.

Une catastrophe annoncée

L’« affaire de la vache folle », si elle prend aujourd’hui un tour panique, est pourtant une vieille histoire. Le premier cas d’encéphalite spongiforme bovine a été officiellement recensé en 1985. Il a bien fallu trois ans au gouvernement britannique pour qu’il arrête de faire manger des burgers aux fillettes de ses ministres devant les caméras de télés, et interdise – partiellement, certes – les farines animales dans la nourriture des bovins. Encore un an pour que le gouvernement français interdise aussi mollement l’importation des farines de Grande-Bretagne. Une interdiction qui n’a pas beaucoup dérangé, au contraire, le développement de ces importations en France, par des filières plus ou moins clandestines. Malgré les quelques 100 000 bêtes malades officiellement recensées au Royaume-Uni en 1993.

C’est que le marché du bœuf, en France, représentait en 1995 la bagatelle de 90 milliards de francs, et l’abaissement du prix des farines britanniques dû aux interdictions a permis de jolis surprofits aux trusts de l’agroalimentaire. En fait, depuis leur début, les gesticulations des différents gouvernements à propos des farines ont consisté en des mesures essentiellement « publicitaires », prises pour rassurer l’opinion publique, et prévenir les conséquences économiques de la catastrophe en cours !

Finalement, le krach bovin n’a pas été évité (les cours du bœuf en France ont connu des chutes de 40 % en une semaine à la fin novembre ; quatre millions de bêtes ont été abattues depuis 1996 en Grande-Bretagne) – et on attend la catastrophe sanitaire.

Faut qu’ça saigne !

Carcasses formatées aux hormones (cela permet un équarrissage standard…), pis dopés pour cracher leurs 10 000 litres de lait par an : ce ne sont plus des vaches, mais les fantasmes à cornes du productivisme agricole. De la folie ? Non ! La logique même du capitalisme sévissant à la campagne. C’est une recherche toute scientifique de gains de productivité qui a contraint les éleveurs, dans les années 70, à gaver leurs vaches aux protéines issues de cadavres de leur espèce ! C’est la course hyper-rationnelle aux économies sur les coûts de production qui a encouragé certains fabricants industriels à moins chauffer les farines ! Et c’est le jackpot des farines mal cuites qui a favorisé leur consommation massive…

La même logique agricole a réussi bien d’autres prodiges que la vache folle. Comment ce qu’on appelle la « mise en valeur de la terre » finit-elle par dévaster l’environnement ? Pourquoi les Etats dépensent-ils des sommes folles pour limiter la production (quand les sept dixièmes de l’humanité ont une alimentation insuffisante…), tout en encourageant la sur-productivité ? Par quel miracle les milliards de subventions accélèrent-ils la ruine des petits exploitants ? C’est le sujet de ce dossier, en nous limitant aux dégâts du « miracle agricole » dans les pays riches (ceux commis dans les pays pauvres méritant à eux seuls un autre dossier). Nous y évoquerons également d’autres logiques agricoles, celles que pourrait promouvoir une société socialiste – puisque sous le capitalisme le monde est et restera une marchandise.

Le 4 janvier 2001, Benoît Marchand

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