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Archives > Convergences révolutionnaires > Numéro 131, juillet-août 2020

Pour les licenciements, PSA a une longueur d’avance

Les annonces d’un plan de restructuration chez Renault avaient à peine «  fuité  » dans la presse que celui-ci faisait déjà grand bruit dans le landerneau post-confiné. Un plan de deux milliards d’euros d’économie, 15 000 suppressions d’emplois dans le monde dont 4 600 en France, il y avait de quoi. À côté, chez son alter-ego et «  concurrent  » national, le groupe PSA, pas (encore  ?) d’annonces fracassantes dans le cadre de cette sortie de crise sanitaire qui se mue inexorablement en crise économique. Pourtant, les attaques contre les travailleurs sont bien là aussi.

25 000 emplois supprimés en 10 ans

Il faut dire que, pour PSA, l’équation actuelle n’est pas la même que chez Renault  : en matière de restructurations, de plans d’économies et de destruction de capacités de production, le premier a comme qui dirait un train d’avance sur le second  : fermeture des sites PSA d’Aulnay, de Melun, de Meudon, d’Asnières, d’Hérimoncourt, de la Garenne-Colombes, du siège social près des Champs-Élysées déplacé en banlieue. Avec, en corollaire, en une décennie, la suppression de 25 000 emplois. En gros, les réformes structurelles ont déjà eu lieu – jusqu’aux prochaines  ? Elles se poursuivront d’ailleurs cette année par la fermeture de trois sites de moindre importance (sauf pour la bonne opération immobilière qu’elles représentent pour PSA... et pour ceux qui y travaillent  !) que sont Rueil-Malmaison et Gennevilliers dans le tertiaire et, pour la production, l’usine de Saint-Ouen. Quant au plan de départs volontaires enclenché il y a quelques années, il est toujours actif.

Mais c’est sans compter sur le mariage avec le groupe Fiat-Chrysler, qui devrait se concrétiser au premier trimestre 2021, et les économies d’échelle qui vont avec et risquent de se traduire par de nouvelles réductions d’emploi – ce qui n’est évidemment pas le souci de la Commission européenne  : si celle-ci fait mine de trouver à redire, c’est sur la situation monopolistique que cette fusion va créer dans le secteur des véhicules utilitaires. Diantre  ! Un problème de concurrence libre et non faussée  ! Comment protéger nos patrons les uns des autres  ?

Comme bien d’autres secteurs, celui de l’automobile est pris dans une nouvelle tourmente après celle de 2007 liée à la crise des subprimes. En Europe, les ventes de voitures, comparées à 2019, se sont effondrées de moitié sur les cinq premiers mois de l’année et la «  reprise  » ne semble pas être pour demain si l’on en croit les savantes projections des analystes du secteur. Mais, on le voit, les grandes opérations sont en cours pour se placer en tête dans la course aux profits.

PSA, roi de la flexibilité

Pour l’instant, les attaques contre les travailleurs concernent surtout les conditions et horaires de travail, les payes amputées par le chômage partiel, les intérimaires éjectés des usines et mis au chômage, les prestataires renvoyés à leurs patrons, qui, vu les plans d’économies chez les constructeurs automobiles ou dans l’industrie aéronautique, ont toutes les chances de les mettre demain au chômage.

Dans les usines PSA, la production tourne donc au ralenti depuis le 11 mai puisque la «  demande  » ne tire pas l’«  offre  » (la production) et que les stocks de véhicules invendus sont au plus haut, comme l’affirme doctement Carlos Tavares le PDG de PSA.

Profitant de ce contexte et de l’effet d’aubaine que représente le chômage technique encore pris en charge pour sa plus grande partie par l’État ou par les salariés eux-mêmes en prenant sur leurs congés, la direction du groupe prépare en parallèle une productivité et une flexibilité accrues dans ses ateliers.

Les 8 000 intérimaires présents avant le confinement dans les usines de PSA n’ont pour l’essentiel pas été repris. Des salariés PSA sont maintenus au chômage technique et ceux qui ont repris le chemin des usines se voient imposer des cadences de travail élevées, aggravées par les contraintes des mesures barrières et des heures supplémentaires le samedi.

Pendant que des ouvriers s’exténuent à la tâche, d’autres voient leur salaire amputé en partie avec les allocations partielles, puisque la règle valable pendant la période du confinement qui permettait de compléter en partie les salaires (tout en piquant déjà sur les congés des salariés) n’est plus de mise. Les jours de chômage partiel ne sont plus payés qu’à 84 % du salaire brut (sauf si vous êtres volontaires pour donner à PSA une partie des jours de congés annuel).

Alors que c’est la répartition du travail entre tous qui devrait être la règle.

PSA veut encore aller plus loin en juin en cherchant à faire venir plusieurs centaines de travailleurs de son usine polonaise de Gliwice, une usine du groupe Opel racheté par PSA à General Motors en 2017. Nous détaillons ci-dessous dans notre article Travailleurs polonais dans les usines PSA les réactions nationalistes et hypocrites des milieux politiciens et la façon, heureusement bien différente, dont les travailleurs ont pu percevoir ce problème.

Généralisation du télétravail  : la chloroquine du PDG pour soigner ses finances

Chez PSA la direction a annoncé début mai vouloir ériger en règle le télétravail. Ce serait sa grande découverte de la période du Covid-19. Le 6 mai, son DRH, Xavier Chéreau, déclarait  : «  Pendant la crise, nous étions environ 38 000 télétravailleurs. Aujourd’hui, […] ce sont près de 80 000 personnes potentiellement concernées par le télétravail » […]  à raison de «  un jour à un jour et demi par semaine physiquement au travail  ».

Par défaut, ce sera plutot jusqu’à quatre jours de télétravail par semaine. Une bonne façon pour PSA de réduire toujours plus ses surfaces de bureaux et réaliser ainsi de nouvelles économies sur ses frais fixes notamment (lire notre article L’arnaque du télétravail).

C’était prévisible, les patrons de l’automobile sont à la manœuvre pour pressurer un peu plus leurs salariés en profitant de la situation générée par le Covid-19  !

20 juin 2020, Christian Cochet


Un exemple des pratiques de la direction à PSA-Mulhouse

La direction fait tourner l’usine en une seule équipe  ; il y a un an, cette usine produisait plus de 1 000 voitures par jour contre autour de 150 aujourd’hui. Elle laisse donc des centaines de CDI au chômage, et déclare ouvertement qu’elle veut se débarrasser d’un sureffectif de 400 salariés. La direction multiplie les mails, lettres personnalisées, réunions collectives et convocations individuelles pour mettre les salariés sous pression et les envoyer «  au volontariat  » en déplacement à PSA Sochaux, Vesoul ou Metz-Borny. La direction peine à trouver des volontaires  : tout le monde sait qu’aller en déplacement, c’est risquer de revenir sans poste, rélégué dans un placard, étape vers la sortie définitive.

La direction pratique donc le harcèlement. Elle est allée jusqu’à convoquer certains salariés trois fois en une semaine, malgré leurs refus répétés. Elle convoque y compris des anciens de 57 et 58 ans. Elle menace les salariés de perdre 300 euros par mois avec le chômage, organise du chômage tournant ciblé pour pousser certains salariés à partir. Certains ouvriers craquent et acceptent à contrecœur.

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