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Porto Alegre : la mauvaise réponse à de bonnes questions !

1er février 2002

6 000 personnes à Paris pour le meeting d’ATTAC, plus de 50 000 attendues à Porto Alegre, le mouvement « anti-mondialisation libérale » semble avoir le vent en poupe. Proclamant « qu’un autre monde est possible », il séduit et attire un public apparemment de plus en plus large, et ce succès est largement relayé par la presse. La médiatisation dont il bénéficie n’est d’ailleurs pas un de ses moindres atouts. Certains journalistes ne vont-ils pas jusqu’à le présenter comme une nouvelle internationale de la contestation ?

Certaines des composantes de ce mouvement - qui ne se cache pas mais au contraire revendique haut et fort sa composition hétéroclite - ont le mérite de mettre le doigt sur quelques uns des vrais problèmes du monde actuel : depuis les attaques des acquis sociaux en France et en Europe jusqu’au pillage du Tiers monde, en passant par le rôle néfaste des capitaux spéculatifs qui se baladent sur la planète... on en passe, et des pires, tant la liste est longue. Certains dirigeants (ou plutôt « animateurs » pour reprendre leurs vocabulaires) comme Toni Negri trouvent même des accents révolutionnaires pour parler de la « lutte contre le capitalisme mondial » ou « d’une organisation mondiale des travailleurs ».

Pourtant on peut d’ores et déjà savoir qu’il ne sortira rien d’important pour les exploités et opprimés du monde du grand forum social de Porto Alegre seconde édition. Pas plus qu’il n’en était sorti de la première. L’anti-mondialisation telle qu’elle s’organise aujourd’hui ne peut que conduire droit dans le mur cette partie de la jeunesse à qui elle a pu faire découvrir l’engagement social et politique.

Ses propositions aboutiraient au mieux à un replâtrage du monde actuel. Même celles qui peuvent aider à propager l’idée qu’un autre monde est possible, cultivent en même temps l’illusion qu’il est possible... dans le cadre du capitalisme. Même les plus drastiques ne visent au fond qu’à rendre le fonctionnement de l’impérialisme (qu’elle préfère le plus souvent ne pas même appeler par son nom) un peu moins barbare ou brutal. C’est évident des plus anodines, comme celle de la trop fameuse taxe Tobin. Ca ne l’est pas moins des plus radicales, celle de l’annulation de la dette du Tiers Monde par exemple.

Nouvelles formes, vieille politique

De plus le mouvement n’ose même pas aborder franchement la question primordiale de quelle force pourraient faire aboutir ses solutions. Oh, à Porto Alegre on va sans doute parler abondamment d’organiser des contre-pouvoirs. Mais qu’est-ce à dire, sinon qu’on ne veut pas ou n’envisage même pas de détruire les pouvoirs actuels (ceux qui président à la « mondialisation libérale » justement) ?

Le baratin sur les nouvelles formes d’organisation en réseau non hiérarchisé, en relations horizontales, à l’image d’Internet, n’est pas seulement une démagogie misant sur la méfiance qu’ont de nombreux jeunes envers les partis politiques. C’est aussi un moyen de ne pas poser le problème de l’aboutissement, comme si le but ultime n’était que d’occuper cette jeunesse ou de donner un dérivatif à sa révolte.

C’est bien aussi en revanche le meilleur moyen de se retrouver avec des gens tels que Chevènement, Hollande, Mamère et une demi-douzaine de ministres de la gauche plurielle, voire des conseillers de Chirac, qui seront eux aussi à Porto Alegre. Le paradoxe qui veut que tout en s’appuyant sur l’afflux de déçus de la gauche traditionnelle le mouvement anti-mondialisation pourrait bien lui servir de nouveau marchepied, n’est qu’apparent. Fondamentalement c’est aux autorités en place, en France comme ailleurs, que le mouvement s’adresse, même lorsqu’il le fait sur le ton le plus critique et le plus rude.

Le succès d’un rassemblement comme celui de Porto Alegre montre que des révoltés par tel ou tel aspect de l’état actuel du monde existent en grand nombre et un peu partout.

Le problème reste de donner une autre réponse aux vraies questions qui vont y être débattues que celles apportées par les politiciens réformistes qui l’organisent. Et surtout une autre perspective à tous ceux qui se préoccupent de ces questions que l’organisation de grandes messes finalement destinées d’abord à la promotion de ces politiciens.

Oui, un autre monde est possible. L’organisation mondiale des travailleurs, nécessaire pour y parvenir, aussi. Tel qu’il s’annonce, le grand forum social de Porto Alegre ne constituera pourtant pas une étape dans la voie qui y mène.

Lydie GRIMAL

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