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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 117, janvier-février 2018

Plan étudiant : renforcer le tri social après le lycée

8 février 2018 Convergences Politique

Le temps des journées portes ouvertes (« JPO ») dans les facs est venu. Cette année, il s’agit de bien en profiter car, avec le « plan étudiant » de Macron, dès septembre, ce sera plutôt « facs fermées »… sauf si la jeunesse se fait entendre.

Depuis le 21 janvier, les élèves de terminale peuvent rentrer leurs dix vœux d’orientation post-bac sur la nouvelle plateforme « Parcoursup ». Pour chacun de ces vœux, ils doivent constituer un dossier comprenant notamment une lettre de motivation. Fini le bac comme seul visa nécessaire pour pouvoir s’inscrire à l’université. La loi « Orientation et réussite des étudiants » (ORE) va permettre aux universités d’accéder aux dossiers scolaires des élèves candidats afin de les classer selon certains « attendus » définis nationalement par filière et déclinés localement. Sur les critères de jugement, le flou règne. C’est le moins qu’on puisse dire. Pour les Staps (Sciences et techniques des activités physiques et sportives), il faudra par exemple « manifester un intérêt pour l’exercice de responsabilité collective, associative ou citoyenne ». Et quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup. En réalité, les facs – en concurrence les unes avec les autres – pourront chacune noter et classer les candidats selon les critères de leur choix, aussi discriminant socialement que l’académie d’origine, le niveau réel ou supposé du lycée fréquenté, la filière, les notes, les activités extra-scolaires, la maîtrise de la langue française ou anglaise, l’avis du conseil de classe… D’autres filières, comme le droit à Lyon 2, ont truffé leurs attendus de références obscures et pédantes pour décourager les candidats. L’autocensure fera le tri, aussi certainement que les administrations des facs.

Le « Parcoursup » du combattant

S’ouvre alors un chemin semé d’embûches. Si l’élève n’est pas jugé à la hauteur des fameux « attendus », alors l’établissement où il postule pourrait lui proposer des « remises à niveau ». Mais avec quels moyens alors que les facs sont déjà surchargées ? Pas une seule filière universitaire n’a l’intention de mettre en place ce genre de dispositif à la rentrée 2018. Et pour les licences « en tension » où le nombre de candidats excéderait le nombre de places, une partie des élèves sera laissée sur le carreau sur la base du classement opéré par les facs. Ce cas sera loin d’être l’exception : pour des raisons de démographie, le nombre d’étudiants augmente chaque année [1] alors que l’augmentation des places est loin de suivre la même croissance. Pour les élèves sans place à ce stade de la procédure, une commission du rectorat proposera une inscription arbitraire en dehors des vœux formulés. Réponse définitive attendue… sous 24 heures ! Boucher les trous en urgence quelque part ou ne pas avoir de place du tout, voici « l’orientation vers la réussite » donnée à des milliers de lycéens ! Le message est clair : pour les enfants des classes populaires, après le bac, direction Pôle emploi ou des boulots précaires et mal payés.

« Tirage au sort ou renforcement de la sélection, on n’a pas à choisir »

Le gouvernement justifie sa réforme dans les médias en disant que cela mettra fin à l’injustice du tirage au sort utilisé jusqu’à présent pour les filières en tension. Dans la même veine, on a pu entendre que cette sélection sur dossier serait plus juste car faite au nom du « mérite »… Le mérite d’être dans un lycée réputé de centre-ville, d’avoir la chance d’être épaulé par ses parents pour écrire ses lettres de motivation ou bien encore celui de pouvoir se payer des cours particuliers à plus de 20 euros l’heure ? Surtout, tirage au sort ou renforcement de la sélection, on n’a pas à choisir.

Une troisième voie existe : donner à tous les élèves une place dans les études de leur choix en augmentant sensiblement les moyens de l’enseignement supérieur. Et pas qu’une place, mais aussi les possibilités réelles d’y réussir.

Les études à la carte pour ceux qui ont les cartes

Le « plan étudiant » fait partie d’une vaste réforme de l’enseignement entamée par Macron. Bac, lycée, apprentissage, études supérieures : tout doit devenir modulaire, sans compensation entre semestres, ni possibilité de redoubler [2]. Une même logique à l’œuvre, le « tout à la carte » et l’individualisation des parcours. Dès le lycée, il s’agira de choisir ses matières pour commencer à construire son plan de carrière. À l’école Uber, l’étudiant sera l’auto-entrepreneur de sa scolarité. Mais qui connaîtra le mieux les arcanes du système pour se repérer dans le labyrinthe ? Terminée également l’épreuve nationale et anonyme du bac : le recours au contrôle continu donnera lieu à de véritables « bacs locaux » qui n’auront pas la même valeur selon qu’on est lycéen au quartier latin et autre centre-ville huppé ou dans un établissement à faible réputation. Une manière d’exclure un peu plus les enfants des familles populaires de l’accès aux études supérieures.

La colère monte : dans la rue le 1er février et après !

Seule une mobilisation d’ampleur pourra faire ravaler au gouvernement ses réformes et obtenir un droit réel aux études pour tous. Les initiatives de lutte commencent à fleurir un peu partout : AG, réunions publiques, pétitions… Dans certaines universités, les enseignants-chercheurs et les salariés administratifs ont déjà montré la voie à suivre en annonçant qu’ils refuseraient de mettre en place les « attendus » [3]. Ces derniers jours, des AG ont réuni plusieurs centaines de personnes comme au Mirail à Toulouse ou à Paris 1. Ces embryons de mobilisation convergent vers le 1er février où une journée de grève et de manifestation est appelée par une intersyndicale (CGT-FERC, FNEC-FO, FSU, SGL, Solidaires étudiants, Sud éducation, Unef, UNL, UNL-SD). Surtout, du côté des lycéens, les premiers concernés par toutes ces réformes, un petit vent de contestation commence également à se lever. Si personne ne souhaite revenir au tirage au sort, le renforcement du tri social voulu par Macron en indigne plus d’un.

À cela s’ajoute le sentiment pour les terminales de servir d’année « crashtest » pour le gouvernement au vu de la précipitation et de l’opacité avec laquelle est mise en place la nouvelle plateforme.

À Rouen, quelques centaines de lycéens sont passés à la vitesse supérieure : ils ont manifesté jeudi 25 janvier avant de se réunir en AG. À l’heure où nous écrivons, la date du 1er février commence à circuler un peu partout et pourrait bien donner le coup d’envoi d’une réelle mobilisation contre le renforcement de la sélection à la fac.

Hasard du calendrier, Alain Devaquet vient de décéder. Son nom restera associé à sa réforme avortée des universités en 1986. Il s’agissait déjà à l’époque de mettre en place officiellement la sélection à l’entrée de l’université. Mais un mouvement [4] de contestation massif de la jeunesse dans les facs et les lycées l’avait contraint à renoncer à sa réforme. De quoi donner quelques idées pour barrer la route à Macron et à son gouvernement.

26 janvier 2018, Boris LETO


[1L’association Terra Nova table sur une augmentation de plus de 30 000 nouveaux étudiants en 2018 puis en 2019 par rapport aux chiffres de 2017 car « les bébés du boom de l’an 2000 arrivent à la fac ! » (http://tnova.fr/notes/le-choc-demographique-dans-l-enseignement-superieur).

[2Certaines facs de médecine ont déjà annoncé qu’elles excluraient les étudiants qui ne valideraient pas leur première année.

[3Au-delà du rejet du renforcement de la sélection, ce refus est lié également à l’énorme charge de travail supplémentaire que représentera la gestion des milliers de dossiers de candidature dans chaque département d’enseignement.

[4Mouvement marqué tragiquement par l’assassinat de Malik Oussekine, tabassé à mort par des flics lors d’une manifestation le 6 décembre à Paris.

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